mai 132009

David Coppi, journaliste du Soir, signe ce jour un article intitulé : « Le PS en reprend pour une campagne d’enfer ». Rebaptisé plus sobrement « L’affaire Donfut tétanise le PS » dans l’édition en ligne, cet article se subdivise substantifiquement en trois parties :

1. Victimisation du PS : le pauvre parti socialiste subit un nouveau coup dur, à l’approche du scrutin régional. Quelle gigne! Auront-ils les épaules suffisantes pour encaisser ce choc de plus?  À en croire le papier, d’une part le PS serait à plaindre de cette affaire, et d’autre part la démission du ministre ne serait due qu’aux circonstances, « l’option ‘démission’ a été jugée la seule praticale politiquement ‘compte tenu du contexte politique général’ (la citation est d’Élio di Rupo) ». Autrement dit, si l’on daigne faire abstraction du contexte, la démission n’est pas justifiée en tant que telle.

2. Glorification du PS : mais, dans l’adversité, contre les coups du sorts, la rose plie mais ne rompt point. Mieux, elle se redresse et, contre toute attente, se hisse et porte haut les couleurs de l’éthique ; le PS brandit à nouveau fièrement le drapeau de la bonne gouvernance, exigeant la totale interdiction de toute autre activité (publique ou privée) dans le chef d’un ministre. « Les plus belles contre-attaques sont les plus désespérées« , peut-on lire dans l’article de David Coppi. La flamboyance du geste n’aura échapé à personne.

3. Diabolisation des adversaires : le PS, noble, a su rester droit pour lutter contre cet énième coup du sort. Et pourtant, pourtant, ses adversaires profitent de l’occasion pour tirer sur l’ambulance, pour dégainer le sabre ; sans nul doute, on vise la tête. Le cdH met la pression et vitriole le ministre démissionnaire : « c’est la guerre, de bonne guerre…« . Le lecteur attentif aura senti la charge de lassitude dont sont dotés ces derniers points de suspension, on croirait entendre M. Coppi soupirer. Cela dit, attention ; le cdH, c’est encore de la petite bière, le « partenaire du PS à Namur« . Non, le vrai méchant, le grand loup, le sanglant viking, c’est bien sûr le MR. M. Coppi introduit sa charge par des propos anonymes minimisant les rémunérations du Ministre Donfut au regard des milliards investis dans la crise économique (une bien foireuse analogie, ma foi). L’on sait que l’axe programmatique du PS revient à mettre la crise économique sur le dos des libéraux ; c’est donc leur prêter foi que de publier ce commentaire étrange et malvenu. Sur ces entrefaits, l’article se conclut de bien belle manière en démontrant à quel point c’est le méchant MR qui a tout orchestré, sur base de l’heure de publication de leur communiqué de presse.

Bref, un exemple typique d’article mal équilibré et qui ne restitue à l’évidence qu’une thèse en présence, l’autre thèse étant bien sûr qu’il appartenait au PS de faire le ménage dans ses rangs, qu’il fallait redoubler de vigilance et s’engager de manière volontariste dans la voie de l’éthique politique, sous peine d’assister, impuissant, à des scandales médiatiques. Finalement, pour équilibre le papier de M. Coppi, il faudra lire l’édito, « Le PS ne doit s’en prendre qu’à lui-même« .

Ma vision naïve du journalisme me fait dire qu’un bon article doit être équilibré et faire place aux thèses en présence ; montrer que les socialistes dénoncent une manoeuvre électoraliste (ce qui est manifestement exact), et le faire clairement ; montrer que les autres partis s’engouffrent dans la brêche de la mal-gouvernance (et pourquoi pas les confronter à leurs contradictions, ce faisant) ; montrer enfin que le comportement du ministre était tout simplement inacceptable sur le plan de l’éthique politique. Parce que ce dernier point est tout simplement absent de l’article de M. Coppi ; les actes du ministre, qui sont centraux dans cette problématique, ne sont même pas évoqués… Il existe bien sûr une alternative, qui consiste à photocopier la carte de parti de l’auteur en guise de signature.

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Live
  • Netvibes
  • Scoopeo
  • TwitThis
  • Wikio
  • MySpace
  • Twitter

5 Réponses to “David Coppi plaint, admire et défend le PS”

  1. himself dit :

    Et puis, pourquoi pas de l’éthique pour le Comité d’éthique … Jean-François Cats n’a pas souhaité commenter le fait que le cabinet de réviseurs d’entreprises qu’il cogère, TCLM, est également réviseur attitré des comptes de l’Intercommunale gazière du Hainaut. Pour rappel, c’est Jean-François Cats qui a, récemment, procédé au « screening » de Didier Donfut, sans déceler la moindre trace de conflit d’intérêts.

    David Coppi, le rédacteur de cet article est lui-même un ancien du Bld de L’Empereur et semble-t-il un ancien membre du Cabinet de Philippe Busquin.

    J’avais déjà dénoncé « Un véritable Gomorrhe incestueux de la désinformation » à propos d’un autre article (L’Inusop n’est pas mort … http://grand-barnum.blogspot.com/2009/04/linusop-nest-pas-mort.html).
    Pour faire également le lien avec le début de commentaire, leSoir avait publié à la même période (fin avril) un article « à la gloire de son Comité d’Ethique », envié de tous …

    PS: si qqun pouvait retrouver les ref de cet hagiographie de ce qui n’est pas encore une « personne morale » …

  2. Yves dit :

    Je remercie tous les jours monsieur Coppi. Grâce à ses articles à la gloire du Parti, j’ai pris, il y a deux ans, la décision d’arrêter d’acheter Le Soir chaque matin. Soit une économie de 600 euros depuis.

    Voilà au moins une mesure concrète des socialistes qui a amélioré mon pouvoir d’achat.

    Encore merci, M. Coppi, pour le sens critique au moins équivalent à un supporter de football dont vous faites preuve.

    Tiens, au fait, ses rémunérations doivent-elles être prises en compte dans le calcul des dépenses électorales?

  3. Mam dit :

    J’aime bcp ce genre d’analyse et de lecture entre les lignes.
    Le peuple dit: « ENCORE »!!!

  4. Gilles dit :

    Enfin Zorro est revenu.

    Je soutiens pour ma part une thèse (pas au niveau académique mais bon…):
    Effectivement, en période électorale, la pression s’accentue presque autant sur les épaules des candidats et des partis que sur celles des joueurs du Standard (Champion) et d’Anderlecht.
    Et il semblerait que cela soit la source d’un bémol dans les problèmes découverts dans l’opinion publique. Les braves se diraient en leur fort intérieur que les partis qui dénoncent en font trop parce que ce sont les élections et que la presse aime que les partis en fassent trop et que les faits, finalement, à une autre période seraient passés inaperçus et que, donc, c’est qu’ils ne sont pas aussi graves que pourraient le dire les crieurs au loup, qui crachent dans la soupe avant de changer de plats!

    Je considère pour ma part les choses différement. J’estime tout d’abord qu’un personnage public se doit éthiquement d’observer scrupuleusement un code de déontologie. Il serait normal qu’un contrôle des activités de nos chers parlementaires et de nos chers ministres soit prévu régulièrement. Cependant, ce contrôle n’a pas que des bons côtés.
    De un, il traduit un manque de confiance envers les personnes qui nous dirigent puisqu’on se sent obligés de leurs coller une surveillance, comme dans une école de primaire.
    De deux, ça ralentirait aussi la performance des gouvernants, qui, parfois, ont déjà bien besoin de tout ça…
    De trois, ça couterait fort cher à la Belgique si on additionne tous les parlementaires communautaires, régionaux, fédéraux et européens, tous les ministres, tous les élus communaux, les échevins et bourgmestres, les gouverneurs, les sénateurs,…
    Bref, ça fait pas mal de gens à surveiller. En plus, il faudrait que ce soit régulier, et donc en permanence tout en essayant de s’assurer que les contrôleurs eux mêmes ne sont pas dans la magouille. C’est fort lourd, n’est-ce pas!
    Alors je conçois la période des élections non pas comme une période où les méchants partis cherchent à profiter des faiblesses des partis qui n’avaient rien vu, mais une période où chaque parti regarde de beaucoup plus près les activités des autres, en se servant de ses réseaux d’informations parfois peu orthodoxes pour épurer le monde politique de pratique douteuse.
    Je vois donc cette période pré-electoral comme une période salvatrice et non pas une période mesquine, car tout le monde est mis en face de son bilan, et pas seulement le bilan de son action au parlement et en gouvernement mais aussi le bilan de tout ce qui tourne autour…

    Il va sans dire que je ne cautionnerais pas une information sur la vie privée étalée dans la presse comme un: « Didier trompe sa femme », ou « La fille de laurette est une droguée… ». Mais dans les dernières affiares qui ont occupés les journaux (je pense au susmentionné ministre, ainsi qu’au voyage parlementaire en californie), l’opinion publique se doit de savoir et de trancher. Inutile donc de jetter la pierre aux autres partis qui ont le droit et surtout le devoir de donner leur avis et leurs solutions, tout en jouant un jeu d’information qui n’est pas neutre effectivement. Encore qu’une fois qu’on sait qu’il n’est pas neutre, et comment il est orienté, on peut lui donner la considération qu’on souhaite, grande, ou petite.

    Je suis donc ravi de de m’empresser de voir que François a rejoint mon point de vue en revenant en Belgique. Pourvu qu’il ne retourne pas trop souvent aux states. Non?

  5. Francois dit :

    @ tous, merci pour vos commentaires enrichissants.

    @ himself : c’est fou les reconversions qu’il peut y avoir après avoir transité par un cabinet. Hier, j’assistais à un colloque sur la modernisation de l’administration où, sous un discours académique et policé, une bonne guerre des tranchées avait lieu entre ces anciens chefs cab, tous recasés dans l’administration mais certains virés depuis lors!

    @ Yves : merci de m’avoir rendu foi en l’humanité, et moi qui croyait que le PS n’avait vraiment rien fait pour le pouvoir d’achat, me voila rasséréné!

    @ Gilles : la preuve de ce que tu avances, c’est qu’en cas de scandale en période pré-électorale, c’est la course à qui sera le chevalier blanc. Finalement, c’est un contexte propice où les conditions sont réunies pour des avancées. Cela dit, quelle est la valeur légale d’une circulaire? Une circulaire survit-elle au Gouvernement qui la porte?

    Concernant l’évaluation, tu as raison, c’est une logique qui a ses limites. Dans la fonction publique, l’approche managériale promue par le New Public Managment entend user (et abuser) des outils évaluatifs, évaluations internes, évaluations hiérarchiques, évaluations directes (système de mandat, plans d’actions), évaluations indirectes (pas d’obligations de résultat mais pression sociale diffuse), audits externes et autre société de consultance… C’est une approche coûteuse et qui visiblement peine parfois à produire des résultats tangibles.

Laisser une réponse

(requis)

(requis)