La santé, voilà bien quelque chose que nous recherchons tous! Mais à partir de quand peut-on se considérer en bonne santé?
Une manière traditionnelle de concevoir la « bonne santé » consiste à n’être pas malade. Dans ce cas, être en bonne santé, c’est éviter la pathologie et ses effets indésirables. Du coup, l’important consiste à lutter contre les rhumes, grippes et autres allergies. C’est une approche assez restrictive: elle cible certains maux précis et tente d’apporter des réponses adaptées, au cas-par-cas.
Toutefois, plus récemment, une autre manière de concevoir la « bonne santé » a connu un succès croissant. Cette fois, il s’agit d’une conception « positive ». Autrement dit, il ne suffit pas de ne pas souffrir d’une pathologie, mais il faut également se porter bien, dans l’ensemble. Autrement dit, il s’agit d’une approche systémique: on considère l’être humain comme un ensemble, dont la « bonne santé » dépend de nombreux facteurs qui sont liés et interdépendants.
L’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, donne une définition de la bonne santé positive (depuis 1946), mais cela reste une exception à l’heure actuelle. « La santé est un état complet de bien-être, physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »1.
Personnellement, je souscris totalement à cette conception positive de la santé, et j’estime qu’elle est de nature à mettre l’accent sur les causes profondes, sur les structures de notre mode de vie qui confèrent une « bonne santé ». Avouons-le, c’est un projet autrement plus enthousiasmant que de se limiter à une occasionnelle vaccination!
- Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. 1946; (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948. Disponible ici. [↩]
Ce petit texte, trouvé récemment sur le site de l’A.S.B.L Grappe, m’a beaucoup touché. Il décrit un rapport de l’homme à la nature fondé, au fond, sur la vertu d’humilité. Cette vertu conduit, par modestie plutôt que par superstition, à conférer au monde qui nous entoure une dimension sacrée. Celle-là même qui est foulée du pied, bien trop souvent, par les développements galopants d’une civilisation technicienne, fondée sur la démesure et l’excès. Aujourd’hui, un certain point de non-retour a été atteint, par rapport à l’état d’harmonie qui a pu prévaloir, jadis, entre l’homme et son environnement. Trop de décennies ont eu l’effet de séparer radicalement ces deux entités, pourtant si étroitement imbriquées l’une dans l’autre. Toutefois, au quotidien, il est bon de se rappeler ce genre de textes, au moment de poser des actes concrets, qui influent un tant soit peu sur le cours des événements et permettent, fut-ce subrepticement, de renouer avec un peu de cette symbiose perdue…
C’est l’homme qui appartient à la terre et non l’inverse
Réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d’abandonner sa terre aux blancs et promettait une » réserve » pour le peuple indien.
Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
L’idée nous paraît étrange.
Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?
Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.
Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous.
Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères.
Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme – tous appartiennent à la même famille.
Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons, donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.
Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres.
Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.
Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.
Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.
Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.
Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-petre est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y-a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas.
L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.
L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle – la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir.
Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.
Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.
Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait.
Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.
Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?
Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit.
Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent.
Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.
Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.
Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.
Même l’homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.
Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour – c’est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.
Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.
Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu.
***
Le texte provient du site de l’A.S.B.L. Grappe, merci à eux pour cette petite trouvaille.
L’image, comme presque toutes celles publiées sur Périscope, provient de Wikimédia Commons.
Pour l’anecdote, le Chief Seattle est celui-là même qui a donné son nom à la ville Seattle, dans l’état de Washington, aux USA.
Imaginons un passager du transport ferroviaire qui souhaite obtenir des horaires et les tarifs d’une liaison internationale.
Jadis, la SNCB disposait d’un site internet plutôt bien foutu, d’un personnel agréable et joignable par téléphone, quelque soit la gare où il était employé. Renseignements et informations étaient délivrés rubis sur ongle à l’usager satisfait (non, non, je n’idéalise rien!).
Aujourd’hui, la même SNCB a fondamentalement revu ses politiques d’informations de sa désormais « clientèle ». Le site web, quoique toujours mille fois préférable à celui de la SNCF, est devenu totalement impraticable. Les modules sont en proie à des vices de programmation rédhibitoires, et ne délivrent en aucun cas les informations tarifaires.
Toutes les lignes téléphoniques sont centralisées dans un call-center parfaitement inopérant; notre passager se trouve sommé de préciser quel type de train il souhaite réserver avant d’obtenir un opérateur. Il n’en sait fichtre rien, lui qui appelait justement pour obtenir une réponse à cette question-là. Comble du comble, le voilà sommé de fournir séance tenante son numéro de carte de crédit avant d’être mis en communication.
Il reste l’option du guichet. À Liège, il n’y a plus guère que la gare des Guillemins qui centralise un guichet « international » auprès duquel il soit possible d’obtenir les renseignements et informations souhaités. Bien sûr, malgré la grande amabilité du personnel, ce guichet est pris d’assaut par une populace d’autant plus nombreuse que les systèmes de substitution sont défaillants…
Bref, à la SNCB, le client est roi, pourvu qu’il soit garni de pécunes. Finalement, ne vaut-il pas mieux être un usager, sujet du service public, plutôt qu’un client, roi fantoche d’un douteux mercantilisme?
« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ».
L’un des enjeux cruciaux du XXI° siècle sera incontestablement la fourniture d’énergie. L’importance des énergies renouvelables est sans cesse martelée et portée au pinacle des solutions de demain pour la souveraineté énergétique. On va jusqu’à leur prêter des vertus politiques, à ces énergies renouvelables – je reviendrai sur cette thématique, ici ou ailleurs.
Pourtant, contrairement à ce discours dominant – et rassurant, il n’existe à ce jour aucune solution miracle, stable et suffisamment fiable. Les énergies renouvelables ne comptent que pour un pourcentage marginal de la production énergétique totale. Les éoliennes exigent des conditions très particulières – raison pour laquelle de nombreuses plates-formes off-shore sont actuellement construites. Le potentiel hydraulique est plus que limité dans un pays aux dénivelés si faibles que la Belgique. Enfin, indubitablement, l’énergie solaire est la plus prometteuse mais, à ce jour, aucune solution ne permet de la capturer et de la stocker de manière satisfaisante. Les panneaux photovoltaïques, en particulier, présentent un bilan très lourd en termes d’énergie grise (leur production requiert des composants rares, des métaux lourds très polluants).
Bref, pas de panacée énergétique. Et la vidéo reproduite ci-dessous illustre à merveille ce que je souhaite exprimer ici; les énergies renouvelables contribueront, nul doute là-dessus, à notre avenir énergétique. Mais voici exactement ce qui se passerait si on venait à les développer de manière forcenée à titre de seule solution viable, si on remettait notre avenir énergétique en leurs seules mains: un bon vieux burn-out.
Video @ The Intersection.
Avoir l’énergie, c’est bien. C’est très bien, même. Plus personne en Belgique ne pourrait sans doute se passer d’un réseau de distribution du gaz et de l’électricité qui, dans l’ensemble, fonctionne formidablement bien.
Toutefois, j’apprends avec un plaisir non dissimulé que la voie est enfin débloquée pour avoir un médiateur de l’énergie pleinement opérationnel en Région wallonne. La situation de libéralisation du marché l’exigeait.
Récemment, j’ai connu des déboires avec mon fournisseur « alternatif » d’énergie qui, en l’occurrence, m’en a sans doute pompé plus (d’énergies) que ce qu’il m’en a fourni. À l’origine, une broutille (des problèmes avec le module de facturation informatique et un relevé d’index loupé pour cause de séjour longue durée à l’étranger).
La menace? Sans aucun rappel ni aucun avertissement de quelque sorte que ce soit, je me retrouve sommé d’acquitter des montants faramineux sous peine de pose – à mes frais – d’un compteur à budget par une société intercommunale, autrement dit une forme violente de déclassement social.

La suite, tout le monde ou presque la devine, ou la connaît; d’interminables files pour parler à des employés subalternes qui n’ont de toutes façons aucun pouvoir décisionnel (à part faire signer un contrat), d’innombrables coups de fils sur un numéro surtaxé, la frustration d’être confronté à des interlocuteurs chaque fois différents, à qui tout le dossier doit être réexpliqué… Ce n’est pas tout: des promesses (de type « je le fais tout de suite ») ou des mensonges (du type « nous l’avons fait il y a quelques jours » ou de type « tout va bien, la situation est sous contrôle ») accompagnent la danse. J’en passe et des meilleures, notamment les stress causés par des urgences largement évitables.
Le résultat: on finit par se plier de mauvaise grâce à l’impératif « payez d’abord, on verra ensuite ». On s’arrache les cheveux pour que les messages passent, d’abord entre les différents services du fournisseurs, puis du fournisseur au gestionnaire de réseau, puis entre les différents services du gestionnaire de réseau.
Bref, la médiation de l’énergie est plus que bienvenue, elle est essentielle dans un secteur libéralisé où le client (oubliez l’usager) n’évoque visiblement guère plus que son numéro de compteur. Et n’allez pas croire qu’il ne s’agit que des élucubrations d’un client frustré. Cela concerne, comme je le disais en introduction, des biens et des services fondamentaux qui doivent être assurés pour chaque citoyen dans un pays du niveau de bien-être de la Belgique.
C’est un vrai enjeu de démocratie : éviter les discriminations et la mise en oeuvre de logiques bureaucratiques implacables, incapables, sourdes et aveugles. J’ai la chance d’avoir une éducation juridique, du répondant avec mes correspondants, une compréhension suffisante de ce qui m’arrive et, surtout, les moyens financiers de me tirer d’un mauvais pas. Mais je ne suis que trop conscient que de nombreuses personnes ne remplissent pas ces conditions cumulatives, et certainement nécessaires…
En conclusion, saluons la venue annoncée du médiateur et la fin espérée d’une situation de déni de bon sens…
En Arizona, la chaleur devient étouffante. Les 40° sont atteints plus souvent qu’à leur tour et des records sont atteints par rapport aux normales saisonnières.
Partout, la climatisation apporte – à grands renforts énergétiques – un air et une fraîcheur dont le climat, aride et désertique, est parfaitement dépourvu.
Cette chaleur est éventuellement dangereuse. Il faut s’hydrater énormément et limiter drastiquement ses expositions au soleil. Cela pose problème pour les personnes sans-abri. Ici, l’hiver n’est pas craint : les températures y culminent à des hauteurs équivalentes à celles de notre été.
En revanche, l’été ici présente des dangers pour les personnes dépourvue d’un toit ou d’un abri. Des hordes de sans-abri, la plupart imbibés d’alcool ou de drogues, trouvent refuge dans les « Orbit », un système de navettes de voisinage, qui présentent l’avantage d’être à la fois gratuites et climatisées. Ils sillonnent la ville pendant tout le jour et bénéficient, l’espace d’un trajet, d’un bon bol d’air frais…
- Orbit un jour d’orage
Les fidèles lecteurs savent que je passe plusieurs mois en Arizona, dans le cadre d’un séjour de recherche.
Cette semaine, je suis de retour pour un passage éclair en Belgique, après quatre mois aux États-Unis. Trois événement marquants depuis mon atterrissage, hier matin :
- la pluie, l’averse, la drache, denrée rare voire inexistante à Phoenix, au milieu du désert, où les températures atteignent aisément les 40° centigrades ces dernières semaines ; comprenons-nous bien, je n’aurais jamais imaginé que la bonne pluie bien fraîche pourrait me manquer autant, ainsi que les flots de verdure luxuriante et riche qui en résultent!
- la démission d’un ministre régional, Didier Donfut – témoignage, si besoin en était, que les abîmes de médiocrité de cette campagne électorale, que je percevais sans mal de l’autre bout du monde, ne se sont pas soudainement résorbés ; dire que, aujourd’hui même, Barack Obama venait donner un speech à l’University où j’étudie… et que je ne suis pas là!
- surtout, surtout, la bonne vieille grève des bus à Liège : à force de bénéficier de services publics impeccables, de navettes gratuites, de transports en communs intermodaux (tous les bus et shuttles incluent un porte-vélo et beaucoup sont connectés au tram), on finirait par oublier qu’il existe une chose telle que la grève sauvage.
Chère lectrice, cher lecteur, ceci est le 400 ème post publié sur Périscope. Inutile de souhaiter bon anniversaire ; attendons le millième pour faire la fête.
En revanche, l’occasion est trop belle de parler chiffres, en ce jour où les chiffres font l’actualité de manière incessante et font même – hé oui! – les politiques publiques. Les chiffres font les politiques publiques! Ce n’est pas une boutade, c’est un fait avéré, que Michel Daerden confirme avec un panache flamboyant en commanditant un sondage sur l’opinion publique relative à la construction de l’autoroute « CHB ». Les opposants y voient une « manoeuvre » (de ce côté aussi, le terme est « manoeuvre » est employé).
Au-delà de tout aspect instrumental (manipulation d’un sondage à des fins électorales ou en guise de justification d’une politique entreprise), la nature même du sondage comme instrument de politique publique pose question.
Alain Desrosières a rédigé un ouvrage majeur sur la question ( »The Politics of Large Numbers – a History of Statistical Reasoning » - 2002), où il déconstruit notamment l’idée selon laquelle les chiffres tombent du ciel, comme s’ils existaient de manière indépendante (et que le travail de statistique consistait à les « découvrir »). Ils sont plutôt élaborés selon une méthode particulière, qui cumule une série d’équivalences communément acceptées (mais forcément approximatives), dont la validité est fragile et temporaire. L’exercice du sondage produit les apparences de la réalité, et la statistique revêt les atours de la « force de chose constatée ».
Dans un article, Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès mentionnent les travaux de Desrosières, et expliquent comment ce dernier a montré à quel point le cadre de référence statistique avait été imposé aux débats portant sur tout objet social, dès le XIX° siècle, après avoir servi de cadre de comparaison entre différents États-Nations. Les débats politiques portant sur tout enjeu de société ont, depuis lors et « naturellement » adopté le registre de la statistique, en ce compris dans le chef des plus fervents opposants au principe même de la statistique. Les détracteurs de la « loi par le nombre » se sont vu imposer d’utiliser également cet outil, ce langage particulier (celui des chiffres), sous peine de disparaître du débat public.
Plus d’informations :
Voir l’article de Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès, intitulé « Introduction: Understanding Public Policy through its Instruments-From the Nature of Instruments to the Sociology of Public Policy Instrumentation » (pdf).
Scottsdale
dimanche 15 mars – 20 h 36
Hier, samedi, Anne et moi nous sommes rendus à Scottsdale (encadré jaune sur la carte), cette partie de Phoenix située au nord-ouest de l’agglomération en vantée par la plupart des guides comme étant l’endroit à privilégier pour une courte villégiature ; outre ses nombreux resorts (hôtels plus ou moins de luxe – stations familiales), Scottsdale abrite une appréciable quantité de galeries d’art, magasins de cowboy boots (genre Santiags) et autres shops à touristes.
Nous nous sommes rendus là-bas à vélo, en traversant le Papago Park (encadré bleu sur la carte, itinéraire en rose), immense parc «naturel» situé juste au nord de Tempe. C’est dans ce parc que se situe l’Arizona Historical Society Museum dans lequel Anne travaille (le petit soleil en bas). Cette excursion s’est avérée bien agréable, même si le «parc platonicien», c’est-à-dire l’idée du parc telle qu’Anne et moi la concevions, est rudement bouleversée par les (splendides) paysages désertiques qui s’offrent à nous, précisément, en guise de «parc».
Arrivés à Scottsdale, nous sommes accueillis par une pancarte annonçant la «most livable city», autrement dit la ville où il fait le meilleur vivre, tout en étant que nous ignorons si ce slogan est à interpréter de manière relative (à l’intérieur de Phoenix) ou absolue (dans le monde entier). Cette dernière hypothèse serait faire preuve d’une prétention peu commune. Scottsdale, en effet, est un endroit éminemment sympathique et propose certes au touriste un bon divertissement…
… Au-delà, toutefois, c’est aussi dans une certaine mesure un ghetto à riches, un coin à banlieues frileuses où se retranchent, chacun dans sa maison, des voisins qui ignorent tout l’un de l’autre et qui prennent le pick-up pour aller chercher le café du matin (bon, je force le trait, évidemment). Lectrice, lecteur, ne ricane pas trop vite : ce mode de vie (banlieue, 4 façade, voisinage autiste, peu inséré dans un quelconque tissu social, omniprésence de la voiture) est en pleine expansion en Belgique et peine à être endigué par les pouvoirs publics. Pour rendre justice à Scottsdale, je précise encore que le genre de panneaux sympathiques présentés ci à gauche sont monnaie courante et qu’on les trouve à l’entrée de beaucoup de neighborhoods ; disons simplement que ceux de Scottsdale sont symptomatiques.
A la barre du témoin, j’appelle le cours de golf, sillonné d’un rouge sanguin sur la carte, page précédente. Le croirez-vous? Cette longue barre verte de plusieurs miles (et 1,6 fois plus de kilomètres) n’est qu’un long cours de golf, ou une succession de cours de golf. C’est qu’en effet, Phoenix, et particulièrement Scottsdale, se targuent de leur spécialité ès cours de golf, ce qui est un comble au beau milieu du désert. Car ce «vert», sur la carte, correspond à une réalité ; nulle question, sur les golfs, de paysages désertiques. Au contraire, là, petites collines et gazon resplendissant sont de rigueur, à grand renforts d’eau, vous savez, cette ressource précieuse qui ne court pas vraiment les fleuves asséchés, en plein désert?!
Le golf, spécialité régionale, croyez-moi, nous en reparlerons. J’ai concocté un petit reportage photo qui ne saurait tarder et dont vous me direz des nouvelles.
Vendredi 13 mars – Gazon maudit
06 h 45
Je reviens à l’instant de la «boulangerie» locale (le K-Mart du coin, espèce de magasin de station service, mais sans station service qui le jouxte), où je suis allé chercher un pain de la forme la plus usitée qui soit, ici : un pain de mie carré destiné à être toasté, qui me rappelle non sans émotion les Pains Jacquet de l’époque (point encore révolue) où je dépensais ma jeunesse dans les festivals pop-rock.
Soudain, sur le court chemin qu’il me faut parcourir, me voilà contraint de procéder à un bond périlleux de côté ; en effet, à ma gauche se sont déclenchés, une fois de plus, les jets d’eau automatiques qui arrosent les pelouses locales. C’est qu’ici, en plein désert, le petit carré de gazon, situé devant l’habitat, a longtemps été érigé en mode de vie. Jusqu’à un passé très récent, il me semble que plus ou moins chaque parcelle en était dotée. L’eau, à tout le moins pour ce qui me concerne, fait l’objet d’une tarification très modique (environ 15 $, soit 10 € par mois) et, surtout, forfaitaire. L’on comprend que, puisque l’on a payé pour cette eau et que l’on y a droit, on serait bien bête de ne pas la dispenser à foison sur ses pelouses, fussent-elles en l’occurrence implantées en plein désert.
L’autorité communale, soucieuse d’écologie (et donc saisie du désir contradictoire, d’une part, de s’auto-saborder avec cette ville insensée sur le plan écologique et, d’autre part, de se pérenniser), l’autorité communale disais-je donc, a décrété et levé une taxe sur ces fameux carrés de pelouse. A priori, si j’en juge les pelouses devant les complexes d’appartements, même «crapy» (pas le grand luxe, quoi), cette mesure ne vaut que pour les particuliers et, à part dans les banlieues clairement friquées, n’a pas manqué de produire des effets utiles (la taxe en question étant, paraît-il, prohibitive). L’on constate en effet, de passage dans les «voisinages» (les neighbourhoods), que bon nombre de locaux ont opté, qui pour du gravier, qui pour un jardin du désert (cactus, fleurs et différents arbustes propices étant donné le climat).
C’est quelque chose qui nous avait frappé à Tucson, probablement moins riche mais également plus ancienne ; là-bas, nulle trace des carrés de pelouse verte, nul jardinet «à la française», nul magasin de réparation de tondeuse. Ces espaces verts étaient très avantageusement remplacés par un florilège de plantes du désert, lesquelles, placées dans leur biotope naturel, nécessitent à la fois nettement moins d’eau et moins d’entretien. Je ne peux vous dire à quel point le contraste est criant entre ces pelouses totalement décalées, que l’on aperçoit à Tempe / Phoenix et celles des jardins de Tucson. C’est qu’en réalité, la superficialité et le décalage des pelouses à leur environnement ressort très fort, alors que les plantes désertiques se glissent avec aisance, naturel et volupté dans les espaces qui leur sont dédiés.
Ainsi, la terre dure absorbe très mal l’eau et le gazon, arrosé trop souvent, se couvre ci et là de gigantesque flaques, voire de micro-inondations. Malgré tout, l’herbe pousse étrangement, et l’étendue verte dissimule mal sa fragilité et les quelques touffes dégarnies qui la parsèment par endroits. En outre, personne ne se hasarde sur ces pelouses, la modeste couche de terre accueillant ces dernières étant imbibée d’eau et extrêmement glissante. De surcroît, le passage à pied ou à vélo dans le gazon, accompagné le cas échéant d’une petite glissade, abîme très fortement celui-ci et génère de très peu élégantes traces à l’endroit du passage.


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