juil 152010

La roupie indienne, soit la monnaie d’un géant économique, n’avait pas de symbole officiel, tel que les très connus $, €, ¥ ou £.

Au terme d’un concours, voilà qui est réparé, peut-on apprendre dans Le Soir. La roupie indienne aura son symbole. Curieusement, Le Soir ne publie pas ledit symbole, pas plus d’ailleurs qu’aucun de ses confrères de la presse francophone, pour le moment.

Qu’à cela ne tienne, le voici publié sur Périscope :-)

Selon son concepteur, et je le rejoins, c’est un très beau mix d’alphabet occidental et indien!

juil 132010

La Commission européenne, suite à une décision qui laissait présager un revirement de politique, vient d’autoriser une procédure très nettement simplifiée de mise sur le marché d’OGM (organismes génétiquement modifiés).

Les faits: la procédure jusqu’ici bloquait, de fait, de telles autorisations; cette procédure avait été adoptée sous la pression des opinions publiques, majoritairement hostiles aux OGM; certains États, dont l’Allemagne, rongeaient leur frein pour pouvoir se lancer à corps perdu dans ce business; la Commission a attendu le milieu des vacances, en plein juillet, pour prendre cette décision; décision qui est, dans ce cas-ci, une décision de principe (plutôt qu’une décision ponctuelle, comme précédemment), qui vise à vider le problème une fois pour toutes.

L’opinion: l’Europe technocrate qui gouverne à contre-sens des opinions publiques était au bord du gouffre, et vient de faire un grand pas en avant. L’Europe est paradoxale, car ses institutions fonctionnent pour l’ensemble de manière démocratique et transparente. Cela dit, cela ne l’empêche pas de poursuivre des objectifs dont il est permis de douter qu’il soient conformes à l’intérêt général. Démonstration avec les OGM.

À qui profite les OGM?

Aux peuples? L’Europe, avec sa politique agricole, est très largement souveraine alimentairement. Plus personne, en Europe, ne meurt de faim. Il n’y a ni pertinence, ni intérêt à mettre des OGM sur le marché. Pour le reste du monde, qui n’a pas toujours la chance de se nourrir convenablement? Nous produisons des surplus agricoles que l’on pourrait distribuer gratuitement au lieu de les jeter, nous pourrions cesser de dévaster leurs cultures pour faire pousser notre café, notre coton et nos carburants. Au surplus, nous pourrions également verser les millions d’Euros injectés dans la recherche et développement des OGM et autres biotechnologies. Soyons sérieux: les OGM ne profitent pas au peuple, du moins pas intrinsèquement, pas directement.

À qui, alors? Le développement et la mise sur le marché d’OGM est supposé avoir un bénéfice indirect: stimuler la croissance économique et, de ce fait, la création d’emplois. Comment cela fonctionne-t-il? Des consortiums industriels, des partenariats public-privé sont mis en place. Le cas échéant, l’Etat subside (assez grassement) la R&D. Des centaines de chercheurs sont employés, développent un produit qui est commercialisé et rapporte des sous à l’entreprise, qui va engager davantage, et puis contribuer à augmenter le Produit national brut.

Où est le problème? Comme je viens de le mentionner, ces bénéfices indirects reposent sur deux hypothèses causales: 1) les OGM vont amener de la croissance et 2) la croissance est bénéfique pour l’emploi. Ces deux hypothèses se suivent et la « 2) » ne peut s’envisager si la « 1) » n’est pas respectée, dans ce raisonnement. L’Etat, à court d’alternatives politiques, veut y croire dur comme fer.

Sans même prolonger de beaucoup le raisonnement, on peut à tout le moins constater avec moi l’absence de bénéfices directs et la fragilité du fil de raisonnement qui conduit à d’hypothétiques bénéfices indirects. En attendant, les entreprises se sont mis les subsides étatiques dans la poche et encaissent les seuls fruits directs de la mise sur le marché d’OGM, de l’argent sonnant et trébuchant.

Et je ne parle même pas des rapports de force inégalitaires instaurés entre le Nord et le Sud, ni de la mise sous pression des Etats européens qui, dorénavant, voudront maintenir une ligne dure en la matière, ni encore des effets potentiels des OGM sur l’environnement ou la santé humaine. Bref, la Commission vient de faire montre d’une belle obtusion d’esprit, avec une décision stupide et adoptée en stoemeling. C’est pas joli-joli et, pour donner mon sentiment, parfaitement contre-productif à terme. En faisant la part belle aux intérêts catégoriels, comment voulez-vous doter la Commission d’un semblant de rôle de garante de l’intérêt général, de légitimité démocratique?

juin 082010

campagne_frileuseSur le blog « Sans langue de bois« , Charles Bricman, en accord en cela avec la majorité des commentateurs, fait l’analyse d’une campagne frileuse, tiédasse, défensive avant tout.

Sur le plan communautaire, c’est on ne peut plus vrai. Les quatre grands partis font preuve d’une attitude en recul, sur la défensive, dénoncent sans proposer, refusent sans être constructifs. En résumé, ils sont tous d’accord, d’un côté, de régionaliser à la marge et, de l’autre côté, de refuser toute forme de confédéralisme et de toucher à la sécurité sociale (sous toutes ses formes). À noter, dans cette approche excessivement étroite, deux maigres ouvertures: d’une part, Ecolo qui tente, tant bien que mal, de tisser des liens avec Groen! (et qui s’en voit abondamment vilipendé) et, d’autre part, le PS qui manifeste quelques d’ouvertures aux thèses flamandes, en ce compris confédéralistes (et qui s’en voit abondamment vilipendé itou).

Sur le plan « socioéconomique », la fameuse formule creuse qui veut tout dire et rien à la fois, à nouveau c’est le grand consensus qui règne. Tout le monde s’accorde à vouloir plus de moyens pour la justice, les pensionnés, les démunis, les fragilisés, etc. Là-dessus, les pétitions de principe sont légion, les slogans creux, les idées vides – à défaut d’êtres chiffrées – abondent en tous sens. C’est très consensuel, de promettre un peu de tout à tout le monde, surtout en demeurant très flou. Surtout que l’on sait ce qu’il advient, dans un régime de coalition, des intentions programmatiques (c’est-à-dire, pas grand chose).

En revanche, toujours sur les aspects socio-économiques, on a eu un vrai débat de fond, hier, entre les présidents de parti (sur La Première). Un bon vieux débat clivé sur un axe gauche-droite, et qui porte sur la nécessaire réforme de la fiscalité. L’Etat belge, comme tous les Etats européens, s’est endetté pour parer au plus pressé de la crise économique. Maintenant que le système bancaire et financier est retourné à la normale (les banques font du profit, les spéculateurs spéculent), se pose la question de comment combler ces déficits qui ont été creusés. Et pour ça, il n’y a pas 36 solutions: il faut soit diminuer les dépenses, soit accroître les recettes, soit les deux. En toute hypothèse, la réforme doit passer par une réforme fiscale.

Et là, me semble-t-il, on a droit à un vrai débat. Faut-il taxer davantage les revenus du capital? Faut-il taxer l’épargnant ou l’actionnaire? Si l’on taxe l’actionnaire, faut-il distinguer entre l’actionnaire « bon père de famille », qui contribue à « l’économie réelle », et l’actionnaire spéculateur, qui contribue à la détruire? Faut-il supprimer ou revoir le régime des intérêts notionnels? Si l’on refuse toute nouvelle mesure taxatoire, autrement dit, si l’on refuse d’augmenter les recettes, il faut alors diminuer les dépenses. Comment s’y prend-on? Quelles priorités met-on en place? Quelles coupes budgétaires?

Ce débat-là est authentiquement politique et confronte des visions de la société. Aussi bien le PS, le cdH qu’Ecolo sont en faveur de taxations du capital: une taxe sur la plus-value des actifs boursiers, une taxe sur les opérations de spéculation, une taxe sur les banques. Le PS et Ecolo réclament une révision des intérêts notionnels: on conditionne le bénéfice de ce mécanisme à des conditions en termes d’emploi. Le MR se distingue en prônant un statut quo fiscal: selon Didier Reynders, il faut maintenir la taxe sur les banques qu’il aurait mis en place (et rapporté 600 millions d’Euros), ainsi que le prélèvement sur les acteurs du nucléaire (conformément à l’accord Magnette) – ce qui présuppose bien évidemment la prolongation des centrales.

Le PS, le cdH et Ecolo refusent l’austérité, la coupe sombre dans les budgets des pouvoirs publics: ils prônent la « rigueur ». À mots à peine voilés – même si ne l’admettant que du bout des lèvres et à reculons, le MR est davantage en faveur d’une sorte « d’austérité » budgétaire, en tous cas si l’on compare aux trois autres partis (car le terme en lui-même est soigneusement évité par le MR). Bref, je pense raisonnable d’affirmer que le MR est en faveur de mesures d’austérité drastiques telles que les gouvernements grec, espagnol ou anglais ont adopté ou sont en voie de le faire.

Bref, sur la thématique fiscale, on voit se confronter des points de vue assez divergents, qui retracent un axe gauche-droite sur lequel se situent clairement, à gauche, le PS, le cdH et Ecolo et, à droite, le MR. Le tout se déroule dans un contexte, je le rappelle, globalement consensuel, même sur le plan socio-économique. Bref, la campagne n’est pas entièrement frileuse, à condition que l’on creuse dans les recoins les plus fouillés, à la recherche du contenu programmatique.

mai 262010

Nuage de tags généré sur l'article "Crise financière" sur Wikipédia

Nuage de tags généré sur l'article "Crise financière" sur Wikipédia

Nuage de tags généré sur l’article « Crise financière » sur Wikipédia

Irène Kaufer écrit un excellent article sur l’importance de problématiser le vocabulaire de la crise économique, autrement dit de refuser le diktat des termes communément employés – et qui pourtant sont lourds d’implications, de significations, de partis-pris.

Dans une chronique de Libération, Pierre Marcelle écrit : « De « la crise » et tout ce qu’elle recouvre, on devrait cesser de gloser avec les mots de l’adversaire (marchés, taux d’intérêts, croissance, déficits publics, inflation, déflation, etc.) qui, la désincarnant, la réduisent à une inéluctable abstraction ; à une expertise » (1).

D’abord, la « compétitivité » (…).

Autre exemple, le « non marchand » (…).

Une intervention salutaire que je complémente de la réflexion suivante:

Excellent, excellent! Très stimulant.

C’est vrai qu’on porte rarement assez d’importance à la signification des mots et à leur portée. Je pense au terme de « gouvernance », aussi, qu’on rabâche à tue-tête dans tous les domaines de recherche, de l’économie à la science politique… Personne n’a la moindre idée d’où ce terme provient, de ce qu’il veut dire (controverses infinies) et surtout de son profond ancrage idéologique. Beaucoup d’oripeaux dont il faut se débarrasser avant de faire usage du terme…

Autre exemple: le Ravel. Le réseau des voies lentes. Dans une société du tout-à-la-vitesse, on ne saurait mieux qualifier ces rares spaces alloués à la mobilité « inutile », lente car elle n’est pas rapide… Piétons, cyclistes, autant dire le réseau de « voies boulet », des voies de cul-de-sac productiviste!

Voir le blog d’Irène Kaufer

mai 252010

dollarLa crise grecque et, par extension, de la zone euro, replace de grandes questions de politique économique au coeur du débat. Ce faisant, elle a permis la (ré)-apparition de clivages qui ont le mérite de clarifier les positions politiques. Ainsi, dans le cas de la crise qui nous préoccupe, on entend deux types de réponses, très clairement marquées sur l’axe « droite-gauche » de la politique économique.

À droite, on prône l’orthodoxie et la rigueur budgétaire. L’Etat doit maintenir l’équilibre à tout prix, et la solution est à chercher du côté des dépenses publiques, qu’il faut réduire. À gauche, on refuse cette solution. L’austérité budgétaire ne ferait que renforcer la crise et il faut au contraire maintenir, si pas augmenter les dépenses publiques (en investissement) pour relancer l’économie. L’Etat a donc besoin de moyens supplémentaires s’il veut combler ses déficits (dus à la crise économique); il doit les chercher du côté du capital, qui accapare une part trop importante des richesses produites, par rapport au travail.

Car c’est un fait: depuis quelques décennies, une part croissante de la richesse produite totale retourne au capital plutôt qu’au travail. Sur cette base, il peut donc être recevable de vouloir redistribuer autrement les fruits de la croissance et de la productivité.

Mais comment s’y prendre, concrètement? Car « taxer le capital », c’est avant tout une formule qui ne dit rien de la manière dont on entend procéder. Il y a pléthore de possibilités: taxer les revenus de l’épargne, la plus-value d’actifs boursiers, les transactions (spéculatives ou non), les institutions financières, et j’imagine qu’il doit en exister bien bien d’autres encore.

Bref, ces options sont autant de choix politiques, fort différents cela va sans dire1. Alors, taxer le capital, oui, mais lequel?

  1. À noter qu’il existe sans doute autant, si pas plus, de manières différentes de réduire les dépenses publiques []
fév 112010

La situation actuelle et ses deux options politiques

stormoverGreeceCe n’est un secret pour personne: la Grèce connaît actuellement des difficultés économiques, qui pourraient bien être en voie de s’apaiser. Que se passe-t-il vraiment? En gros, le déficit du pays pour l’an dernier a été très important, et les marchés doutent aujourd’hui que l’Etat grec pourra rembourser sa dette. La conséquence est double: la Grèce doit emprunter de l’argent à un taux très élevé (ce qui augmente donc encore sa dette, cercle vicieux) et l’emprunt grec est dévalorisé sur les marchés. Le risque de faillite de la Grèce est donc réel. Petite tentative de décodage, très simple.

Dans les médias, on entend deux discours très différents. L’un prône la responsabilité de l’Etat grec qui doit assumer seul ses erreurs; la zone euro, dont la Grèce fait partie, n’a pas à intervenir et, quant aux marchés, la situation se calmera dès le retour à des finances saines. L’autre discours dit au contraire qu’il est inacceptable que les marchés dictent le « cours boursier » d’un Etat, quitte à le mettre en faillite; que, dès lors, la Banque centrale européenne doit intervenir, et qu’une solidarité doit se manifester au sein de la zone Euro.

Qui a raison, qui a tort? La faute à la Grèce, ou la faute aux marchés?

Retour sur les origines du problème

Réponse: aucun des deux, mon capitaine. La chronologie des événements laisse apparaître une situation très compliquée. Tout d’abord, c’est la crise économique. Beaucoup de banques et d’entreprises se retrouvent coincés dans une tourmente des marchés, et les plans de relance initiés par les gouvernements se multiplient. Ils coûtent très cher, donc accroissent logiquement les déficits publics un peu partout.

En Grèce, la situation était pourrie. Depuis plusieurs années, les chiffres du déficit public étaient trafficotés pour correspondre aux critères du Traité de Maastricht, qui prévoit la zone Euro. En 2009, le gouvernement grec a dissimulé un déficit qui allait s’avérer monter à près de 13 % du PIB, ce qui est immense! Depuis lors, ce qui ne simplifie rien, un gouvernement de gauche a pris le pouvoir: ses membres ne sont donc pas responsables des erreurs commises par leurs prédécesseurs.

Lorsque la supercherie a été dévoilée, les Etats membres de la zone Euro et la Banque centrale européenne l’ont mal pris. Quand on entre dans la zone Euro, on a des droits mais aussi des devoirs, et la Grèce n’a pas respecté ses devoirs. Plusieurs intervenants ont donc fait savoir qu’il était hors de question qu’ils payent les pots cassés à la place de la Grèce.

Là-dessus, ce qu’on appelle des « agence de notation », qui « notent » la valeur de l’emprunt de tel ou tel État, en fonction de sa capacité à rembourser, se sont affolés: et si la Grèce s’avérait incapable de rembourser, et tombait en faillite?

Échaudés par la crise, les investisseurs se sont mis à fuir comme la peste ce fruit pourri qu’était devenue l’économie grecque, créant un mouvement de panique sur les places financières et plongeant l’économie grecque dans une tourmente, dont elle ne sortira qu’en piteux état…

Le problème, c’est que cette chute du titre grec faisait manifestement les affaires de quelques groupes financiers, à en croire le journaliste Jean Quatremer, au moins une grande banque américaine (sauvée par le gouvernement) et deux fonds de pension américains (qui gèrent des capitaux incroyablement énormes) ont parié sur une chute du titre grec. Ils ont manoeuvré pour déstabiliser le cours de l’action grecque, en quelques sortes. Ca a tellement bien marché qu’ils se sont attaqués, dans la foulée, à d’autres États comme le Portugal et l’Espagne, l’Irlande et, progressivement semble-t-il, l’Italie.

Et maintenant?

On voit bien que la situation est un petit peu plus compliquée que « c’est la faute aux États » ou « c’est la faute au capitalisme financier ». En réalité, la responsabilité est distribuée entre le gouvernement grec (mauvaise gestion), BCE (erreurs de communication), fonds de pension (stratégies dilatoires) et investisseurs (cèdent à la panique).

Aujourd’hui, il semble tout de même que la réaction des marchés soit largement disproportionnée au regard de la vraie gravité de la situation. L’actuel gouvernement grec a l’air de vouloir jouer cartes sur table (transparence) et a prévu un plan d’assainissement des finances publiques modeste, mais crédible (revenir à 8,7 % de déficit en 2010, puis diminuer de 2 ou 3 % en 2011 et 2012, jusqu’à atteindre l’équilibre). Il est normal que ce processus prenne un peu de temps et il faut maintenant laisser la Grèce panser ses plaies – car les stigmates sur « l’économie réelle », sur l’emploi notamment, seront bien profonds.

Si l’irrationnel et la panique devaient continuer à prendre le dessus, il faut impérativement des gestes d’apaisement au niveau de la Banque centrale européenne. Que ce soit  un engagement à couvrir la dette au-delà d’un certain seuil, ou à prêter de l’argent à un taux réduit à la Grèce, j’imagine que plusieurs solutions sont possibles. Cela éviterait de déstabiliser la zone Euro dans son ensemble. Mais il faut mettre un frein à une tourmente qui, au-delà d’un certain stade, n’a plus rien de strictement logique.

***

Update 12/02: les Coulisses de Bruxelles font un topo, très clair, sur les modalités d’intervention de l’Union européenne concernant la protection d’un de ses membres. Ce billet est sans doute davantage précis que le mien.

Voir également la chronologie des événements du Monde.

jan 112010

EnergyAvoir l’énergie, c’est bien. C’est très bien, même. Plus personne en Belgique ne pourrait sans doute se passer d’un réseau de distribution du gaz et de l’électricité qui, dans l’ensemble, fonctionne formidablement bien.

Toutefois, j’apprends avec un plaisir non dissimulé que la voie est enfin débloquée pour avoir un médiateur de l’énergie pleinement opérationnel en Région wallonne. La situation de libéralisation du marché l’exigeait.

Récemment, j’ai connu des déboires avec mon fournisseur « alternatif » d’énergie qui, en l’occurrence, m’en a sans doute pompé plus (d’énergies) que ce qu’il m’en a fourni. À l’origine, une broutille (des problèmes avec le module de facturation informatique et un relevé d’index loupé pour cause de séjour longue durée à l’étranger).

La menace? Sans aucun rappel ni aucun avertissement de quelque sorte que ce soit, je me retrouve sommé d’acquitter des montants faramineux sous peine de pose – à mes frais – d’un compteur à budget par une société intercommunale, autrement dit une forme violente de déclassement social.

bureaucratie

La suite, tout le monde ou presque la devine, ou la connaît; d’interminables files pour parler à des employés subalternes qui n’ont de toutes façons aucun pouvoir décisionnel (à part faire signer un contrat), d’innombrables coups de fils sur un numéro surtaxé, la frustration d’être confronté à des interlocuteurs chaque fois différents, à qui tout le dossier doit être réexpliqué… Ce n’est pas tout: des promesses (de type « je le fais tout de suite ») ou des mensonges (du type « nous l’avons fait il y a quelques jours » ou de type « tout va bien, la situation est sous contrôle ») accompagnent la danse. J’en passe et des meilleures, notamment les stress causés par des urgences largement évitables.

Le résultat: on finit par se plier de mauvaise grâce à l’impératif « payez d’abord, on verra ensuite ». On s’arrache les cheveux pour que les messages passent, d’abord entre les différents services du fournisseurs, puis du fournisseur au gestionnaire de réseau, puis entre les différents services du gestionnaire de réseau.

Bref, la médiation de l’énergie est plus que bienvenue, elle est essentielle dans un secteur libéralisé où le client (oubliez l’usager) n’évoque visiblement guère plus que son numéro de compteur. Et n’allez pas croire qu’il ne s’agit que des élucubrations d’un client frustré. Cela concerne, comme je le disais en introduction, des biens et des services fondamentaux qui doivent être assurés pour chaque citoyen dans un pays du niveau de bien-être de la Belgique.

C’est un vrai enjeu de démocratie : éviter les discriminations et la mise en oeuvre de logiques bureaucratiques implacables, incapables, sourdes et aveugles. J’ai la chance d’avoir une éducation juridique, du répondant avec mes correspondants, une compréhension suffisante de ce qui m’arrive et, surtout, les moyens financiers de me tirer d’un mauvais pas. Mais je ne suis que trop conscient que de nombreuses personnes ne remplissent pas ces conditions cumulatives, et certainement nécessaires…

En conclusion, saluons la venue annoncée du médiateur et la fin espérée d’une situation de déni de bon sens…

mai 202009

image-2

Inquiet de laisser son monopole sur le marché des moteurs de recherche s’enrayer et, surtout, terrifié à l’idée de perdre la dynamique d’innovation qui l’anime depuis sa création, le géant américain Google Inc. vient de réagir, en faisant ce qu’il fait de mieux : un algorithme.

Cet algorithme établit un « profil de risque » des employés, basé sur une série d’indicateurs, pour déterminer lesquels, parmi les 20 000 qu’en compte l’entreprise, sont les plus susceptibles de quitter prématurément leur fonction. Les rouages de cette méthode qui sont, comme de coutume, jalousement gardés par ses concepteurs, incluraient notamment les rapports d’évaluation, les promotions et l’évolution barémique des employés.

Comme le dit le Wall Street Journal, « appliquer une équation complexe à une question fondamentale de gestion des ressources humaines, c’est du Google en plein » (Applying a complex equation to a basic human-resource problem is pure Google). Ces brillants éléments peuvent manifester, à un moment donné, le désir de quitter une entreprise qui s’est éloignée des promesses dont sont emplies les start-ups, au fur et à mesure que sa taille s’est accrue.

image-3Le directeur des ressources humaines, Laszlo Bock, l’annonce avec pertes et fracas : « [l'algorithme de Google] aide la firme à pénétrer l’esprit des gens avant même qu’ils ne se rendent compte qu’ils pourraient la quitter » (Google’s algorithm helps the company get inside people’s heads even before they know they might leave).

On imagine sans peine les idées terriblement séduisantes et les promesses pleines de potentiel que permet une telle conception de ressources humaines, en termes de politique migratoire. Quelle facilité dorénavant d’identifier ceux des pieds nickelés, un peu moins « nickelés » que leurs congénères, à qui l’ont pourrait décerner l’insigne honneur de franchir les barrières de la forteresse européenne (la fameuse « immigration économique »)! Ce n’est pas tout ; non contents de draîner les éléments les plus prometteurs hors de leurs terres natales, un tel outil permettrait, à l’inverse, de cibler les bons éléments susceptibles de foutre le camp, et de mettre en place des mécanismes spécifiques pour les en dissuader. Bref. Tout cela ne nous rendra pas Aldous Huxley…

mai 072009

Coulisses de Bruxelles, UE: Le Parlement européen torpille le projet de loi Hadopi.

Voici probablement la première manifestation de « l’Europe sociale ».

Le peuple veut des jeux, de l’abrutissement, des films, des séries télé et de la musique? Qu’on lui jette une connexion internet!

mai 022009

M. Di Rupo, habitué des déclarations fracassantes, a déclaré lors du premier mai en avoir « mââââââââârre du libéralisme ».

Comme le rapporte La Libre Belgique :

Le président du PS s’en est immédiatement pris à « la crise libérale » qui résulte « de 20 années d’aveuglement idéologique d’un libéralisme débridé, au niveau mondial, européen et belge ». C’est pourquoi « il faut définitivement tourner la page de ces décennies de duperie! »

Je comprends bien ce message qui, de toute évidence, s’adresse à la crise économique et mondiale. On pourrait bien entendu critiquer le rôle du PS au sein du gouvernement dans le cadre de l’affaire Fortis (ils sont coresponsables de cette faillite, le ministre fût-il libéral). Toutefois, loin de moi l’idée de poursuivre l’examen des contradictions internes entre ce discours et un long historique des actes des éminences socialistes au pouvoir depuis bien longtemps en Belgique.

Toutefois, je voudrais simplement poser la question de la compatibilité de ce « ras-le-bol » du « libéralisme » avec les finalités poursuivies par le Plan Marshall et notamment sa mouture 2.0. : la compétitivité, le leadership sur les marchés technologiques, des opportunités d’entreprendre par l’innovation, la recherche de création d’emplois par ce biais et, in fine, la poursuite d’une croissance économique soutenue.

Le PS est-il bien conscient du bagage idéologique qui accompagne ses politiques? Sa vision du progrès social, basée sur l’innovation et l’économie pour la création d’emploi et la croissance, n’est-elle pas intrinsèquement « libérale »?

Notons encore que, par souci d’équité, les pitreries allaient bon train de l’autre côté du 1er mai, chez les libéraux. Je pressens à leur endroit un bon gros gadin pour les prochaines élections…

Décidément, la date du 1er mai n’est plus que le théâtre d’une tiède pantonymie, une allégorie avortée de fête du travail!