fév 072010

PériscopeFM enregistre, ce week-end, un formidable afflux de visiteurs qui recherchent des informations sur le thème : « Daerden franc maçon ». Bien que j’ignore le motif de cet intérêt soudain, je voudrais dire que je le trouve non-fondé.

La franc maçonnerie a toujours attisé les fantasmes, les craintes, les jalousies, les haines ou les mépris de tous genres. Il réside, derrière ce paravent quelque peu mystérieux, une aura mystique qui a pour vertu de fasciner les foules. Pourtant, comme le débat consécutif à un article publié sur Périscope l’avait montré il y a deux ans, presque jour pour jour, ces passions me semblent aujourd’hui exagérées, si pas injustifiées.

On sait peu de choses, finalement, sur le Grand Orient de Belgique et les loges apparentées. Il s’agit de sociétés sélectives qui agissent dans une relative discrétion et qui promeuvent un idéal inspiré des Lumières. Au-delà, ce ne sont rapidement plus que vaines supputations et écrans de fumée. Des listes de franc-maçons avaient été publiées sur Wikipédia, in illo tempore. Outre la provenance douteuse de ces listes, les sources sur lesquelles elles s’appuyaient sont discutables. De telles listes constituent en outre une entorse au droit à la vie privée (même si certaines personnalités l’assument publiquement).

Alors, Michel Daerden est-il franc-maçon?

Franchement, là n’est pas la question. Quand bien même il le serait, où est le problème? Les liens de solidarité et de réciprocité qui unissent les membres de la franc-maçonnerie sont sans doute de même nature que dans d’autres mouvements ou sociétés philosophiques ou spirituelles. Ce qui importe sont les faits, ceux qui sont avérés de manière indiscutable et qui posent de vrais problèmes de société. À ce titre, les intérêts politiques et financiers du Ministre Daerden Sr et de l’actionnaire Daerden Jr sont plus que litigieux. Eux seuls méritent de déchaîner les passions et une saine curiosité investigatrice.

jan 192010

SurpriseMichel Daerden est populaire pour ses incartades à l’étiquette politique.

Récemment, il faisait parler de lui pour une allocution remarquée, dans un néerlandais flou et hilare, dans les Ors du Sénat de Belgique.

Le lendemain, hasard des hasards, les activités de révisorat faisaient parler d’elles sur un plan judiciaire, et l’information était presque totalement éclipsée par sa « prestation » de la veille. Difficile de ne pas croire en une théorie de l’écran de fumée, Daerden cherchant, en fin stratège sans doute, à attirer l’attention sur sa personne pour mieux la distraire de ses activités contestées. Une séduisante théorie de l’écran de fumée, en somme.

On est sans doute pas au bout de nos surprises sur ce dossier.

Soutenu par son président de parti, Élio di Rupo, Daerden père et fils reviennent à la une avec deux informations. D’une part, le caractère douteux de ces activités avait été porté à la connaissance des intéressés par des académiciens, dès 2007. D’autre part, le ministre des affaires intérieures et coreligionnaire des personnes précitées au sein du PS, Paul Furlan, surfe sur la problématique en annonçant, de manière très étonnante, des « surprises » lors de son audition au Parlement, prévue demain. Il annonce un examen du dossier « sans concession ».

Bref, la personnalité exubérante de Michel Daerden et ses succès médiatiques à répétition expliquent peut-être l’étrange déroulement de cette affaire. Les journaux, si prompts à dénoncer l’affairisme, préfèrent donner dans le panneau d’un écran de fumée à peine voilé. Si le président de parti agit de manière prévisible, en soutenant Michel Daerden, son comportement est aussitôt dénoncé et, d’un autre côté, le ministre wallon des affaires intérieures fait une sortie pour le moins intriguante.

Décidément, les rebondissements s’annoncent nombreux. Espérons qu’ils conduisent à sceller une fois pour toutes le destin politique tortueux d’un ministre dont les pitreries n’ont jamais pu dissimuler les fumeuses activités…

jan 132010

LetermeOn l’aura attendu longtemps, plus longtemps encore que le Beaujolais, notre Leterme nouveau. Rappelez-vous; c’était en 2007 et le triomphe politique avait tourné à la gabegie pour un Premier ministre éphémère, peu aidé, il faut le reconnaître, par une presse francophone assassine.

Aujourd’hui, Leterme a obtenu une seconde chance, très largement soutenue par l’ensemble des partis au gouvernement, pour les raisons que l’on sait. Du coup, tout le monde s’est perdu en conjectures: allions-nous enfin avoir la chance de faire la connaissance avec l’Homme Nouveau? Du côté des partenaires gouvernementaux, l’écho était unanime: Leterme était un homme responsable qui avait certainement appris de ses erreurs passées.

Ils avaient raison, les bougres, et plutôt deux fois qu’une!

La mine cajoleuse, Leterme fait sa rentrée fracassante sur tous les médias francophones, débordant d’onctuosité et d’amabilité envers les francophones – qui sont très susceptibles. Je plaisante bien sûr; à sa manière plutôt protestante rigoriste, notre Premier fait toutefois de très importantes déclarations d’ouverture au regard du débat institutionnel qui s’annonce. Dégel en perspective?

Tout d’abord, cher Vrebos à RTL, il donne une interprétation inédite du fameux arrêt de la Cour d’arbitrage qui concerne BHV; en substance, s’il faut résoudre le problème, dit-il, la solution peut prendre d’autres formes que la scission de l’arrondissement. Plus récemment encore, dans La Libre, il va carrément plus loin, en soutenant la formule d’un « fédéralisme de coopération ». Il faut bien se rendre compte qu’entre cette idée et celle d’un confédéralisme au sein d’un État-fédéral coquille vide, il y a beaucoup de marge!

Bref, le message est là sur le fond: le Premier a changé, Leterme veut vous aider. Il ne reste donc plus qu’à faire passer ce message sur la forme, maintenant. Car, pour le surplus, la communication est toujours un peu sèche. On a le sentiment que Leterme vient passer son message, rien que son message, et puis ferme la porte à toute maladresse ou à toute confusion en ne répondant plus aux questions.

Quand on lui demande comment restaurer la confiance de l’opinion envers le gouvernement, il répond un stéréotype, du style « c’est en travaillant à trouver des solutions aux problèmes des gens« . C’est encore plus frappant dans La Libre. J’ignore comment l’interview a été retranscrite, mais en matière institutionnelle, Leterme répond amplement et de manière circonstanciée à la première question, à la suite de quoi il ferme purement et simplement le robinet…

Bref, une communication un tantinet plus spontanée serait sans doute charmant. Mais il ne faut pas bouder son plaisir: Leterme a donné du fond et du coffre à son projet politique pour la Belgique. Félicitons-le d’avoir tiré des leçons du passé, de démontrer de l’ouverture et d’esquisser un projet politique pour la Belgique.

Tous les liens sur le site du Premier ministre

mai 282009

Je remarque un très net changement dans les termes introduits dans les moteurs de recherche, qui vous amènent, chère lectrice, cher lecteur, sur Périscope. Très nettement, la campagne électorale est au coeur des préoccupations.

Le grand gagnant est le terme « solution« . Solution à quoi? Solution finale? Mystère. La certitude, c’est que c’est indicateur du fait que nombre d’internautes aboutissant sur Périscope présument l’existence de problèmes. Et des problèmes, il n’en manque pas en Belgique…

La « pauvreté » est également au centre des préoccupations. C’est significatif : les recherches ne portent pas sur la « précarité », ni sur les « démunis », mais bien sur la pauvreté en tant que telle. Pas d’euphémismes sur les moteurs de recherches.

Une troisième question qui mobilise les foules sur Périscope est celle de l’ »islam« . Il est vrai que c’est une thématique à laquelle je suis sensible, pour y avoir consacré l’une ou l’autre étude, et il est tout aussi vrai que la question du port du voile fut centrale dans cette campagne électorale.

mai 282009

110_f_2857520_aqdapiastqefgmw2yqnahgqogydayqJ’ai le très net sentiment que ces invectives viriles entre les deux partis dominants que sont le PS et le MR visent, tout comme en 2007 par ailleurs, à alimenter une surenchère médiatique qui tend à bipolariser « l’offre politique ». Lorsque les deux ténors, le bleu et le rouge, s’affrontent sur le ring, il ne reste que peu de place aux petits poucets que sont (qu’ont pu être) ECOLO et le CDH.

C’est une stratégie de monopolisation des espaces médiatiques sensée profiter aux partis impliqués dans la bagarre, le PS et le MR. Cela a d’ailleurs pas trop mal fonctionné en 2007. Cette fois, cependant, la crise politique et la crise économique sont passées par là… On a le sentiment que l’enjeu, aujourd’hui, est de s’enfouir sous terre, de fuir les médias plutôt que de chercher à y figurer (à tout prix, peu importe le message délivré…).

Les « plus petits partis », qui cherchaient à « exister » médiatiquement face à leurs rivaux en 2007, la jouent nettement plus profil bas cette fois-ci. ECOLO se positionne bien en tant que futur arbitre des résultats du scrutin, et le cdH continue certes de marteler qu’il est au centre-contrairement-à-tous-les-autres, mais globalement on sent que la stratégie est davantage de laisser MR et PS filer au naufrage en tandem.

La presse ne s’y trompe d’ailleurs pas : son étonnant manque de lucidité sur les stratégies de bipolarisation de Reynders et de Di Rupo, en 2007, a cédé la place à une incrédulité quant aux invectives de rigueur, ainsi qu’à une prise de conscience de cette stratégie faites d’omerta et d’exclusions à l’égard du grrrrand rival. En outre, tout cela est également dû à la percée verte qui ne fait plus guère de doutes, même si l’ampleur reste à déterminer. Quand le succès annoncé d’ECOLO permet à ceux-ci de jouer dans « la cour des grands », même modestement, cela ruine en creux un discours qui viserait à ne maintenir dans cette « cour des grands » que les seuls PS et MR.

mai 262009

Je suis étonné que l’axe de campagne principal défendu par les socialistes soit le changement. Ils ont fait de la rupture au modèle socio-économique dominant leur thème majeur pour les prochaines élections, suivant en cela la mode outre-Atlantique, voire même outre-Quiévrain. Ils dénoncent les dérives du modèle économique et financier qui a conduit à la crise.

Bien évidemment, cet argumentaire ne tient pas la route une seule seconde si l’on examine la composition des gouvernements régional, communautaire et fédéral successifs : le PS est une composante dominante de notre paysage politique depuis un bon bout de temps.

C’est certainement une analyse rudimentaire et une question tout aussi naïve : pourquoi les adversaires politiques ne mettent-ils pas cette contradiction en avant, et pourquoi le PS s’obstine-t-il à promettre un changement que, selon toute évidence, il peine à incarner?

mai 262009

mai 132009

David Coppi, journaliste du Soir, signe ce jour un article intitulé : « Le PS en reprend pour une campagne d’enfer ». Rebaptisé plus sobrement « L’affaire Donfut tétanise le PS » dans l’édition en ligne, cet article se subdivise substantifiquement en trois parties :

1. Victimisation du PS : le pauvre parti socialiste subit un nouveau coup dur, à l’approche du scrutin régional. Quelle gigne! Auront-ils les épaules suffisantes pour encaisser ce choc de plus?  À en croire le papier, d’une part le PS serait à plaindre de cette affaire, et d’autre part la démission du ministre ne serait due qu’aux circonstances, « l’option ‘démission’ a été jugée la seule praticale politiquement ‘compte tenu du contexte politique général’ (la citation est d’Élio di Rupo) ». Autrement dit, si l’on daigne faire abstraction du contexte, la démission n’est pas justifiée en tant que telle.

2. Glorification du PS : mais, dans l’adversité, contre les coups du sorts, la rose plie mais ne rompt point. Mieux, elle se redresse et, contre toute attente, se hisse et porte haut les couleurs de l’éthique ; le PS brandit à nouveau fièrement le drapeau de la bonne gouvernance, exigeant la totale interdiction de toute autre activité (publique ou privée) dans le chef d’un ministre. « Les plus belles contre-attaques sont les plus désespérées« , peut-on lire dans l’article de David Coppi. La flamboyance du geste n’aura échapé à personne.

3. Diabolisation des adversaires : le PS, noble, a su rester droit pour lutter contre cet énième coup du sort. Et pourtant, pourtant, ses adversaires profitent de l’occasion pour tirer sur l’ambulance, pour dégainer le sabre ; sans nul doute, on vise la tête. Le cdH met la pression et vitriole le ministre démissionnaire : « c’est la guerre, de bonne guerre…« . Le lecteur attentif aura senti la charge de lassitude dont sont dotés ces derniers points de suspension, on croirait entendre M. Coppi soupirer. Cela dit, attention ; le cdH, c’est encore de la petite bière, le « partenaire du PS à Namur« . Non, le vrai méchant, le grand loup, le sanglant viking, c’est bien sûr le MR. M. Coppi introduit sa charge par des propos anonymes minimisant les rémunérations du Ministre Donfut au regard des milliards investis dans la crise économique (une bien foireuse analogie, ma foi). L’on sait que l’axe programmatique du PS revient à mettre la crise économique sur le dos des libéraux ; c’est donc leur prêter foi que de publier ce commentaire étrange et malvenu. Sur ces entrefaits, l’article se conclut de bien belle manière en démontrant à quel point c’est le méchant MR qui a tout orchestré, sur base de l’heure de publication de leur communiqué de presse.

Bref, un exemple typique d’article mal équilibré et qui ne restitue à l’évidence qu’une thèse en présence, l’autre thèse étant bien sûr qu’il appartenait au PS de faire le ménage dans ses rangs, qu’il fallait redoubler de vigilance et s’engager de manière volontariste dans la voie de l’éthique politique, sous peine d’assister, impuissant, à des scandales médiatiques. Finalement, pour équilibre le papier de M. Coppi, il faudra lire l’édito, « Le PS ne doit s’en prendre qu’à lui-même« .

Ma vision naïve du journalisme me fait dire qu’un bon article doit être équilibré et faire place aux thèses en présence ; montrer que les socialistes dénoncent une manoeuvre électoraliste (ce qui est manifestement exact), et le faire clairement ; montrer que les autres partis s’engouffrent dans la brêche de la mal-gouvernance (et pourquoi pas les confronter à leurs contradictions, ce faisant) ; montrer enfin que le comportement du ministre était tout simplement inacceptable sur le plan de l’éthique politique. Parce que ce dernier point est tout simplement absent de l’article de M. Coppi ; les actes du ministre, qui sont centraux dans cette problématique, ne sont même pas évoqués… Il existe bien sûr une alternative, qui consiste à photocopier la carte de parti de l’auteur en guise de signature.

mai 052009

Chère lectrice, cher lecteur, ceci est le 400 ème post publié sur Périscope. Inutile de souhaiter bon anniversaire ; attendons le millième pour faire la fête.

En revanche, l’occasion est trop belle de parler chiffres, en ce jour où les chiffres font l’actualité de manière incessante et font même – hé oui! – les politiques publiques. Les chiffres font les politiques publiques! Ce n’est pas une boutade, c’est un fait avéré, que Michel Daerden confirme avec un panache flamboyant en commanditant un sondage sur l’opinion publique relative à la construction de l’autoroute « CHB ». Les opposants y voient une « manoeuvre » (de ce côté aussi, le terme est « manoeuvre » est employé).

Au-delà de tout aspect instrumental (manipulation d’un sondage à des fins électorales ou en guise de justification d’une politique entreprise), la nature même du sondage comme instrument de politique publique pose question.

Alain Desrosières a rédigé un ouvrage majeur sur la question ( »The Politics of Large Numbers – a History of Statistical Reasoning » - 2002), où il déconstruit notamment l’idée selon laquelle les chiffres tombent du ciel, comme s’ils existaient de manière indépendante (et que le travail de statistique consistait à les « découvrir »). Ils sont plutôt élaborés selon une méthode particulière, qui cumule une série d’équivalences communément acceptées (mais forcément approximatives), dont la validité est fragile et temporaire. L’exercice du sondage produit les apparences de la réalité, et la statistique revêt les atours de la « force de chose constatée ».

Dans un article, Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès mentionnent les travaux de Desrosières, et expliquent comment ce dernier a montré à quel point le cadre de référence statistique avait été imposé aux débats portant sur tout objet social, dès le XIX° siècle, après avoir servi de cadre de comparaison entre différents États-Nations. Les débats politiques portant sur tout enjeu de société ont, depuis lors et « naturellement » adopté le registre de la statistique, en ce compris dans le chef des plus fervents opposants au principe même de la statistique. Les détracteurs de la « loi par le nombre » se sont vu imposer d’utiliser également cet outil, ce langage particulier (celui des chiffres), sous peine de disparaître du débat public.

Plus d’informations :

Voir l’article de Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès, intitulé « Introduction: Understanding Public Policy through its Instruments-From the Nature of Instruments to the Sociology of Public Policy Instrumentation » (pdf).

avr 112009

Décidément, la mission parlementaire dans le Sud-Ouest américain suscite les plus vives émotions. Je persiste à penser que, en dépit de manifestes exagérations et d’un comportement déplacé, de la part d’une bande de vieux briscards politiciens, les tensions qui gravitent autour de ce voyage sont bien plus symboliques que vraiment essentielles, s’agissant de plonger au coeur du malaise démocratique belge. Autrement dit, si je puis comprendre la position de ceux qui condamnent unilatéralement, j’estime que, dans une large mesure, ils se trompent de combat. Et, de grâce, que chacun garde la tête froide et un sens de la mesure! Ces pratiques sont suffisament ancrées dans la pratique parlementaire que pour que quiconque puisse faire semblant de le découvrir aujourd’hui – avec une feinte stupeur.

Olivier, l’initiateur de l’idée du comité d’accueil à l’aéroport dans le cadre du « California Gate«  (ne nous emballons pas), a eu l’amabilité de répliquer à mes accusations – un peu précipitées, je m’en excuse – d’ »étroitesse d’esprit ». Je propose ici de restituer cet échange long, mais terriblement porteur de signifiants à mon sens. Ses réponses sont en indigo, mes répliques sont en vert foncé. L’échange, dans son contexte original, est disponible à cette adresse (j’ai rectifié l’une ou l’autre faute commise par moi, et j’ajoute un lien vers La Libre de ce jour). Je dois préciser que, suite à l’annonce du PS que les membres de la mission rembourseraient les frais exposés, il a estimé le geste posé suffisant et dès lors n’entend pas maintenir le comité d’accueil prévu à l’aéroport.

Étant donné que je m’octroie présentement le luxe de la vitrine de ce blog et que c’est une bien commode manière de prendre l’ascendant sur la controverse (par rapport à une publication en « commentaires »), j’invite Olivier, s’il le souhaite, à me faire parvenir une réplique du dernier mot que je publierai in extenso sur ce blog, et sans commentaires.

Cher Monsieur Thoreau,

A propos de l’étroitesse de mon état d’esprit supposée :

Merci de votre réponse. Je pense, pour commencer, qu’il est tout à fait normal et salutaire, particulièrement en temps de crise, que les citoyens manifestent une exigence accrue et soient plus âpres à réclamer des comptes auprès d’une classe politique qui, après tout, en démocratie, n’existerait pas sans ces mêmes citoyens.

1. La mission du bureau n’a pas été objectivée, ni en terme de nécessité, ni de cout, ni de bienfondé

1. Là-dessus, je ne peux vous rejoindre sans plus d’explications : qu’entendez-vous par « objectiver » ? Comment aller vous calculer quantitativement le « bienfondé » d’une délégation parlementaire sans remettre en cause la longue histoire des missions de représentations par les instances démocratiques ?

2. Ce sont les participants eux-mêmes qui ont voté la décision du voyage, et non à l’unanimité du bureau

2. À ma connaissance, le bureau adopte des décisions par consensus, ce qui signifie que celui qui ne se démet pas se soumet (et accepte, même tacitement, la décision – voir La Libre). En outre, je serais curieux de savoir combien parmi ceux qui n’ont pas soutenu explicitement ce voyage particulier au sein du bureau sont avides de ce même type de mission hors période électorale…

3. La présence des conjointes apparait comme un agrément malvenu, d’autant qu’au départ (avant ce brouhaha) elles ne payaient que leur billet d’avion et en contrepartie le mandataire accompagné perdait 50% de son per diem.

3. Sur la présence des conjointes, je vous rejoins parfaitement : n’ayant aucun mandat démocratique, il est anormal que le moindre denier public leur soit octroyé. Je m’exprime en ce sens sur mon blog.

4. Plusieurs des participants ne seront même plus sur les listes de candidatures aux élections dans moins de 8 semaines (fort court pour transmettre d’éventuels résultats utiles)

4. Je partage à moitié cet argument ; selon moi, le député doit être considéré comme un mandataire à part entière tant que son mandat n’est pas révolu. Cependant, je vous accorde que le sens commun donne à percevoir un petit cadeau d’adieux…

5. Si en qualité de chef d’entreprise vous entrez vos frais de ’voyage’ ou de restaurant, une partie des dépenses sera rejetée par le Fisc et donc à votre charge.

5. En qualité de business man, vous voyagez également en business class, vous fréquentez également des hôtels coûteux et vous menez un train de vie qui donne à impressionner vos partenaires et concurrents. Sur ce plan-là, je ne suis pas sûr que vous ayiez envie de pousser l’analogie au bout de sa logique…

6. Vous focalisez sur l’étonnante réaction à l’aube des élections, je vous ferai remarquer que c’est d’abord ce voyage qui est étonnamment organisé à moins de 8 semaines des élections.

6. Je ne comprends pas cet argument. Au pire, il me semble que c’est une maladresse stratégique de la part de nos larrons visiteurs (surtout quand on voit la belle brochette d’affairistes réunies là) ?! Que faites vous des manoeuvres électoralistes des partis qui hurlent au loup, quand évaluez-vous leur cohérence et leur sincérité dans votre critique ?

7. Vous parlez de l’Arizona, avez vous bien lu le programme, sur les 11 jours, ils y passent une journée avec 5 rendez-vous, comparez le temps passé à une visite d’intérêt public et celui consacré aux loisirs et restauration.

7. En réalité, je l’explique sur mon blog, je ne parle que d’Arizona, précisément parce que je m’y trouve pour l’instant (je vous écris depuis Tempe, Phoenix). Sur le temps passé ici, je dirais qu’une journée est consacrée à la détente, l’autre au travail, beaucoup de temps étant accaparé par les déplacements (les distances sont très grandes, ici). Probablement une clarification de ce point serait-elle souhaitable, mais je ne pense pas que le statut de parlementaire permette d’évaluer clairement la relation entre temps de travail et temps de loisir. Cela dit, des activités tels que le survol du Grand Canyon devraient manifestement être payées sur deniers personnels : autant il me paraît normal qu’un certain « standing » soit assuré aux représentants officiels de la Wallonie, autant ici il est aporétique de justifier l’intérêt public d’un survol du Grand Canyon (sauf si cela consiste à inspirer Van Cau pour une de ses croûtes dont il ornera fièrement le Parlement wallon).

8. Sur un plan plus général , trouvez vous nécessaire et justifié d’engager de telles dépenses alors que les budgets ont virés au rouge et largement ?

8. Est-ce qu’on critique Obama de faire de bien plus dispendieuses tournées en Europe alors qu’il engage massivement des mannes abyssales d’argent public dans la relance économique, alors même que les indicateurs économiques américains sont dans le rouge le plus total ? Allons donc, ce genre de dépense est anecdotique au regard des budgets des pouvoirs publics et, croyez-moi, certains postes justifieraient bien mieux une incise citoyenne et une critique véhémente. Maintenant, je vous concède une maladresse manifeste à étaler des frais ostentatoires et superflus (je pense notamment à l’indemnité journalière), ce qui ne peut manquer de choquer le citoyen lambda.

9 . Je suis donc peut être étroit d’esprit, excusez moi de croire que demander une participation pécuniaire personnelle soit anormale.

10. Expliquez aussi cela, aux citoyens qui ne comprennent plus rien et ne croient plus aux institutions politiques.

9 et 10. Veuillez considérer mes propos sur votre « étroitesse d’esprit » comme nuls et non avenus, désormais, puisque vous avez pris la peine d’éclairer ma lanterne de manière circonstanciée. Ce jugement repose sur ce que j’ai perçu de la mobilisation citoyenne, qui me paraît fort basée sur une certaine jalousie très matérialiste et sur des motifs in fine relativement mesquins. Je n’avais par exemple pas clairement perçu la revendication d’une participation pécuniaire personnelle, qui me semble équilibrée et justifiée pour les postes se situant au-delà de la mission d’intérêt strictement public (comme je l’ai toujours soutenu en commentaire sur mon blog).

Cela dit, une critique n’a de fondement que nuancée, et donc intégrant selon moi une remise en question de ceux qui sont prompts à tirer sur l’ambulance (sont-ils habilités à le faire ? n’est-ce pas une manoeuvre grossière ?) ainsi qu’une vision nuancée des dépenses effectuées (qu’est-ce qui concourt à l’intérêt public ? qu’est-ce qui est manifestement excessif et ostentatoire ?). Ces questions-là ne sont pas – ou très nettement trop peu – adressées dans tous les médias que j’ai pu consulter, et j’ai modestement tenté de me faire l’avocat du diable et de rectifier le tir.

Je pense encore, comme je le disais en introduction, qu’il est sain qu’une vigilance particulièrement acérée des citoyens s’exprime en temps de crise. Cela dit, parfois, j’aimerais que cette critique et cette mobilisation interviennent sur d’autres sujets ou d’autres scandales, qui me paraissent nettement plus porteurs d’enjeux en termes d’intérêt public, plutôt que des scandalifimes en rase campagne des Fourons, qui finalement n’influent qu’à titre marginal sur notre destinée collective. Je suis conscient de jouer à l’avocat du diable, particulièrement quand on voit la bande de zozos qui se payent ce voyage cinq étoiles de manière éhontée à une encablure des élections… C’est n’est vraiment pas malin de leur part. Mais bon, si ceux-là étaient malins, ils ne commettraient pas d’aussi bonne grâce de semblables idioties qui servent peut-être d’écran de fumée aux vrais problèmes de la démocratie belge…

Ceux-là même dont vous parlez dans votre point 10, dont je ne puis que constater qu’ils sont bien réels, mais dont je doute qu’ils s’expriment de manière univoque dans ce voyage aux USA !