Une question importante liée au développement des technologies micro-informatiques, en combinaison avec les technologies de l’information et de la communication, est la question de l’identité. Pas question d’identité nationale, bien sûr.
Il est bien davantage question de l’identité individuelle et, surtout, du support sur lequel celle-ci est véhiculée. Les passeports et les cartes d’identités rivalisent d’ingéniosité et d’hyper-sophistications. Le principal atout de ces technologies de l’identité serait double. D’une part, elles permettraient un meilleur contrôle des identités et, par là, une meilleure sécurité à une échelle nationale ou régionale. D’autre part, et c’est supposé être un avantage distinctif, ces technologies pourraient être combinées à d’autres services rendus par les pouvoirs publics. Les services publics en seraient plus performants, plus rapides; mieux intégrés, moins rigides.
Pour illustrer ceci, prenons un exemple précurseur qui concerne le petit royaume de Belgique: la carte d’identité électronique. Cette carte ressemble à une carte de banque, elle est faite de plastique et munie d’une puce. Pour le moment, ne sont contenues sur cette puce que les données relatives au domicile du détenteur de la carte. Demain, on pourrait imaginer d’autres extensions données à ce produit: carte hypermobile d’accès aux transports en commun, intégration avec la carte SIS (qui concerne les mutuelles et la couverture des soins de santé), etc. Les idées en la matière sont potentiellement illimitées.
Toutefois, certaines applications potentielles soulèvent des inquiétudes légitimes, qui n’ont rien de vagues spéculations. Pour commencer, la démarche-même de dématérialiser l’identité pose question. À la place des éternels supports papiers, formulaires ou tampons administratifs, toute l’information se trouve centralisée, progressivement, en un lieu unique: la puce électronique.
D’une part, privée de support matériel, l’identité deviendrait purement virtuelle, c’est-à-dire de moins en moins palpable, tangible. D’autre part, elle serait sans doute centralisée au niveau de banques de données ou de méta-banques de données, posant des problèmes de contrôle et de fiabilité. Le scénario catastrophe serait celui d’une identité tellement coupée des personnes qu’elle incarne, des « vrais gens », que des âmes mal intentionnées, disposant d’accès aux systèmes informatiques, pourraient rayer une personne de la carte virtuelle, d’un simple coup de code informatique (1). Pensons à la question du piratage d’identité (voir comment Elvis Presley a ressuscité numériquement à l’aéroport d’Amsterdam, sur la video ci-dessous).
Bien sûr, toute la question de la numérisation de l’identité est indissociable du problème du respect des droits de l’homme. On pense bien sûr au droit au respect de la vie privée, c’est le plus évident. Mais quid d’autres droits, de nature plus politique sans doute, tels que le droit de manifester (ou résister à l’oppression) ou encore la liberté de culte? Tous ces droits, et d’autres encore, pourraient se trouver menacés, à partir du moment où certaines informations seraient reprises et croisées avec l’identité. Ici, tout est virtuellement possible.
Ferait-on de la carte d’identité une carte bancaire? Quid du secret bancaire et du lien ainsi crée entre une personne et son patrimoine? Sur le plan philosophique, ne deviendrait-on pas, au sens propre, ce que l’on possède? Autre exemple, le croisement de l’identité avec des informations relatives à l’état de santé (du groupe sanguin à l’existence de tous types de pathologies). Cela poserait certainement des problèmes en matière d’assurance. Bref, les illustrations se multiplient à l’envi.
En tous les cas, en conclusion, la plus grande précaution s’impose pour les développements ultérieurs. Ces développements, que l’on présente comme inéluctables, voire souhaitables et « en avance sur leur temps », ne vont pas soi. Ils doivent faire l’objet d’un choix politique, qui soupèse finement les pros et les contras de la décision à prendre, et de toutes ses alternatives.
Vidéo en provenance de freeworld.
(1) Ce scénario provient de l’excellente B.D. « S.O.S. Bonheur » de Griffo et VanHamme.
Ce week-end, c’est le retour du débat sur le vote obligatoire. Doit-on, dans une démocratie, imposer le vote aux électeurs? Si c’est le cas, s’agit-il encore d’un droit de vote ou plutôt d’une obligation de vote?
Ce débat est récurrent en Belgique, l’un des seuls pays de l’Union européenne à maintenir un vote obligatoire. Traditionnellement, les libéraux sont pour sa suppression, et les socialistes sont pour son maintien. Après, on peut lire tout et n’importe quoi comme arguments, employés souvent de manière contradictoire.
Ainsi, le vote obligatoire inciterait les citoyens déconnectés du monde politique à aller voter, les pieds de plomb, pour des partis situés aux extrêmes de l’échiquier politique, pour des partis contestataires. Le contre-argument veut que si le vote devient facultatif, seul les plus motivés – et donc les plus extrêmes – se déplaceront pour aller voter, au détriment des citoyens qui ont des convictions politiques modérées mais peu de motivation à se déplacer pour l’exprimer par leur suffrage. La question cruciale, ici, est celle de la motivation: quel type d’électeur se déplace à quelle occasion?
Cette même question se retrouve, avec les deux positions antagoniques décrites ci-dessus, dans le débat inverse, à savoir: le vote obligatoire favorise-t-il le conservatisme? Les libéraux pensent que, par inertie, une partie trop importante de la population vote pour les socialistes, car « c’est comme ça ». Les socialistes ont l’air de le penser aussi, eux qui ont toujours défendu farouchement le « droit obligatoire de voter ».
Bref, il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie et de savoir à quels comportements incite ou n’incite pas le vote obligatoire. Ce qui est certain, en revanche, et sur ce point je rejoins Charles Bricman, c’est que le vote obligatoire nous prive d’un indicateur précieux sur l’état de santé de la démocratie belge. Les foules abstentionnistes pèsent sur l’homme politique comme une grave menace sur sa légitimité, et doivent l’inciter à renouveler le contrat social, de manière permanente. Rien n’est acquis par défaut lorsque le premier défi est d’obtenir un taux de participation suffisant aux élections.
Ceci est certainement une vue de l’esprit, et n’est pas exempt de dérives non plus – il peut s’agir d’une puissante incitation au populisme – mais, dans l’absolu, il me semble bon que chacun puisse avoir le choix effectif de prendre part au système – ou pas.
À lire chez Charles Bricman: Vote obligatoire: un faux débat?
À lire l’édito de Jean-Paul Duchateau, Edito pour le vote obligatoire
La situation actuelle et ses deux options politiques
Ce n’est un secret pour personne: la Grèce connaît actuellement des difficultés économiques, qui pourraient bien être en voie de s’apaiser. Que se passe-t-il vraiment? En gros, le déficit du pays pour l’an dernier a été très important, et les marchés doutent aujourd’hui que l’Etat grec pourra rembourser sa dette. La conséquence est double: la Grèce doit emprunter de l’argent à un taux très élevé (ce qui augmente donc encore sa dette, cercle vicieux) et l’emprunt grec est dévalorisé sur les marchés. Le risque de faillite de la Grèce est donc réel. Petite tentative de décodage, très simple.
Dans les médias, on entend deux discours très différents. L’un prône la responsabilité de l’Etat grec qui doit assumer seul ses erreurs; la zone euro, dont la Grèce fait partie, n’a pas à intervenir et, quant aux marchés, la situation se calmera dès le retour à des finances saines. L’autre discours dit au contraire qu’il est inacceptable que les marchés dictent le « cours boursier » d’un Etat, quitte à le mettre en faillite; que, dès lors, la Banque centrale européenne doit intervenir, et qu’une solidarité doit se manifester au sein de la zone Euro.
Qui a raison, qui a tort? La faute à la Grèce, ou la faute aux marchés?
Retour sur les origines du problème
Réponse: aucun des deux, mon capitaine. La chronologie des événements laisse apparaître une situation très compliquée. Tout d’abord, c’est la crise économique. Beaucoup de banques et d’entreprises se retrouvent coincés dans une tourmente des marchés, et les plans de relance initiés par les gouvernements se multiplient. Ils coûtent très cher, donc accroissent logiquement les déficits publics un peu partout.
En Grèce, la situation était pourrie. Depuis plusieurs années, les chiffres du déficit public étaient trafficotés pour correspondre aux critères du Traité de Maastricht, qui prévoit la zone Euro. En 2009, le gouvernement grec a dissimulé un déficit qui allait s’avérer monter à près de 13 % du PIB, ce qui est immense! Depuis lors, ce qui ne simplifie rien, un gouvernement de gauche a pris le pouvoir: ses membres ne sont donc pas responsables des erreurs commises par leurs prédécesseurs.
Lorsque la supercherie a été dévoilée, les Etats membres de la zone Euro et la Banque centrale européenne l’ont mal pris. Quand on entre dans la zone Euro, on a des droits mais aussi des devoirs, et la Grèce n’a pas respecté ses devoirs. Plusieurs intervenants ont donc fait savoir qu’il était hors de question qu’ils payent les pots cassés à la place de la Grèce.
Là-dessus, ce qu’on appelle des « agence de notation », qui « notent » la valeur de l’emprunt de tel ou tel État, en fonction de sa capacité à rembourser, se sont affolés: et si la Grèce s’avérait incapable de rembourser, et tombait en faillite?
Échaudés par la crise, les investisseurs se sont mis à fuir comme la peste ce fruit pourri qu’était devenue l’économie grecque, créant un mouvement de panique sur les places financières et plongeant l’économie grecque dans une tourmente, dont elle ne sortira qu’en piteux état…
Le problème, c’est que cette chute du titre grec faisait manifestement les affaires de quelques groupes financiers, à en croire le journaliste Jean Quatremer, au moins une grande banque américaine (sauvée par le gouvernement) et deux fonds de pension américains (qui gèrent des capitaux incroyablement énormes) ont parié sur une chute du titre grec. Ils ont manoeuvré pour déstabiliser le cours de l’action grecque, en quelques sortes. Ca a tellement bien marché qu’ils se sont attaqués, dans la foulée, à d’autres États comme le Portugal et l’Espagne, l’Irlande et, progressivement semble-t-il, l’Italie.
Et maintenant?
On voit bien que la situation est un petit peu plus compliquée que « c’est la faute aux États » ou « c’est la faute au capitalisme financier ». En réalité, la responsabilité est distribuée entre le gouvernement grec (mauvaise gestion), BCE (erreurs de communication), fonds de pension (stratégies dilatoires) et investisseurs (cèdent à la panique).
Aujourd’hui, il semble tout de même que la réaction des marchés soit largement disproportionnée au regard de la vraie gravité de la situation. L’actuel gouvernement grec a l’air de vouloir jouer cartes sur table (transparence) et a prévu un plan d’assainissement des finances publiques modeste, mais crédible (revenir à 8,7 % de déficit en 2010, puis diminuer de 2 ou 3 % en 2011 et 2012, jusqu’à atteindre l’équilibre). Il est normal que ce processus prenne un peu de temps et il faut maintenant laisser la Grèce panser ses plaies – car les stigmates sur « l’économie réelle », sur l’emploi notamment, seront bien profonds.
Si l’irrationnel et la panique devaient continuer à prendre le dessus, il faut impérativement des gestes d’apaisement au niveau de la Banque centrale européenne. Que ce soit un engagement à couvrir la dette au-delà d’un certain seuil, ou à prêter de l’argent à un taux réduit à la Grèce, j’imagine que plusieurs solutions sont possibles. Cela éviterait de déstabiliser la zone Euro dans son ensemble. Mais il faut mettre un frein à une tourmente qui, au-delà d’un certain stade, n’a plus rien de strictement logique.
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Update 12/02: les Coulisses de Bruxelles font un topo, très clair, sur les modalités d’intervention de l’Union européenne concernant la protection d’un de ses membres. Ce billet est sans doute davantage précis que le mien.
Voir également la chronologie des événements du Monde.
Elio di Rupo est auditionné en ce moment même par la Commission chargée de désigner la ville qui sera Capitale européenne de la culture en 2015. On ne va pas revenir sur l’historique de cette désignation, car c’est bien d’une désignation et non pas d’une élection qu’il s’agit. Toute velléité de concurrence a été soigneusement tuée dans l’oeuf.
Sur son blog, Elio di Rupo dit se sentir un peu « comme un étudiant », plein d’appréhension à l’idée de présenter son dossier qu’il juge « de grande qualité », ce dont je ne doute pas un seul instant. La culture à Mons, et le Manège en particulier, ont la chance d’être copieusement arrosés de subsides dans un secteur où le manque de moyens est si criant pour l’essentiel des acteurs.
Tout est si bien cadenassé qu’il est un peu facile de faire état d’un stress, fantoche en tout état de cause puisque l’issue de cette audition ne fait pas l’ombre d’un doute. Lorsque M. di Rupo affirme que « tout plaide pour Mons » et que « tout se joue maintenant », j’ai bien envie de lui rétorquer que, bien davantage, « tout l’exige » et « rien n’est plus à jouer ».
Alors, trêve de fausse modestie. Que Mons 2015 se déroule pour le mieux, c’est tout ce que je peux souhaiter, mais de grâce, évitons un triomphalisme de mauvais aloi. « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».
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Update 18h: c’est officiel, Le Soir (via AFP) confirme que le choix politique de Mons 2015 a bien été entériné par la Commission. Pour info.
Périscope
enregistre, ce week-end, un formidable afflux de visiteurs qui recherchent des informations sur le thème : « Daerden franc maçon ». Bien que j’ignore le motif de cet intérêt soudain, je voudrais dire que je le trouve non-fondé.
La franc maçonnerie a toujours attisé les fantasmes, les craintes, les jalousies, les haines ou les mépris de tous genres. Il réside, derrière ce paravent quelque peu mystérieux, une aura mystique qui a pour vertu de fasciner les foules. Pourtant, comme le débat consécutif à un article publié sur Périscope l’avait montré il y a deux ans, presque jour pour jour, ces passions me semblent aujourd’hui exagérées, si pas injustifiées.
On sait peu de choses, finalement, sur le Grand Orient de Belgique et les loges apparentées. Il s’agit de sociétés sélectives qui agissent dans une relative discrétion et qui promeuvent un idéal inspiré des Lumières. Au-delà, ce ne sont rapidement plus que vaines supputations et écrans de fumée. Des listes de franc-maçons avaient été publiées sur Wikipédia, in illo tempore. Outre la provenance douteuse de ces listes, les sources sur lesquelles elles s’appuyaient sont discutables. De telles listes constituent en outre une entorse au droit à la vie privée (même si certaines personnalités l’assument publiquement).
Alors, Michel Daerden est-il franc-maçon?
Franchement, là n’est pas la question. Quand bien même il le serait, où est le problème? Les liens de solidarité et de réciprocité qui unissent les membres de la franc-maçonnerie sont sans doute de même nature que dans d’autres mouvements ou sociétés philosophiques ou spirituelles. Ce qui importe sont les faits, ceux qui sont avérés de manière indiscutable et qui posent de vrais problèmes de société. À ce titre, les intérêts politiques et financiers du Ministre Daerden Sr et de l’actionnaire Daerden Jr sont plus que litigieux. Eux seuls méritent de déchaîner les passions et une saine curiosité investigatrice.
Michel Daerden est populaire pour ses incartades à l’étiquette politique.
Récemment, il faisait parler de lui pour une allocution remarquée, dans un néerlandais flou et hilare, dans les Ors du Sénat de Belgique.
Le lendemain, hasard des hasards, les activités de révisorat faisaient parler d’elles sur un plan judiciaire, et l’information était presque totalement éclipsée par sa « prestation » de la veille. Difficile de ne pas croire en une théorie de l’écran de fumée, Daerden cherchant, en fin stratège sans doute, à attirer l’attention sur sa personne pour mieux la distraire de ses activités contestées. Une séduisante théorie de l’écran de fumée, en somme.
On est sans doute pas au bout de nos surprises sur ce dossier.
Soutenu par son président de parti, Élio di Rupo, Daerden père et fils reviennent à la une avec deux informations. D’une part, le caractère douteux de ces activités avait été porté à la connaissance des intéressés par des académiciens, dès 2007. D’autre part, le ministre des affaires intérieures et coreligionnaire des personnes précitées au sein du PS, Paul Furlan, surfe sur la problématique en annonçant, de manière très étonnante, des « surprises » lors de son audition au Parlement, prévue demain. Il annonce un examen du dossier « sans concession ».
Bref, la personnalité exubérante de Michel Daerden et ses succès médiatiques à répétition expliquent peut-être l’étrange déroulement de cette affaire. Les journaux, si prompts à dénoncer l’affairisme, préfèrent donner dans le panneau d’un écran de fumée à peine voilé. Si le président de parti agit de manière prévisible, en soutenant Michel Daerden, son comportement est aussitôt dénoncé et, d’un autre côté, le ministre wallon des affaires intérieures fait une sortie pour le moins intriguante.
Décidément, les rebondissements s’annoncent nombreux. Espérons qu’ils conduisent à sceller une fois pour toutes le destin politique tortueux d’un ministre dont les pitreries n’ont jamais pu dissimuler les fumeuses activités…

La Commission nationale du débat public, en France, organise une série de débats publics sur les nanotechnologies, faisant suite au plan NanoInnov lancé en mai 2009 par le ministre Borloo.
Cette initiative d’une très grande envergure est très farouchement contestée. Bon nombre d’opposants dénoncent un débat instrumentalisé, dont le seul but serait de faire « passer la pilule ». Autrement dit, guère d’intérêt si ce n’est en termes de catharsis (que la populace vide son sac) et de légitimité (pour les gouvernants). En l’occurrence, la ficelle est un peu grosse et, très clairement, la conception de cette série de débats souffre de très importants problèmes de cadrage.
Alors, que se passe-t-il? Les opposants sabotent. Ils chahutent, déversent de l’ammoniaque, lancent des papiers un peu partout… bref, ils rendent le débat impossible. Et pour cause, puisque deux des débats ont dû être purement et simplement annulés (à Grenoble et, ce 15 janvier, à Lyon). La cacophonie fut la plus forte.
Du coup, je m’interroge. Car, indubitablement, les gouvernants et les experts scientifiques impliqués ne procéderaient pas autrement pour donner l’image d’un monde clos, replié sur lui-même, et cette série de débat symbolise sans doute, dans une certaine mesure (de par leur conception méthodologique) une dérive autocratique.
D’autre part, comme l’a très justement fait remarquer un commentateur sur ce blog scientifique, le fait de proscrire un débat anti-démocratique n’est pas en soi une démarche démocratique. Pour le dire autrement, la méthode qui consiste à ruiner le débat est également totalitaire et méprend très certainement certains des droits les plus fondamentaux reconnus par une démocratie, comme la libre expression et le respect de la parole d’autrui.
La conclusion, j’espère l’élaborer avec vous, chères lectrices, chers lecteurs, dans les commentaires. Ces actes sont-ils un moyen de résistance légitime et un juste retour des choses, ou constituent-ils une intolérable violation des principes démocratiques?
Plus d’infos sur le blog de Sylvestre Huet, journaliste à Libération.
On l’aura attendu longtemps, plus longtemps encore que le Beaujolais, notre Leterme nouveau. Rappelez-vous; c’était en 2007 et le triomphe politique avait tourné à la gabegie pour un Premier ministre éphémère, peu aidé, il faut le reconnaître, par une presse francophone assassine.
Aujourd’hui, Leterme a obtenu une seconde chance, très largement soutenue par l’ensemble des partis au gouvernement, pour les raisons que l’on sait. Du coup, tout le monde s’est perdu en conjectures: allions-nous enfin avoir la chance de faire la connaissance avec l’Homme Nouveau? Du côté des partenaires gouvernementaux, l’écho était unanime: Leterme était un homme responsable qui avait certainement appris de ses erreurs passées.
Ils avaient raison, les bougres, et plutôt deux fois qu’une!
La mine cajoleuse, Leterme fait sa rentrée fracassante sur tous les médias francophones, débordant d’onctuosité et d’amabilité envers les francophones – qui sont très susceptibles. Je plaisante bien sûr; à sa manière plutôt protestante rigoriste, notre Premier fait toutefois de très importantes déclarations d’ouverture au regard du débat institutionnel qui s’annonce. Dégel en perspective?
Tout d’abord, cher Vrebos à RTL, il donne une interprétation inédite du fameux arrêt de la Cour d’arbitrage qui concerne BHV; en substance, s’il faut résoudre le problème, dit-il, la solution peut prendre d’autres formes que la scission de l’arrondissement. Plus récemment encore, dans La Libre, il va carrément plus loin, en soutenant la formule d’un « fédéralisme de coopération ». Il faut bien se rendre compte qu’entre cette idée et celle d’un confédéralisme au sein d’un État-fédéral coquille vide, il y a beaucoup de marge!
Bref, le message est là sur le fond: le Premier a changé, Leterme veut vous aider. Il ne reste donc plus qu’à faire passer ce message sur la forme, maintenant. Car, pour le surplus, la communication est toujours un peu sèche. On a le sentiment que Leterme vient passer son message, rien que son message, et puis ferme la porte à toute maladresse ou à toute confusion en ne répondant plus aux questions.
Quand on lui demande comment restaurer la confiance de l’opinion envers le gouvernement, il répond un stéréotype, du style « c’est en travaillant à trouver des solutions aux problèmes des gens« . C’est encore plus frappant dans La Libre. J’ignore comment l’interview a été retranscrite, mais en matière institutionnelle, Leterme répond amplement et de manière circonstanciée à la première question, à la suite de quoi il ferme purement et simplement le robinet…
Bref, une communication un tantinet plus spontanée serait sans doute charmant. Mais il ne faut pas bouder son plaisir: Leterme a donné du fond et du coffre à son projet politique pour la Belgique. Félicitons-le d’avoir tiré des leçons du passé, de démontrer de l’ouverture et d’esquisser un projet politique pour la Belgique.
La Californie, une des plus grandes puissances économiques mondiales, vient d’adopter par la voie parlementaire un plan d’assainissement de ses finances. Celles-ci se trouvaient dans un état si désastreux que l’État a bien failli mettre la clé sous le paillasson.
Nous sommes biens soulagés d’apprendre qu’un merveilleux récif sous-marin a été préservé de l’opération « Save the State« . C’est bien le moindre courage politique dont pouvait faire preuve un Parlement qui, pour le surplus, a adopté sans broncher un plan de sauvetage dont le mot d’ordre était : surtout pas d’imposition supplémentaire.
C’est le grand débat budgétaire en Californie. Les démocrates, ces dépensiers à l’outrance, ne pensaient qu’à asservir le peuple en lui soutirant plus de cet argent honnêtement gagné. Quant aux républicains, leur très mauvaise gestion des deniers publics, les dépenses somptuaires et le gaspillage à tout-va les ont conduit – avec l’État qu’ils dirigaient – au bord de la faillite.
Pourtant, la seule réponse fut de réduire, réduire, réduire les dépenses publiques, dans un état ou moult dépenses seraient amplement justifiables. Le leitmotiv fut même à l’exact opposé d’une « réduction » ; il s’agissait surtout de « ne pas augmenter » l’assiette d’imposition. Le mot d’ordre généralisé : ne pas taxer les riches résidents californiens.
D’où une réponse à sens unique à la crise économique, bien que limitée : réduire les dépenses publiques. Pas de quoi résister à l’imparable syllogisme, qui vaut aux USA où les dépenses publiques sont, par hypothèse de départ, réduites au maximum : 1. L’État n’a plus d’argent ; 2. Le manque d’argent se compense par des moyens supplémentaires et 3. L’État doit donc trouver des moyens supplémentaires. CQFD.
La Californie accepte de réduire son train de vie – lesoir.be.
Sur le plan de la colorimétrie, c’est une insulte. Sur le plan des idées politiques, c’est plutôt une bonne chose qu’ECOLO et le CDH soient capables de s’entendre. Les deux partis ont un positionnement qui va un peu plus loin que le clivage matérialiste auxquels se réduisent parfois les deux mastodontes PS et MR.
En ce sens, ils peuvent exploiter des convergences pour monter ensemble une vrai projet d’alternative politique aux niveaux régional et communautaire, pas simplement une oscillation du même balancier, un peu plus à gauche, un peu plus à droite.
Bien entendu, il faut rester modeste : tout d’abord, ceci n’est vrai qu’aux échelons fédérés de l’État et se heurtera nécessairement au fonctionnement de l’État fédéral où, malgré les invectives sévères, PS et MR continuent de gouverner ensemble. Ensuite, ECOLO et le CDH auront en toute hypothèse affaire à un parti plus volumineux que chacune des composantes de leur association (qui par essence est précaire).
Reste donc l’alternative : la Jamaïquaine ou l’Olivier.
La première aura l’avantage d’inclure un MR qui joue le profil bas et la courbe rentrante et qui, numériquement, en impose moins que le PS. Cette option rendrait justice à Bruxelles. Pour autant, elle aurait l’inconvénient d’une forte incompatibilité de programmes (et, partant, d’électorat – ECOLO pourrait notamment perdre des plumes en s’alliant au MR). Nul n’ignore qu’ECOLO se positionne nettement à gauche et que la tendance marquée à gauche du CDH est actuellement prédominante au sein du parti.
La seconde possibilité, l’Olivier, aurait l’avantage d’intégrer le premier parti wallon, le PS, rendant in fine justice au verdict de l’électeur. En outre, les convergences programmatiques seraient probablement plus aisées à établir. Cependant, ECOLO et CDH, forts de leur nouvelle alliance, se trouveraient dans une position délicate par rapport à un partenaire écrasant (numériquement, politiquement et administrativement), le PS, qui ne donne aucun signe de modestie, malgré son résultat en baisse très nette, lors du scrutin.
Alors, la conclusion?
Sur le plan stratégique, le choix du MR semble indubitablement plus intéressant pour l’alliance « orange-verte », dans l’absolu. Sur le plan de la démocratie formelle (le verdict de l’électeur stricto sensu) et la convergence de programmes, le choix du PS comme troisième larron s’impose. Cette analyse sommaire ne livrera son dernier mot, cela dit, qu’en intégrant une multitude d’éléments de contexte qui feront pencher la balance dans un sens ou dans l’autre : les multiples affaires du PS et leur immodesites, les risques électoraux d’une alliance avec le MR, la composition du gouvernement fédéral, etc.

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