fév 242010

bigbrotherlogo460Une question importante liée au développement des technologies micro-informatiques, en combinaison avec les technologies de l’information et de la communication, est la question de l’identité. Pas question d’identité nationale, bien sûr.

Il est bien davantage question de l’identité individuelle et, surtout, du support sur lequel celle-ci est véhiculée. Les passeports et les cartes d’identités rivalisent d’ingéniosité et d’hyper-sophistications. Le principal atout de ces technologies de l’identité serait double. D’une part, elles permettraient un meilleur contrôle des identités et, par là, une meilleure sécurité à une échelle nationale ou régionale. D’autre part, et c’est supposé être un avantage distinctif, ces technologies pourraient être combinées à d’autres services rendus par les pouvoirs publics. Les services publics en seraient plus performants, plus rapides; mieux intégrés, moins rigides.

Pour illustrer ceci, prenons un exemple précurseur qui concerne le petit royaume de Belgique: la carte d’identité électronique. Cette carte ressemble à une carte de banque, elle est faite de plastique et munie d’une puce. Pour le moment, ne sont contenues sur cette puce que les données relatives au domicile du détenteur de la carte. Demain, on pourrait imaginer d’autres extensions données à ce produit: carte hypermobile d’accès aux transports en commun, intégration avec la carte SIS (qui concerne les mutuelles et la couverture des soins de santé), etc. Les idées en la matière sont potentiellement illimitées.

Toutefois, certaines applications potentielles soulèvent des inquiétudes légitimes, qui n’ont rien de vagues spéculations. Pour commencer, la démarche-même de dématérialiser l’identité pose question. À la place des éternels supports papiers, formulaires ou tampons administratifs, toute l’information se trouve centralisée, progressivement, en un lieu unique: la puce électronique.

D’une part, privée de support matériel, l’identité deviendrait purement virtuelle, c’est-à-dire de moins en moins palpable, tangible. D’autre part, elle serait sans doute centralisée au niveau de banques de données ou de méta-banques de données, posant des problèmes de contrôle et de fiabilité. Le scénario catastrophe serait celui d’une identité tellement coupée des personnes qu’elle incarne, des « vrais gens », que des âmes mal intentionnées, disposant d’accès aux systèmes informatiques, pourraient rayer une personne de la carte virtuelle, d’un simple coup de code informatique (1). Pensons à la question du piratage d’identité (voir comment Elvis Presley a ressuscité numériquement à l’aéroport d’Amsterdam, sur la video ci-dessous).

Bien sûr, toute la question de la numérisation de l’identité est indissociable du problème du respect des droits de l’homme. On pense bien sûr au droit au respect de la vie privée, c’est le plus évident. Mais quid d’autres droits, de nature plus politique sans doute, tels que le droit de manifester (ou résister à l’oppression) ou encore la liberté de culte?  Tous ces droits, et d’autres encore, pourraient se trouver menacés, à partir du moment où certaines informations seraient reprises et croisées avec l’identité. Ici, tout est virtuellement possible.

Ferait-on de la carte d’identité une carte bancaire? Quid du secret bancaire et du lien ainsi crée entre une personne et son patrimoine? Sur le plan philosophique, ne deviendrait-on pas, au sens propre, ce que l’on possède? Autre exemple, le croisement de l’identité avec des informations relatives à l’état de santé (du groupe sanguin à l’existence de tous types de pathologies). Cela poserait certainement des problèmes en matière d’assurance. Bref, les illustrations se multiplient à l’envi.

En tous les cas, en conclusion, la plus grande précaution s’impose pour les développements ultérieurs. Ces développements, que l’on présente comme inéluctables, voire souhaitables et « en avance sur leur temps », ne vont pas soi. Ils doivent faire l’objet d’un choix politique, qui soupèse finement les pros et les contras de la décision à prendre, et de toutes ses alternatives.

Vidéo en provenance de freeworld.

(1) Ce scénario provient de l’excellente B.D. « S.O.S. Bonheur » de Griffo et VanHamme.

fév 042010

Geeks de tous les pays du monde, on a tous déjà été confrontés à un phénomène universellement répandu, j’ai nommé: la procrastination (informatique).

Qui n’a jamais été attiré par chipoter un peu son iTunes, par se lancer dans une remontée de liens hypertexte, ou simplement par se transformer en éponge de la masse d’information qu’Internet véhicule?

Le problème, c’est qu’il faut être productif. Alors, des petits malins ont inventé des logiciels, appelés « distraction free ». Concrètement, je fais ici référence à la rédaction de textes. Certains programme se proposent de favoriser un environnement créatif, qui ne soit pas perturbé par un nouveau mail, des flux RSS mis à jour ni quoi que ce soit.

Après renseignements, voici mon verdict (sur Mac):

1. WriteRoom

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Le plus populaire, c’est WriteRoom, apprend-on ci et là. Dans de sombres ténèbres noires, une écriture vert fluo. Voilà à quoi se réduit l’écran, vous épargnant donc les menus compliqués, les notifications diverses – tiens, un nouvel email! – etc. Bien qu’il soit possible de modifier ces couleurs un peu immondes (blanc sur fond bleu), l’interface ressemble un peu à vieux codeur html ou un DOS bien pourri. Bof, pas très excitant. WriteRoom coûte 25 $.

2. Copywrite

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Copywrite est confus au niveau de son objet social. Sur le site du programmeur, on comprend mal quel est le véritable usage réservé au logiciel. C’est plutôt un gestionnaire de projet d’écriture, qui permet par exemple la navigation, même s’il dispose du fameux mode plein écran « distraction free ». Mais l’interface est vieillote et l’ensemble à l’air très contre-intuitif. Le site du logiciel manque de captures d’écran. Il coûte 25 $, mais une démo étendue, limitée aux petits usages, est disponible.

3. DarkCopy

Image 6Dans le genre WriteRoom, DarkCopy – un clone – est disponible en ligne et gratuit. Il propose la même fonctionnalité, basique. Vous pouvez l’essayer ici, même si, à nouveau, l’interface est particulièrement rétrograde. Autre bémol: le mode plein écran n’est pas « absolu » et pas mal d’éléments perturbent, en fait, le processus rédactionnel.

4.Scrivener

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Scrivener, c’est un logiciel nettement plus complet et sympathique. Son mode plein écran – distraction free – a surtout l’air d’être un alibi, l’essentiel portant sur les fonctionnalités couteau-suisse du logiciel. Il s’apparente nettement plus à un gestionnaire de projets à longue haleine. Vous pouvez classer, compartimenter, catégoriser, tagger des tas d’éléments rédactionnels différents, les lier avec des fichiers, des pdf, etc. Bref, un bel assistant aux projets rédactionnels, mais qui a son coût: 39,95 $.

5. OmmWriter

Image 8Plutôt discret, OmmWriter est pourtant le logiciel que je me suis décidé à utiliser. J’aime bien l’approche de ses concepteurs, qui vise à restituer une dimension de « plaisir » dans l’écriture, avec un programme organique qui ramène un peu de mélodie, d’esthétique et de beauté dans ce monde de brutes informatiques. La vidéo d’intro vaut le coup. Le logiciel, qui a un fond d’écran hivernal et joue des musiques apaisantes, en rythme avec la frappe du clavier, mériterait sans doute une meilleure interchangeabilité de ces paramètres-là. Toujours en bêta 2 (décembre 2009), mais c’est gratuit.

Pour des logiciels Windows, d’autres logiciels et informations, cela se passe ici.

Pour une approche plus théorique et réfléchie des problèmes d’attention posés par internet (car ils sont reconnus par d’éminents spécialistes, si, si!), voir « Comment l’internet transforme-t-il la façon dont on pense: la grande question de l’attention« .

jan 182010

nanotechnologie1

La Commission nationale du débat public, en France, organise une série de débats publics sur les nanotechnologies, faisant suite au plan NanoInnov lancé en mai 2009 par le ministre Borloo.

Cette initiative d’une très grande envergure est très farouchement contestée. Bon nombre d’opposants dénoncent un débat instrumentalisé, dont le seul but serait de faire « passer la pilule ». Autrement dit, guère d’intérêt si ce n’est en termes de catharsis (que la populace vide son sac) et de légitimité (pour les gouvernants). En l’occurrence, la ficelle est un peu grosse et, très clairement, la conception de cette série de débats souffre de très importants problèmes de cadrage.

Alors, que se passe-t-il? Les opposants sabotent. Ils chahutent, déversent de l’ammoniaque, lancent des papiers un peu partout… bref, ils rendent le débat impossible. Et pour cause, puisque deux des débats ont dû être purement et simplement annulés (à Grenoble et, ce 15 janvier, à Lyon). La cacophonie fut la plus forte.

Du coup, je m’interroge. Car, indubitablement, les gouvernants et les experts scientifiques impliqués ne procéderaient pas autrement pour donner l’image d’un monde clos, replié sur lui-même, et cette série de débat symbolise sans doute, dans une certaine mesure (de par leur conception méthodologique) une dérive autocratique.

D’autre part, comme l’a très justement fait remarquer un commentateur sur ce blog scientifique, le fait de proscrire un débat anti-démocratique n’est pas en soi une démarche démocratique. Pour le dire autrement, la méthode qui consiste à ruiner le débat est également totalitaire et méprend très certainement certains des droits les plus fondamentaux reconnus par une démocratie, comme la libre expression et le respect de la parole d’autrui.

La conclusion, j’espère l’élaborer avec vous, chères lectrices, chers lecteurs, dans les commentaires. Ces actes sont-ils un moyen de résistance légitime et un juste retour des choses, ou constituent-ils une intolérable violation des principes démocratiques?

Plus d’infos sur le blog de Sylvestre Huet, journaliste à Libération.