En Arizona, la chaleur devient étouffante. Les 40° sont atteints plus souvent qu’à leur tour et des records sont atteints par rapport aux normales saisonnières.
Partout, la climatisation apporte – à grands renforts énergétiques – un air et une fraîcheur dont le climat, aride et désertique, est parfaitement dépourvu.
Cette chaleur est éventuellement dangereuse. Il faut s’hydrater énormément et limiter drastiquement ses expositions au soleil. Cela pose problème pour les personnes sans-abri. Ici, l’hiver n’est pas craint : les températures y culminent à des hauteurs équivalentes à celles de notre été.
En revanche, l’été ici présente des dangers pour les personnes dépourvue d’un toit ou d’un abri. Des hordes de sans-abri, la plupart imbibés d’alcool ou de drogues, trouvent refuge dans les « Orbit », un système de navettes de voisinage, qui présentent l’avantage d’être à la fois gratuites et climatisées. Ils sillonnent la ville pendant tout le jour et bénéficient, l’espace d’un trajet, d’un bon bol d’air frais…
- Orbit un jour d’orage
Les fidèles lecteurs savent que je passe plusieurs mois en Arizona, dans le cadre d’un séjour de recherche.
Cette semaine, je suis de retour pour un passage éclair en Belgique, après quatre mois aux États-Unis. Trois événement marquants depuis mon atterrissage, hier matin :
- la pluie, l’averse, la drache, denrée rare voire inexistante à Phoenix, au milieu du désert, où les températures atteignent aisément les 40° centigrades ces dernières semaines ; comprenons-nous bien, je n’aurais jamais imaginé que la bonne pluie bien fraîche pourrait me manquer autant, ainsi que les flots de verdure luxuriante et riche qui en résultent!
- la démission d’un ministre régional, Didier Donfut – témoignage, si besoin en était, que les abîmes de médiocrité de cette campagne électorale, que je percevais sans mal de l’autre bout du monde, ne se sont pas soudainement résorbés ; dire que, aujourd’hui même, Barack Obama venait donner un speech à l’University où j’étudie… et que je ne suis pas là!
- surtout, surtout, la bonne vieille grève des bus à Liège : à force de bénéficier de services publics impeccables, de navettes gratuites, de transports en communs intermodaux (tous les bus et shuttles incluent un porte-vélo et beaucoup sont connectés au tram), on finirait par oublier qu’il existe une chose telle que la grève sauvage.
Ici aux USA, le Président Obama force ici l’admiration, suscite un enthousiasme fédérateur et je ne peux que saluer sa politique volontariste et visionnaire. De toute évidence, cet homme a un projet pour l’Amérique et est en train de la positionner sur des rails très largement différents de ceux instaurés par l’administration républicaine.
Une question me taraude cependant : le Président Obama ne dépense-t-il pas trop d’argent public? Il semble que chaque fois qu’un problème se présente, chaque fois qu’une tuile se pose, chaque fois qu’un secteur crie à l’essouflement, Obama trouve des budgets et permette d’éviter l’étranglement. Pas plus tard qu’hier, il volait au secours de Chrysler après avoir rescapé General Motors de la faillite. Le 27 avril, il annonçait que 3 % du GDP (le PNB) seraient affectés aux politiques de recherche scientifique.
Cette logique-là ne va-t-elle pas montrer ses limites? Pour relancer la croissance économique, Obama a commencé par un Stimulus Bill qui fera date, un plan de relance financé à hauteur d’un trillion de dollars, soit $ mille milliards. On comprend aisément que la question qui se pose est : comment financer des montants pareils, dans une Amérique déjà endettée jusqu’au cou par la guerre en Irak et dont l’économie est proprement sous perfusion par rapport à l’économie chinoise?
En résumé, il semble parfois que c’est à un pari risqué que la nation américaine est conviée par le Président Obama. Une sorte de quitte ou double. Un grand coup de pédale sur l’accélérateur… Mais que se passera-t-il si la vitesse n’est pas enclenchée correctement? Le grand « vroum » pourrait assourdir les oreilles américaines un temps, puis céder la place à un pays au même point de départ mais nettement plus endetté.
NB : ce billet est publié à l’occasion des « 100 jours » d’Obama, une période généralement propice à un premier bilan, très populaire de ce côté-ci de l’Atlantique. Voir dans Le Soir. Obama y fait très bonne figure malgré les grandes angoisses de l’Amérique, y étant consacré second président le plus populaire après semblable période (le plus populaire au cap des 100 jours ayant été … Jimmy Carter)
Vieux vaut tard que jamais, je souhaite publier un petit billet en forme de mot de la fin concernant le voyage parlementaire aux États-Unis, qui a défrayé la chronique à moyen escient.
D’une part, il ressort très nettement de vos commentaires, chers lecteurs, que l’enjeu de ce voyage a pris une tournure symbolique et que, d’une certaine manière, cette polémique fut le lieu de condensation privilégié de multiples frustrations, chocs et autres déceptions de citoyens. Cette mission a donc agi tel un catalyseur, concentrant autour d’une controverse tous les maux du monde. Je l’ai déjà exprimé, je le répète : il est malheureux que ce soit à propos d’une simple histoire de sous, enjeu primaire s’il en est – a fortiori s’agissant de montant si ridicules au regard du budget de l’État, que s’exprime le désaccord citoyen. Ceci est surtout vrai dans la mesure où le principe même de la mission parlementaire n’est pas vraiment remis en cause et où, finalement, l’interrogation démocratique qui sous-tend l’opposition à ce voyage est particulièrement ténue.
D’autre part, je voudrais questionner cette « critique citoyenne ». Que diable, où étaient les voix contestataires lorsque l’incurie politique des présidents de partis a laissé la Belgique s’enliser dans un marasme politique après les élections de 2007? Qui s’élève vraiment contre de détestables pratiques comme la prolifération des intercommunales? Qui s’offusque que certains ministres confondent l’intérêt général avec leur intérêt personnel, avec une notion confondante du respect des idéaux démocratiques? Pourquoi ne pas critiquer la manière peu judicieuse dont sont aménagées nos villes et infrastructures publiques? Chacune de ces questions dissimule un véritable enjeu démocratique et des coûts probables (directs, indirects, à court ou à long terme) bien supérieurs à celui de n’importe quelle délégation parlementaire.
Bref, s’il est une contestation spontanée et citoyenne qui rate sa cible, c’est bien celle-ci. Que certains parlementaires adoptent un ton détaché par rapport à cela ne me surprend guère et, au demeurant, j’apprécie la franchise avec laquelle ceux-là se démarquent des instances de parti. On a parfois beau être un dinosaure politique coupable des pires entorses à la bonne gouvernance locale, au moins a-t-on le mérite d’exprimer ses idées, fussent-elles en porte-à-faux avec celles du Président. En outre, et je souhaiterais en finir par là, je réitère mes vues sur cette mission, que je considère toujours parfaitement justifiée.
J’en veux pour preuve le rapport rédigé par le député Lebrun, cdH, à son retour de mission. Il confirme mon sentiment sur au moins deux points, qui sont les suivants :
1. La mission parlementaire a pu dresser un état des lieux de la crise économique et jauger les différentes solutions implémentées par les États visités, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie. Chacun à sa manière, ces États ont déployé des stratégies innovantes pour se tirer du mauvais pas économique. Il est bon d’en prendre acte pour de futures interventions… Connaître ses atouts, ses faiblesses et orienter les inévitables choix politiques en fonction.
(pour ce qui me concerne, ici en Arizona:)
Il faut savoir que la situation économique de l’Arizona est particulièrement difficile.
D’importants moyens financiers tirés de procès contre le tabac ont été injectés dans le secteur social. OR, ces recettes étant « one shot », il faut réduire aujourd’hui ces dépenses et en revenir à 2006.
Une diminution de 20% des dépenses est prévue, tous secteurs confondus.
Rapport de mission du député Lebrun, p. 5.Intéressants également sont les éléments portant sur la crise économique en Californie :
De la Présidente de la Commission des Finances, nous avons pu apprendre l’impact de la crise financière de la Californie : près de 40% du Budget de l’Etat représente leur déficit qu’ils pensent pouvoir combler par l’augmentation de la fiscalité, l’accès au stimulus bill et la réduction des dépenses. Cette réduction s’est traduite notamment par des coupes sombres dans l’enseignement (réduction du nombre de professeurs) et par des coupures de contrat d’entretien notamment pour le secteur routier.
2. En particulier, l’intérêt de la mission est accru dès lors qu’elle concerne les technologies vertes / de pointe. Il s’agit de lever des opportunités, ce qui est – ne l’oublions pas – l’un des aspects primordiaux d’une délégation parlementaire. En effet, le programme de relance prévu par Obama, très nettement orienté sur ce secteur et doté de budgets rudement solides, ouvre des boulevards d’opportunité aux entreprises belges et wallonnes dont les compétences techniques et la qualification pourrait, le cas échéant, en faire des partenaires privilégiés du programme de relance économique américain.
Aujourd’hui, Barack Obama a lancé un vaste programme de recherche et de production d’énergies alternatives dans le cadre du « Stimulus Bill » qui va permettre 1.000 milliards de $ d’investissement dans 4 grands volets :
- l’éducation ;
- les nouvelles énergies ;
- la santé ;
- la sécurité.
(…) En effet, Barack Obama a décidé d’injecter 150 milliards de $ en 10 ans pour les énergies renouvelables.
Extrait du rapport du député Lebrun, pp. 4-5.
Il semble évident que nous devons nous aussi mobiliser le maximum d’acteurs (Universités, Ecoles supérieures, entreprises et pouvoirs publics).
En cela, la politique lancée en Région wallonne doit être amplifiée dans les années à venir et en particulier dans le Plan Marshall 2.0.
p. 7.
En conclusion, cette mission n’est certainement pas inutile et a tissé d’importants liens politiques et économiques. Elle a ouvert des perspectives sur la crise économique et, surtout, permis de détecter des aires d’opportunité pour les entreprises belges et wallonnes. Et des opportunités, il y en a. Le Président Obama investit des montants astronomiques dans la reprise économique et, de par leur compétences et leur expertise, les entreprises belges et wallonnes sont en bonne position pour jouer dans cette course. Encore faut-il connecter tout ce petit monde…
Décidément, la mission parlementaire dans le Sud-Ouest américain suscite les plus vives émotions. Je persiste à penser que, en dépit de manifestes exagérations et d’un comportement déplacé, de la part d’une bande de vieux briscards politiciens, les tensions qui gravitent autour de ce voyage sont bien plus symboliques que vraiment essentielles, s’agissant de plonger au coeur du malaise démocratique belge. Autrement dit, si je puis comprendre la position de ceux qui condamnent unilatéralement, j’estime que, dans une large mesure, ils se trompent de combat. Et, de grâce, que chacun garde la tête froide et un sens de la mesure! Ces pratiques sont suffisament ancrées dans la pratique parlementaire que pour que quiconque puisse faire semblant de le découvrir aujourd’hui – avec une feinte stupeur.
Olivier, l’initiateur de l’idée du comité d’accueil à l’aéroport dans le cadre du « California Gate« (ne nous emballons pas), a eu l’amabilité de répliquer à mes accusations – un peu précipitées, je m’en excuse – d’ »étroitesse d’esprit ». Je propose ici de restituer cet échange long, mais terriblement porteur de signifiants à mon sens. Ses réponses sont en indigo, mes répliques sont en vert foncé. L’échange, dans son contexte original, est disponible à cette adresse (j’ai rectifié l’une ou l’autre faute commise par moi, et j’ajoute un lien vers La Libre de ce jour). Je dois préciser que, suite à l’annonce du PS que les membres de la mission rembourseraient les frais exposés, il a estimé le geste posé suffisant et dès lors n’entend pas maintenir le comité d’accueil prévu à l’aéroport.
Étant donné que je m’octroie présentement le luxe de la vitrine de ce blog et que c’est une bien commode manière de prendre l’ascendant sur la controverse (par rapport à une publication en « commentaires »), j’invite Olivier, s’il le souhaite, à me faire parvenir une réplique du dernier mot que je publierai in extenso sur ce blog, et sans commentaires.
Cher Monsieur Thoreau,
A propos de l’étroitesse de mon état d’esprit supposée :
Merci de votre réponse. Je pense, pour commencer, qu’il est tout à fait normal et salutaire, particulièrement en temps de crise, que les citoyens manifestent une exigence accrue et soient plus âpres à réclamer des comptes auprès d’une classe politique qui, après tout, en démocratie, n’existerait pas sans ces mêmes citoyens.
1. La mission du bureau n’a pas été objectivée, ni en terme de nécessité, ni de cout, ni de bienfondé
1. Là-dessus, je ne peux vous rejoindre sans plus d’explications : qu’entendez-vous par « objectiver » ? Comment aller vous calculer quantitativement le « bienfondé » d’une délégation parlementaire sans remettre en cause la longue histoire des missions de représentations par les instances démocratiques ?
2. Ce sont les participants eux-mêmes qui ont voté la décision du voyage, et non à l’unanimité du bureau
2. À ma connaissance, le bureau adopte des décisions par consensus, ce qui signifie que celui qui ne se démet pas se soumet (et accepte, même tacitement, la décision – voir La Libre). En outre, je serais curieux de savoir combien parmi ceux qui n’ont pas soutenu explicitement ce voyage particulier au sein du bureau sont avides de ce même type de mission hors période électorale…
3. La présence des conjointes apparait comme un agrément malvenu, d’autant qu’au départ (avant ce brouhaha) elles ne payaient que leur billet d’avion et en contrepartie le mandataire accompagné perdait 50% de son per diem.
3. Sur la présence des conjointes, je vous rejoins parfaitement : n’ayant aucun mandat démocratique, il est anormal que le moindre denier public leur soit octroyé. Je m’exprime en ce sens sur mon blog.
4. Plusieurs des participants ne seront même plus sur les listes de candidatures aux élections dans moins de 8 semaines (fort court pour transmettre d’éventuels résultats utiles)
4. Je partage à moitié cet argument ; selon moi, le député doit être considéré comme un mandataire à part entière tant que son mandat n’est pas révolu. Cependant, je vous accorde que le sens commun donne à percevoir un petit cadeau d’adieux…
5. Si en qualité de chef d’entreprise vous entrez vos frais de ’voyage’ ou de restaurant, une partie des dépenses sera rejetée par le Fisc et donc à votre charge.
5. En qualité de business man, vous voyagez également en business class, vous fréquentez également des hôtels coûteux et vous menez un train de vie qui donne à impressionner vos partenaires et concurrents. Sur ce plan-là, je ne suis pas sûr que vous ayiez envie de pousser l’analogie au bout de sa logique…
6. Vous focalisez sur l’étonnante réaction à l’aube des élections, je vous ferai remarquer que c’est d’abord ce voyage qui est étonnamment organisé à moins de 8 semaines des élections.
6. Je ne comprends pas cet argument. Au pire, il me semble que c’est une maladresse stratégique de la part de nos larrons visiteurs (surtout quand on voit la belle brochette d’affairistes réunies là) ?! Que faites vous des manoeuvres électoralistes des partis qui hurlent au loup, quand évaluez-vous leur cohérence et leur sincérité dans votre critique ?
7. Vous parlez de l’Arizona, avez vous bien lu le programme, sur les 11 jours, ils y passent une journée avec 5 rendez-vous, comparez le temps passé à une visite d’intérêt public et celui consacré aux loisirs et restauration.
7. En réalité, je l’explique sur mon blog, je ne parle que d’Arizona, précisément parce que je m’y trouve pour l’instant (je vous écris depuis Tempe, Phoenix). Sur le temps passé ici, je dirais qu’une journée est consacrée à la détente, l’autre au travail, beaucoup de temps étant accaparé par les déplacements (les distances sont très grandes, ici). Probablement une clarification de ce point serait-elle souhaitable, mais je ne pense pas que le statut de parlementaire permette d’évaluer clairement la relation entre temps de travail et temps de loisir. Cela dit, des activités tels que le survol du Grand Canyon devraient manifestement être payées sur deniers personnels : autant il me paraît normal qu’un certain « standing » soit assuré aux représentants officiels de la Wallonie, autant ici il est aporétique de justifier l’intérêt public d’un survol du Grand Canyon (sauf si cela consiste à inspirer Van Cau pour une de ses croûtes dont il ornera fièrement le Parlement wallon).
8. Sur un plan plus général , trouvez vous nécessaire et justifié d’engager de telles dépenses alors que les budgets ont virés au rouge et largement ?
8. Est-ce qu’on critique Obama de faire de bien plus dispendieuses tournées en Europe alors qu’il engage massivement des mannes abyssales d’argent public dans la relance économique, alors même que les indicateurs économiques américains sont dans le rouge le plus total ? Allons donc, ce genre de dépense est anecdotique au regard des budgets des pouvoirs publics et, croyez-moi, certains postes justifieraient bien mieux une incise citoyenne et une critique véhémente. Maintenant, je vous concède une maladresse manifeste à étaler des frais ostentatoires et superflus (je pense notamment à l’indemnité journalière), ce qui ne peut manquer de choquer le citoyen lambda.
9 . Je suis donc peut être étroit d’esprit, excusez moi de croire que demander une participation pécuniaire personnelle soit anormale.
10. Expliquez aussi cela, aux citoyens qui ne comprennent plus rien et ne croient plus aux institutions politiques.
9 et 10. Veuillez considérer mes propos sur votre « étroitesse d’esprit » comme nuls et non avenus, désormais, puisque vous avez pris la peine d’éclairer ma lanterne de manière circonstanciée. Ce jugement repose sur ce que j’ai perçu de la mobilisation citoyenne, qui me paraît fort basée sur une certaine jalousie très matérialiste et sur des motifs in fine relativement mesquins. Je n’avais par exemple pas clairement perçu la revendication d’une participation pécuniaire personnelle, qui me semble équilibrée et justifiée pour les postes se situant au-delà de la mission d’intérêt strictement public (comme je l’ai toujours soutenu en commentaire sur mon blog).
Cela dit, une critique n’a de fondement que nuancée, et donc intégrant selon moi une remise en question de ceux qui sont prompts à tirer sur l’ambulance (sont-ils habilités à le faire ? n’est-ce pas une manoeuvre grossière ?) ainsi qu’une vision nuancée des dépenses effectuées (qu’est-ce qui concourt à l’intérêt public ? qu’est-ce qui est manifestement excessif et ostentatoire ?). Ces questions-là ne sont pas – ou très nettement trop peu – adressées dans tous les médias que j’ai pu consulter, et j’ai modestement tenté de me faire l’avocat du diable et de rectifier le tir.
Je pense encore, comme je le disais en introduction, qu’il est sain qu’une vigilance particulièrement acérée des citoyens s’exprime en temps de crise. Cela dit, parfois, j’aimerais que cette critique et cette mobilisation interviennent sur d’autres sujets ou d’autres scandales, qui me paraissent nettement plus porteurs d’enjeux en termes d’intérêt public, plutôt que des scandalifimes en rase campagne des Fourons, qui finalement n’influent qu’à titre marginal sur notre destinée collective. Je suis conscient de jouer à l’avocat du diable, particulièrement quand on voit la bande de zozos qui se payent ce voyage cinq étoiles de manière éhontée à une encablure des élections… C’est n’est vraiment pas malin de leur part. Mais bon, si ceux-là étaient malins, ils ne commettraient pas d’aussi bonne grâce de semblables idioties qui servent peut-être d’écran de fumée aux vrais problèmes de la démocratie belge…
Ceux-là même dont vous parlez dans votre point 10, dont je ne puis que constater qu’ils sont bien réels, mais dont je doute qu’ils s’expriment de manière univoque dans ce voyage aux USA !
Les parlementaires du Parlement wallon se trouvent actuellement en Arizona, dans le cadre de leur voyage aux États-Unis, passant par le Nouveau Mexique, l’Arizona et la Californie. Ils viennent de passer deux jours et demie (et deux nuits) à Scottsdale, qui est la banlieue cossue (la destination de villégiature privilégiée) de l’agglomération de Phoenix (qui compte pas moins de 4 millions d’habitants).
L’on entend dans les médias ces derniers jours un vacarme assourdissant autour de cette mission, qui pourrait en étonner plus d’un, étant donné la fréquence de ce type de missions, si toutefois nous n’étions en période pré-électorale. Saluons ici l’hypocrisie des groupes de l’opposition qui prônent les voyages-qui-forment-la-jeunesse, sauf à trois mois d’élections et/ou ceux qui usuellement ne se privent pas de participer à de tels voyages et qui ont, très opportunément, décliné cette invitation particulière. Saluons par ailleurs la toute aussi grande servilité médiatique des groupes de la majorité wallonne qui se sont empressés de s’agenouiller sur la carpette et de baiser, émus, les pieds du lecteur choqué (voir Le Soir et La Libre). Mea culpa feint et vil prétexte pour tirer, une fois de plus, la ficelle de la crise économique.
Lavons plus blanc que blanc, adoptons le « Grand Livre Blanc de la Gouvernance des Voyages Parlementaires à l’Étranger à Deux Mois d’un Scrutin ».
Que ce voyage comporte une part trop importante consacrée aux loisirs, je n’en disconviens pas. En revanche, voici ce que je peux dire concernant la journée de travail prévue ici à Phoenix, AZ, au jour d’aujourd’hui :
1. L’Arizona, et en particulier la mégapole de Phoenix (la treizième des États-Unis), sont deux victimes particulièrement meurtries de la crise économique. C’est un coup d’arrêt qu’a subitement expérimenté une économie jusque là exponentiellement florissante. Il est intéressant de s’attarder sur les leviers de cette situation préoccupante, ne fut-ce que pour éviter de les reproduire.
2. Comme la Région wallonne, l’économie de l’Arizona repose de manière réduite sur les industries primaires et secondaires, et peine à trouver des voies satisfaisantes de reconversion économique (d’où l’intérêt d’examiner des pistes de collaboration?).
3. La visite prévue ce 9 avril après-midi à la Shamrock farm ne manque pas d’intérêt : voilà une entreprise agricole / fermière qui joue, en plein désert, la carte du développement durable, du « naturel » et du biologique (dans certaines limites, étant donnée la taille de cet établissement). Les produits de la Shamrock farm, très populaires ici, sont par ailleurs très bons (mais ceci n’a rien à voir avec mon propos).
4. Examiner les pistes de coopération économique entre l’Arizona et la Région wallonne fait sens, notamment parce que c’est ici, à Phoenix, que sont situés les headquarters de l’entreprise aéro-spatiale, Techspace Aero, l’un des moteurs du « redéploiement économique » de la Région wallonne et fer de lance du pôle de compétitivité « Skywin » (dans le cadre du Plan Marshall).
5. De manière générale, je constate tous les jours ici combien le système économique et politique fonctionne différemment du nôtre, avec bien sûr des bons côtés et d’autres plus critiquables ; il me semble toujours intéressant pour des parlementaires de confronter leur expérience, leur cadre de pensée ou leurs pratiques, avec celles d’autres instances politiques d’autres pays, d’autres continents. Par exemple, le croira-t-on?, les autorités politiques américaines sont beaucoup plus perméables aux mécanismes consultatifs et délibératifs que leurs homologues belges.
Bref, il me semble que voilà une dossier sur lequel un peu de bon sens et d’esprit critique médiatique ne seraient pas malvenus. Si l’on réfute le bien-fondé de cette pratique en tant que telle, qu’on le fasse de manière constante et pas à deux mois d’élections ; si, en revanche, on en admet le bénéfice de principe, alors il convient de faire preuve d’un peu de circonspection et de faire la part des choses, in concreto, dans le programme, du bon grain et de l’ivraie, de ce que peuvent (ou non) retirer nos élus de ce type de missions.
Vu ce jour sur Wikipédia (cliquer pour élargir) :
Jean-Claude Van Cauwenberghe (souvent surnommé le gros porc Van Cau, magouilleur en chef, maffieux adoubé et amateur de voyages en business class aux frais du contribuable dans la presse) est un peintre naïf aux oeuvres appreciees de son pote Jose Happart et homme politique belge, membre du Parti socialiste, né à Charleroi le 28 avril 1944.
Des sanctions sont-elles possibles, sur Wikipédia, envers l’auteur d’information mensongères ou diffamatoires?
Scottsdale
dimanche 15 mars – 20 h 36
Hier, samedi, Anne et moi nous sommes rendus à Scottsdale (encadré jaune sur la carte), cette partie de Phoenix située au nord-ouest de l’agglomération en vantée par la plupart des guides comme étant l’endroit à privilégier pour une courte villégiature ; outre ses nombreux resorts (hôtels plus ou moins de luxe – stations familiales), Scottsdale abrite une appréciable quantité de galeries d’art, magasins de cowboy boots (genre Santiags) et autres shops à touristes.
Nous nous sommes rendus là-bas à vélo, en traversant le Papago Park (encadré bleu sur la carte, itinéraire en rose), immense parc «naturel» situé juste au nord de Tempe. C’est dans ce parc que se situe l’Arizona Historical Society Museum dans lequel Anne travaille (le petit soleil en bas). Cette excursion s’est avérée bien agréable, même si le «parc platonicien», c’est-à-dire l’idée du parc telle qu’Anne et moi la concevions, est rudement bouleversée par les (splendides) paysages désertiques qui s’offrent à nous, précisément, en guise de «parc».
Arrivés à Scottsdale, nous sommes accueillis par une pancarte annonçant la «most livable city», autrement dit la ville où il fait le meilleur vivre, tout en étant que nous ignorons si ce slogan est à interpréter de manière relative (à l’intérieur de Phoenix) ou absolue (dans le monde entier). Cette dernière hypothèse serait faire preuve d’une prétention peu commune. Scottsdale, en effet, est un endroit éminemment sympathique et propose certes au touriste un bon divertissement…
… Au-delà, toutefois, c’est aussi dans une certaine mesure un ghetto à riches, un coin à banlieues frileuses où se retranchent, chacun dans sa maison, des voisins qui ignorent tout l’un de l’autre et qui prennent le pick-up pour aller chercher le café du matin (bon, je force le trait, évidemment). Lectrice, lecteur, ne ricane pas trop vite : ce mode de vie (banlieue, 4 façade, voisinage autiste, peu inséré dans un quelconque tissu social, omniprésence de la voiture) est en pleine expansion en Belgique et peine à être endigué par les pouvoirs publics. Pour rendre justice à Scottsdale, je précise encore que le genre de panneaux sympathiques présentés ci à gauche sont monnaie courante et qu’on les trouve à l’entrée de beaucoup de neighborhoods ; disons simplement que ceux de Scottsdale sont symptomatiques.
A la barre du témoin, j’appelle le cours de golf, sillonné d’un rouge sanguin sur la carte, page précédente. Le croirez-vous? Cette longue barre verte de plusieurs miles (et 1,6 fois plus de kilomètres) n’est qu’un long cours de golf, ou une succession de cours de golf. C’est qu’en effet, Phoenix, et particulièrement Scottsdale, se targuent de leur spécialité ès cours de golf, ce qui est un comble au beau milieu du désert. Car ce «vert», sur la carte, correspond à une réalité ; nulle question, sur les golfs, de paysages désertiques. Au contraire, là, petites collines et gazon resplendissant sont de rigueur, à grand renforts d’eau, vous savez, cette ressource précieuse qui ne court pas vraiment les fleuves asséchés, en plein désert?!
Le golf, spécialité régionale, croyez-moi, nous en reparlerons. J’ai concocté un petit reportage photo qui ne saurait tarder et dont vous me direz des nouvelles.
Vendredi 13 mars – Gazon maudit
06 h 45
Je reviens à l’instant de la «boulangerie» locale (le K-Mart du coin, espèce de magasin de station service, mais sans station service qui le jouxte), où je suis allé chercher un pain de la forme la plus usitée qui soit, ici : un pain de mie carré destiné à être toasté, qui me rappelle non sans émotion les Pains Jacquet de l’époque (point encore révolue) où je dépensais ma jeunesse dans les festivals pop-rock.
Soudain, sur le court chemin qu’il me faut parcourir, me voilà contraint de procéder à un bond périlleux de côté ; en effet, à ma gauche se sont déclenchés, une fois de plus, les jets d’eau automatiques qui arrosent les pelouses locales. C’est qu’ici, en plein désert, le petit carré de gazon, situé devant l’habitat, a longtemps été érigé en mode de vie. Jusqu’à un passé très récent, il me semble que plus ou moins chaque parcelle en était dotée. L’eau, à tout le moins pour ce qui me concerne, fait l’objet d’une tarification très modique (environ 15 $, soit 10 € par mois) et, surtout, forfaitaire. L’on comprend que, puisque l’on a payé pour cette eau et que l’on y a droit, on serait bien bête de ne pas la dispenser à foison sur ses pelouses, fussent-elles en l’occurrence implantées en plein désert.
L’autorité communale, soucieuse d’écologie (et donc saisie du désir contradictoire, d’une part, de s’auto-saborder avec cette ville insensée sur le plan écologique et, d’autre part, de se pérenniser), l’autorité communale disais-je donc, a décrété et levé une taxe sur ces fameux carrés de pelouse. A priori, si j’en juge les pelouses devant les complexes d’appartements, même «crapy» (pas le grand luxe, quoi), cette mesure ne vaut que pour les particuliers et, à part dans les banlieues clairement friquées, n’a pas manqué de produire des effets utiles (la taxe en question étant, paraît-il, prohibitive). L’on constate en effet, de passage dans les «voisinages» (les neighbourhoods), que bon nombre de locaux ont opté, qui pour du gravier, qui pour un jardin du désert (cactus, fleurs et différents arbustes propices étant donné le climat).
C’est quelque chose qui nous avait frappé à Tucson, probablement moins riche mais également plus ancienne ; là-bas, nulle trace des carrés de pelouse verte, nul jardinet «à la française», nul magasin de réparation de tondeuse. Ces espaces verts étaient très avantageusement remplacés par un florilège de plantes du désert, lesquelles, placées dans leur biotope naturel, nécessitent à la fois nettement moins d’eau et moins d’entretien. Je ne peux vous dire à quel point le contraste est criant entre ces pelouses totalement décalées, que l’on aperçoit à Tempe / Phoenix et celles des jardins de Tucson. C’est qu’en réalité, la superficialité et le décalage des pelouses à leur environnement ressort très fort, alors que les plantes désertiques se glissent avec aisance, naturel et volupté dans les espaces qui leur sont dédiés.
Ainsi, la terre dure absorbe très mal l’eau et le gazon, arrosé trop souvent, se couvre ci et là de gigantesque flaques, voire de micro-inondations. Malgré tout, l’herbe pousse étrangement, et l’étendue verte dissimule mal sa fragilité et les quelques touffes dégarnies qui la parsèment par endroits. En outre, personne ne se hasarde sur ces pelouses, la modeste couche de terre accueillant ces dernières étant imbibée d’eau et extrêmement glissante. De surcroît, le passage à pied ou à vélo dans le gazon, accompagné le cas échéant d’une petite glissade, abîme très fortement celui-ci et génère de très peu élégantes traces à l’endroit du passage.
Mardi 10 mars – Tucson bis .
05 h 15
Le dimanche, Anne et moi avons décidé de passer la matinée à Tucson avant de nous diriger vers le très renommé Desert Museum, qui est en fait un zoo et un «jardin divers» du désert. Je me dois ici de réitérer mes impressions précédentes ; Tucson n’a rien d’une ville agressive, speedée, couverte d’automobiles 24/24 h, entièrement dédiée au business, tout le rebours. Alors qu’à Phoenix, le mot d’ordre est manifestement «show must go on», ici à Tucson l’on sent très nettement qu’une place importante est réservée à la qualité de vie, à l’ambiance méditerranéenne, à la détente. Le dimanche, avant midi, les rues sont vides, les magasins fermés. L’atmosphère est douce.
Nous nous rendons sur la 4th avenue, située en plein centre et qui est une espèce de rue des hippies. Les petites maisons mignonnes et colorées située de part et d’autre de la voirie abritent des échoppes flower power, des fringues vintage authentiques ou encore une coopérative alimentaire. Calquée sur le modèle que Anne et moi entendons respecter en matière de nourriture (cf. p. 22), cet endroit délicieux proposait à la vente, en vrac, du sirop d’agave biologique produit localement (l’agave est un type de plante/cactus qui pousse très bien ici et produit un délicieux sirop, ce qui n’empêche pas bon nombre de lobotomisés du commerce mondial de lui préférer le sirop d’érable) ainsi qu’un miel divin. Mais le sommet fut atteint avec la machine à broyer les cacahouètes bios qui fabrique en direct, sous vos yeux, le meilleur des beurres de cacahouètes. N’en jetez plus, la coupe est pleine!
05 h 40 – «This is such a pity, we should give our love to each other» (Weezer)
Deux autres coopératives, l’une située à Tucson, l’autre située à … Tempe, se sont vu contraintes de mettre la clé sous le paillasson dès les premières secousses de la crise économique. Privilégiant un modèle alternatif à la consommation de masse, elles furent les premières à succomber aux restrictions budgétaires des ménages. Malheureux et déplorable, quand on sait que des groupes de vente par internet et carte visa, tels qu’Amazon, n’ont jamais réalisé d’aussi plantureux bénéfices qu’en 2008. Je crois très franchement que les victimes de la crise, ici, ne sont pas celles qui le méritent, et que ceux qui leur privilégient un confort matériel tout superficiel, chinois et chimique commettent une lourde erreur d’appréciation.
Voici l’occasion de toucher un mot d’une question qui taraude certains interlocuteurs : le prix de l’essence. L’essence se vend ici par gallons, soit une unité de mesure équivalant 3,78 litres. Le gallon d’essence est vendu aux alentours de 2 $, soit environ 1,5 €, soit encore plus ou moins 0,4 € du litre, ce qui vous fait des pleins à 15 ou 20 €. Il faut savoir que les prix ont augmentés avec le baril et que, très clairement, le seuil de 2 $ semble être un seuil psychologique. Les Américains sont vissés à leur voiture, physiquement (les distances sont énormes et tout est calculé en fonction de la voiture) et psychologiquement (phénomène de dépendance manifeste). Généralement, le gabarit des véhicules est démesuré (les pick-ups, 4×4 et autres trucks sont légion). Je crois très sincèrement que les Américains iront jusqu’au bout pour pouvoir préserver ce privilège insensé de se masser sur les routes avec une densité aberrante, de jour comme de nuit, semaine ou pas semaine. Sur ce point, ils avancent à un tel point le nez dans le volant qu’ils semblent prêts à piller jusqu’au dernier gisement, la dernière goutte de pétrole, quelles qu’en soient les conséquences.
Bref. Nous avons pu constater que Tucson échappait en partie à ce poncif et c’est tant mieux. Savez-vous que cette 4ème avenue, évoquée ci-avant, est parcourue par un ancien tramway bruxellois tout de jaune paré?
Enfin, nous avons visité ce fameux Desert Museum, très fréquenté par ce dimanche après-midi de Spring Break (vacances de carnaval). Parfois, on se demandait de quel côté de la cage se trouvait le zoo. «À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire». Si Anne et moi avons apprécié la diversité du jardin et le cadre splendide, nous préférons indubitablement apercevoir, même peu, même mal, un seul représentant en liberté de la faune locale, plutôt que de nous repaître de la vue dégradante d’une centaine de ses confrères, reclus derrière des barreaux, sans motif convaincant.




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