Décidément, la mission parlementaire dans le Sud-Ouest américain suscite les plus vives émotions. Je persiste à penser que, en dépit de manifestes exagérations et d’un comportement déplacé, de la part d’une bande de vieux briscards politiciens, les tensions qui gravitent autour de ce voyage sont bien plus symboliques que vraiment essentielles, s’agissant de plonger au coeur du malaise démocratique belge. Autrement dit, si je puis comprendre la position de ceux qui condamnent unilatéralement, j’estime que, dans une large mesure, ils se trompent de combat. Et, de grâce, que chacun garde la tête froide et un sens de la mesure! Ces pratiques sont suffisament ancrées dans la pratique parlementaire que pour que quiconque puisse faire semblant de le découvrir aujourd’hui – avec une feinte stupeur.
Olivier, l’initiateur de l’idée du comité d’accueil à l’aéroport dans le cadre du « California Gate« (ne nous emballons pas), a eu l’amabilité de répliquer à mes accusations – un peu précipitées, je m’en excuse – d’ »étroitesse d’esprit ». Je propose ici de restituer cet échange long, mais terriblement porteur de signifiants à mon sens. Ses réponses sont en indigo, mes répliques sont en vert foncé. L’échange, dans son contexte original, est disponible à cette adresse (j’ai rectifié l’une ou l’autre faute commise par moi, et j’ajoute un lien vers La Libre de ce jour). Je dois préciser que, suite à l’annonce du PS que les membres de la mission rembourseraient les frais exposés, il a estimé le geste posé suffisant et dès lors n’entend pas maintenir le comité d’accueil prévu à l’aéroport.
Étant donné que je m’octroie présentement le luxe de la vitrine de ce blog et que c’est une bien commode manière de prendre l’ascendant sur la controverse (par rapport à une publication en « commentaires »), j’invite Olivier, s’il le souhaite, à me faire parvenir une réplique du dernier mot que je publierai in extenso sur ce blog, et sans commentaires.
Cher Monsieur Thoreau,
A propos de l’étroitesse de mon état d’esprit supposée :
Merci de votre réponse. Je pense, pour commencer, qu’il est tout à fait normal et salutaire, particulièrement en temps de crise, que les citoyens manifestent une exigence accrue et soient plus âpres à réclamer des comptes auprès d’une classe politique qui, après tout, en démocratie, n’existerait pas sans ces mêmes citoyens.
1. La mission du bureau n’a pas été objectivée, ni en terme de nécessité, ni de cout, ni de bienfondé
1. Là-dessus, je ne peux vous rejoindre sans plus d’explications : qu’entendez-vous par « objectiver » ? Comment aller vous calculer quantitativement le « bienfondé » d’une délégation parlementaire sans remettre en cause la longue histoire des missions de représentations par les instances démocratiques ?
2. Ce sont les participants eux-mêmes qui ont voté la décision du voyage, et non à l’unanimité du bureau
2. À ma connaissance, le bureau adopte des décisions par consensus, ce qui signifie que celui qui ne se démet pas se soumet (et accepte, même tacitement, la décision – voir La Libre). En outre, je serais curieux de savoir combien parmi ceux qui n’ont pas soutenu explicitement ce voyage particulier au sein du bureau sont avides de ce même type de mission hors période électorale…
3. La présence des conjointes apparait comme un agrément malvenu, d’autant qu’au départ (avant ce brouhaha) elles ne payaient que leur billet d’avion et en contrepartie le mandataire accompagné perdait 50% de son per diem.
3. Sur la présence des conjointes, je vous rejoins parfaitement : n’ayant aucun mandat démocratique, il est anormal que le moindre denier public leur soit octroyé. Je m’exprime en ce sens sur mon blog.
4. Plusieurs des participants ne seront même plus sur les listes de candidatures aux élections dans moins de 8 semaines (fort court pour transmettre d’éventuels résultats utiles)
4. Je partage à moitié cet argument ; selon moi, le député doit être considéré comme un mandataire à part entière tant que son mandat n’est pas révolu. Cependant, je vous accorde que le sens commun donne à percevoir un petit cadeau d’adieux…
5. Si en qualité de chef d’entreprise vous entrez vos frais de ’voyage’ ou de restaurant, une partie des dépenses sera rejetée par le Fisc et donc à votre charge.
5. En qualité de business man, vous voyagez également en business class, vous fréquentez également des hôtels coûteux et vous menez un train de vie qui donne à impressionner vos partenaires et concurrents. Sur ce plan-là, je ne suis pas sûr que vous ayiez envie de pousser l’analogie au bout de sa logique…
6. Vous focalisez sur l’étonnante réaction à l’aube des élections, je vous ferai remarquer que c’est d’abord ce voyage qui est étonnamment organisé à moins de 8 semaines des élections.
6. Je ne comprends pas cet argument. Au pire, il me semble que c’est une maladresse stratégique de la part de nos larrons visiteurs (surtout quand on voit la belle brochette d’affairistes réunies là) ?! Que faites vous des manoeuvres électoralistes des partis qui hurlent au loup, quand évaluez-vous leur cohérence et leur sincérité dans votre critique ?
7. Vous parlez de l’Arizona, avez vous bien lu le programme, sur les 11 jours, ils y passent une journée avec 5 rendez-vous, comparez le temps passé à une visite d’intérêt public et celui consacré aux loisirs et restauration.
7. En réalité, je l’explique sur mon blog, je ne parle que d’Arizona, précisément parce que je m’y trouve pour l’instant (je vous écris depuis Tempe, Phoenix). Sur le temps passé ici, je dirais qu’une journée est consacrée à la détente, l’autre au travail, beaucoup de temps étant accaparé par les déplacements (les distances sont très grandes, ici). Probablement une clarification de ce point serait-elle souhaitable, mais je ne pense pas que le statut de parlementaire permette d’évaluer clairement la relation entre temps de travail et temps de loisir. Cela dit, des activités tels que le survol du Grand Canyon devraient manifestement être payées sur deniers personnels : autant il me paraît normal qu’un certain « standing » soit assuré aux représentants officiels de la Wallonie, autant ici il est aporétique de justifier l’intérêt public d’un survol du Grand Canyon (sauf si cela consiste à inspirer Van Cau pour une de ses croûtes dont il ornera fièrement le Parlement wallon).
8. Sur un plan plus général , trouvez vous nécessaire et justifié d’engager de telles dépenses alors que les budgets ont virés au rouge et largement ?
8. Est-ce qu’on critique Obama de faire de bien plus dispendieuses tournées en Europe alors qu’il engage massivement des mannes abyssales d’argent public dans la relance économique, alors même que les indicateurs économiques américains sont dans le rouge le plus total ? Allons donc, ce genre de dépense est anecdotique au regard des budgets des pouvoirs publics et, croyez-moi, certains postes justifieraient bien mieux une incise citoyenne et une critique véhémente. Maintenant, je vous concède une maladresse manifeste à étaler des frais ostentatoires et superflus (je pense notamment à l’indemnité journalière), ce qui ne peut manquer de choquer le citoyen lambda.
9 . Je suis donc peut être étroit d’esprit, excusez moi de croire que demander une participation pécuniaire personnelle soit anormale.
10. Expliquez aussi cela, aux citoyens qui ne comprennent plus rien et ne croient plus aux institutions politiques.
9 et 10. Veuillez considérer mes propos sur votre « étroitesse d’esprit » comme nuls et non avenus, désormais, puisque vous avez pris la peine d’éclairer ma lanterne de manière circonstanciée. Ce jugement repose sur ce que j’ai perçu de la mobilisation citoyenne, qui me paraît fort basée sur une certaine jalousie très matérialiste et sur des motifs in fine relativement mesquins. Je n’avais par exemple pas clairement perçu la revendication d’une participation pécuniaire personnelle, qui me semble équilibrée et justifiée pour les postes se situant au-delà de la mission d’intérêt strictement public (comme je l’ai toujours soutenu en commentaire sur mon blog).
Cela dit, une critique n’a de fondement que nuancée, et donc intégrant selon moi une remise en question de ceux qui sont prompts à tirer sur l’ambulance (sont-ils habilités à le faire ? n’est-ce pas une manoeuvre grossière ?) ainsi qu’une vision nuancée des dépenses effectuées (qu’est-ce qui concourt à l’intérêt public ? qu’est-ce qui est manifestement excessif et ostentatoire ?). Ces questions-là ne sont pas – ou très nettement trop peu – adressées dans tous les médias que j’ai pu consulter, et j’ai modestement tenté de me faire l’avocat du diable et de rectifier le tir.
Je pense encore, comme je le disais en introduction, qu’il est sain qu’une vigilance particulièrement acérée des citoyens s’exprime en temps de crise. Cela dit, parfois, j’aimerais que cette critique et cette mobilisation interviennent sur d’autres sujets ou d’autres scandales, qui me paraissent nettement plus porteurs d’enjeux en termes d’intérêt public, plutôt que des scandalifimes en rase campagne des Fourons, qui finalement n’influent qu’à titre marginal sur notre destinée collective. Je suis conscient de jouer à l’avocat du diable, particulièrement quand on voit la bande de zozos qui se payent ce voyage cinq étoiles de manière éhontée à une encablure des élections… C’est n’est vraiment pas malin de leur part. Mais bon, si ceux-là étaient malins, ils ne commettraient pas d’aussi bonne grâce de semblables idioties qui servent peut-être d’écran de fumée aux vrais problèmes de la démocratie belge…
Ceux-là même dont vous parlez dans votre point 10, dont je ne puis que constater qu’ils sont bien réels, mais dont je doute qu’ils s’expriment de manière univoque dans ce voyage aux USA !


Tweeting symphony 


Effectivement, les raisons de ce mécontentement sont symboliques.
Ce voyage a malheureusement pour lui focalisé à l’instant T toutes les rancoeurs, tous les mécontentements, les questionnements, les remises en cause de la « politique » accumulés depuis plusieurs années.
Croyez-vous sincèrement que l’opéra « La Muette de Portici » fut la cause première de la révolution de 1830 ?
Bien sur que non, il se fait que cette représentation se soit déroulée à un moment charnière avec un thème parlant aux spectateurs de l’époque.
On peut reprocher à notre personnel politique de ne pas avoir compris l’importance de ce symbole.
Mais personne n’en attendait rien de toute façon.
Bonsoir,
Je vous fait copie d’une mise à jour que j’ai publiée ci-dessous, et effectivement cette fronde repose sur un malaise bien plus profond que le simple caractère ‘anachronique’ de ce voyage.
Le titre de CaliforniaGate est à prendre à double sens, Gate dans le language aéroportuaire
un autre article sur actu24, traite de ma démarche… poujadiste ?
http://www.actu24.be/article/belgique/un_blog_sur_la_mission_californienne__entre_poujadisme_et_citoyennete/276958.aspx
La genèse d’une mobilisation citoyenne
Tout débute à travers deux blogs, le mien et un autre que je fréquente régulièrement, j’y relève un billet dans lequel est évoqué une brève de la RTBF-info relatant le départ aux USA de sept députés et d’un conseiller Wallons accompagnés des conjointes.
Dans la foulée je publie un billet, interpellé par ce voyage qui me semble anachronique et inconséquent.
Sur l’autre blog, le bien commun, un autre billet relève la particularité des hôtels visités, du programme publié sur le site du parlement, de la présence des conjointes et du nombre de visites touristiques programmées, URL à l’appui.
Le dimanche, je regarde comme souvent le débat Mise au Point, et je suis totalement abasourdi par la réaction de Mr Happart au micro de la journaliste ertébéenne, il l’accuse carrément d’indécence, devant mon écran, je suis indigné, mon sang bouillonne.
Cette fois, la coupe est pleine, je décide donc de publier un nouveau billet avec photos à l’appui et stigmatisation du coût de ce luxe tapageur. Dans le même temps, je contacte les rédactions des médias, j’annonce, ni plus ni moins, que je vais me rendre à Zaventem réclamer un remboursement d’au moins la moitié des frais exposés. Même seul je m’y serais rendu, penser le contraire serait mal me connaître.
Le lendemain, un journaliste du Soir me contacte, il compte faire un article et notamment sur ma décision d’accueillir le retour des députés, l’article sort en page 3 dès le lendemain.
Jours suivants, plusieurs journalistes me contactent à leur tour, RTBF, Sud Presse d’abord, La DH et Vers l’avenir ensuite. Chacun sort son article et le blog onvotepoureux symbolise tout à coup la mobilisation naissante. D’autres médias, dont La Libre, Pere Ubu, etc, consacrent aussi des articles à la tornade californi-wallonne, la machine est en route.
Des centaines de visites sur le blog et de courriels reçus, s’accumulent durant les 72 heures qui suivent, du confidentiel ce mini-phénomène de la blogosphère cesse de l’être, je prends conscience de l’énorme levier dont je dispose et que les gens me donnent.
Ensuite les heures défilent aussi nombreuses que les communiqués qui proviennent de partout, j’acte que les partis réagissent, chronologiquement le CDH condamne et rembourse, le MR condamne puis parle remboursement après, le PS condamne et se fait tirer l’oreille plus longtemps pour parler remboursement.
Le vendredi 10 avril, je commence à me poser des questions, et si ce mouvement débordait mes capacités de contrôle, si tout cela m’échappait ? Je décide donc d’appeler le siège du PS après avoir envoyé des mails : il faut que vous réagissiez, suivez l’exemple des deux autres partis, sinon mercredi qu’arrivera t’il ? Soyez conséquent et logique avec votre précédent communiqué, si vous condamnez le voyage, il faut donc demander le remboursement. Personne ne me rappelle, je trépigne et le vendredi soir, via communiqué, le PS capitule et Happart annonce qu’ils rembourseront tous, à titre personnel.
Je décide donc de tout annuler, en effet, j’estimais que mes revendications (celles que j’avais défendues et proposées) étaient plus que rencontrées, désaveu et remboursement total, qu’exiger de plus ? Trois grands partis viennent de céder sous la pression, cette démonstration est significative, pas de vagues avant l’élection.
Deux heures plus tard, je prends connaissance d’un communiqué d’un des députés concernés, il parle de rembourser mais seulement ce qui n’était pas professionnel, il parle d’une ‘commission’ pour établir les frais selon leur usage officiel ou privé. Ce communiqué contredit les précédents, la brèche de l’interprétation du mot remboursement est ouverte, les citoyens qui me soutenaient réagissent par dizaines, ils veulent que je continue l’action, ils ne croient plus aux fausses promesses, le doute d’installe, que dois-je faire ?
Je décide de revenir sur ma décision et je relance l’opération de mercredi, avec un nouveau Leitmotiv : « Respectez votre parole et remboursez » , me disant que sous cette nouvelle pression la, ils ne pourront plus ergoter aussi facilement par la suite, je refuse par contre de m’aligner sur les plus courroucés, qui eux me demandent d’exiger la démission, j’estime à ce moment la, que dans quelques semaines nous votons tous, il n’y a donc pas lieu d’exiger cette démission, l’électeur décidera.
Durant ces 5 jours assez intenses, aucun politique, aucun parti ne me contacte directement, il semble que le principe consiste à négliger le mouvement, tout au plus reconnaissant une opinion énervée, cela ne m’étonne guère, les partis n’ont pas pour habitude de parler d’égal à égal avec un type venu de nulle part et qui de surcroit empêche le monde de tourner rond, pourtant je sais qu’ils suivent, qu’ils lisent, qu’il prennent la température à chaque instant, mais voilà, le silence règne, l’ennemi se toise mais on ne s’en approche pas.
J’imagine l’effervescence, qu’est ce qu’il fout, qu’est ce qu’il a, c’est qui celui la ? Manœuvre politicienne ? Danger extrémiste ? La sureté d’Etat n’a rien sur ce gugusse ? Sachez que je suis un simple citoyen politique, il y en a, plus que vous ne semblez le croire.
A mercredi Messieurs, cette genèse pourra trouver son épilogue et qui sait, ce comité de vigilance prendra naissance et vous accepterez cette fois de le prendre en considération, et non pas de le traiter comme un épiphénomène simple à maîtriser, surtout si la presse nous donne du champ de visibilité, c’est rare, ne le galvaudons pas; et je la remercie cette presse, souvent traitée de partisane, elle aura pleinement joué son rôle démocratique, saluont la.
Olivier Baum
Et comme tout le monde l’a compris: ce n’est pas parce que c’est un symbole qu’on doit le jeter à rien…