Ce week-end, c’est le retour du débat sur le vote obligatoire. Doit-on, dans une démocratie, imposer le vote aux électeurs? Si c’est le cas, s’agit-il encore d’un droit de vote ou plutôt d’une obligation de vote?
Ce débat est récurrent en Belgique, l’un des seuls pays de l’Union européenne à maintenir un vote obligatoire. Traditionnellement, les libéraux sont pour sa suppression, et les socialistes sont pour son maintien. Après, on peut lire tout et n’importe quoi comme arguments, employés souvent de manière contradictoire.
Ainsi, le vote obligatoire inciterait les citoyens déconnectés du monde politique à aller voter, les pieds de plomb, pour des partis situés aux extrêmes de l’échiquier politique, pour des partis contestataires. Le contre-argument veut que si le vote devient facultatif, seul les plus motivés – et donc les plus extrêmes – se déplaceront pour aller voter, au détriment des citoyens qui ont des convictions politiques modérées mais peu de motivation à se déplacer pour l’exprimer par leur suffrage. La question cruciale, ici, est celle de la motivation: quel type d’électeur se déplace à quelle occasion?
Cette même question se retrouve, avec les deux positions antagoniques décrites ci-dessus, dans le débat inverse, à savoir: le vote obligatoire favorise-t-il le conservatisme? Les libéraux pensent que, par inertie, une partie trop importante de la population vote pour les socialistes, car « c’est comme ça ». Les socialistes ont l’air de le penser aussi, eux qui ont toujours défendu farouchement le « droit obligatoire de voter ».
Bref, il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie et de savoir à quels comportements incite ou n’incite pas le vote obligatoire. Ce qui est certain, en revanche, et sur ce point je rejoins Charles Bricman, c’est que le vote obligatoire nous prive d’un indicateur précieux sur l’état de santé de la démocratie belge. Les foules abstentionnistes pèsent sur l’homme politique comme une grave menace sur sa légitimité, et doivent l’inciter à renouveler le contrat social, de manière permanente. Rien n’est acquis par défaut lorsque le premier défi est d’obtenir un taux de participation suffisant aux élections.
Ceci est certainement une vue de l’esprit, et n’est pas exempt de dérives non plus – il peut s’agir d’une puissante incitation au populisme – mais, dans l’absolu, il me semble bon que chacun puisse avoir le choix effectif de prendre part au système – ou pas.
À lire chez Charles Bricman: Vote obligatoire: un faux débat?
À lire l’édito de Jean-Paul Duchateau, Edito pour le vote obligatoire


Tweeting symphony 


[...] – Belgique, et avec qui j’échange de temps en temps sur Twitter. Elle a battu François sur le fil, un vieil habitué lui, son premier commentaire sous son nom remonte, si je ne [...]
Le vote obligatoire était une solution a un problème qui se pose de manière générale à chaque fois qu’une participation sociale est facultative: participer ou non permet d’extraire de l’information qui resterait privée si la participation était obligatoire. Je m’explique. Si le vote est facultatif, un patron pourrait se mettre devant le bureau de vote et controller qui vote parmi ses ouvriers, sachant qu’un ouvrier votera pour un parti contre les intérêts du patron. Cela aurait pour effet d’inciter les ouvriers à ne pas voter. Elle est là l’origine du vote obligatoire. Ceci explique pourquoi la droite est contre le vote obligatoire. Le vote obligaoire est une manière de réquilibrer un rapport de force qui prévaut avant le vote et qui rendrait, sous les apparences de la liberté et de l’égalité, le jeu démocratique totalement biaisé.
Originalement posté par François Bertrand sur Facebook:
« Pour la (re)prise en compte des indicateurs de santé de la démocratie, une meilleure publication du « vote blanc » (puisqu’il reste une possibilité dans le vote obligatoire) peut être un premier pas… »
Originalement posté par F.C. sur Facebook:
« Le véritable problème, c’est qu’un vote non-obligatoire fonctionne comme un vote censitaire déguisé. Si seulement 3 Belges sur 10 vont voter, ces 3 là votent pour les 7 autres, de sorte que chaque voix compte en quelque sorte pour 3,3.
Ce ne serait pas grave si la propension à aller voter était équitablement distribué dans la population. Mais on sait très bien que l’implication dans la vie publique, le fait de se sentir concerné par les enjeux électoraux (sans même parler de la capacité à les décoder) ne procède pas toujours d’un choix de l’individu: il est aussi fonction de l’éducation, de la socialisation, de la profession des parents, de leur niveau de revenu, etc. En gros, meilleure est l’éducation qu’on a reçue, plus on a de chance d’avoir une opinion politique articulée et un désir de l’exprimer au moment des élections.
Supprimer le vote obligatoire, c’est supprimer, de facto, le seul moment où une partie marginalisée de la population a l’occasion d’exprimer une opinion et de participer à la vie publique. »
@JD
Bienvenue de retour sur ce blog, avec plaisir. Au fond, vous avancez l’argument d’une pression effectuée sur les votants qui les découragerait de prendre une part active au scrutin. Je ne suis pas sûr que cet argument tienne encore aujourd’hui, dans l’actuelle Union européenne. Cela dit, c’est peut-être un intéressant rempart, de ce point de vue, pour l’Union européenne à venir – future.
Après en avoir discuté notamment avec F.C., dont j’ai reproduit le commentaire ci-dessus, je pense avoir un petit peu mieux aperçu les tenants et aboutissants du vote obligatoire, notamment historiques et culturels. Une priorité serait sans doute, comme le dit François Bertrand, de reconsidérer le vote blanc, avant d’imaginer d’autres mesures…
Etant moi-même un abstentionniste engagé et fondateur du mouvement abstentionniste et progressiste,je me permet de répondre à votre article .Notre mouvement structuré en groupe de pression sur des demande politique et économique représente et tente d’expliquer depuis l’élection 2007 les citoyens qui n’ont pas pris part au vote ou qui par leur vote blanc ou nul ont appliquer un vote sanction.Sachez,avant toute chose,que ce n’est pas respecter l’égalité électorale entre tous qui est inquiétant et désolant pour la démocratie cela met à mal la véritable liberté qu’est une démocratie et que doit défendre chaque citoyens,surtout quand nous savons que l’abstention n’a jamais été interdite en Belgique,elle est même protégé et légiférée par le code électoral ainsi que
par la structure organisationnelle,lors de l’élection,de nos tribunaux.
Par la loi,notre code offre le devoir et la possibilité à ceux ou celle qui n’ont pas pris part au vote de se justifier que cela soit par une lettre de désaccord à son juge de paix,acté son refus de l’isoloir sur le procés verbale a son bureau de vote,un certificat médical ou comme notre mouvement dérriere des demandes sociales et de changements démocratique.Ce qui fait de la Belgique avec la semi directe Suisse,l’ une des démocraties pour la défense et la libre expréssion du citoyen dans le monde,la plus avancée de son temps.Car est présumé s’abstenir au vote ceux ou celles qui ont perdu leurs droits politiques ou administratifs,présumer n’est pas une affirmation c’est une supposition ce qui explique,toujours selon la loi,qu’il y d’autre facon de s’abstenir et cela seul le juge de paix en décide.Pour terminer,je rajouterai que le suffrage universel tel qui est appliqué,à l’heure actuelle,n’est la que pour légitimé le pouvoir à ceux qui l’on déjà,qui oserai dire le contraire,hélas ?
La démocratie est avant tout un système qui demande à chacun d’être ouvert et de discuter de ses arguments avec ses opposants afin de conclure,par le consensus,sur une solution équitable pour les parties engagées.Elle offre aussi la liberté d’expression pour chacun,le droit pour toute communauté d’exister politiquement et d’avoir des représentants,elle permet de participer,selon ces capacités je précise,à sa société civile pour l’amélioration de l’œuvre commun et oblige,pour tous, au respect du choix de l’autre pour laisser,au final,une place pour chacun dans son système.
Mais la démocratie c’est surtout l’égalité concrête et réélle entre tous membres de la cité lors de l’élection et cela que se soit par le vote ou le non vote.Ce qui implique pour cela deux devoirs éssentiel,Celui d’exprimer son opinion ou de s’informer si l’on manque d’élément pour en avoir une et celui de respecter l’expression des autres opinions,ce qui est fondamentale pour resumer la phrase de Voltaire que vous devez surement connaitre:je ne suis pas d’accord avec ce que vous dite mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ».De plus,le but de la démocratie n’est pas de légitimer le système en place, mais d’être à l’écoute de la société dans toutes ses formes.
Je vous invite pour mieux nous comprendre de consulter notre site : http://www.sanctionne.net
merci,Thierry
@Thierry
Merci pour votre long commentaire. L’idée d’utiliser l’abstention comme arme politique, ou de revendiquer le droit à l’abstention, est intéressante.
Cela dit, je pense qu’elle n’est pas forcément incompatible avec un système de vote obligatoire à l’appréciation souple, tel que nous le connaissons en Belgique. Finalement, environ 10 à 12 % des électeurs ont boycotté les urnes aux dernières élections et aucune poursuite n’a été entreprise par le parquet.
Si c’est (encore) un système compliqué, qui certes ne fait rien pour favoriser l’abstention, il ne fonctionne peut-être pas si mal…