nov 222008

Décidément, on voit mal ce qui désormais peut faire obstacle de manière crédible à la réélection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française. Il a surfé sur la précédente campagne électorale avec une aisance presque indécente face à une Ségolène Royal qui n’a jamais fait illusion, et dont les discours enflammés dissimulaient mal une absence presque totale de fond.

Il faut lui reconnaître qu’elle n’était pas soutenue par les pontes (dits « éléphants ») de son parti, pas même son mari, François Hollande, qui s’est assez nettement désolidarisé d’elle pendant la campagne et dont elle a divorcé par la suite. Elle a ensuite adopté des poses charismatiques et mystiques du plus détestable effet et a cessé définitivement de faire semblant de véhiculer un message politique, communiquant désormais par slogans exclusivement (« changement », « rénovation », « fraternité », etc.)

Depuis sa victoire, Sarkozy a très habilement exploité les ambitions personnelles internes au Parti socialiste et a placé bon nombre d’éléments très stratégiques – tels que Kouchner ou Strauss-Kahn – à des postes inféodant ces dernier, dans les faits, au pouvoir établi. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette stratégie fut efficace, aussi bien en termes de récupération politique que de zizanie interne. Le PS français se déchire à qui mieux mieux.

L’apogée des luttes fratricides fut atteint ce week-end : les militants du PS français étaient appelés à choisir entre Ségolène Royal et Martine Aubry au poste de premier secrétaire (le chef du parti). La seconde l’a emporté sur le tranchant du fil à un tel point que le résultat du vote est surtout une division parfaitement symétrique du parti et une radicale incertitude pour l’avenir.

A titre personnel, je regrette que Bertrand Delanoë, maire de Paris, n’ait pas poussé sa candidature jusqu’au bout : il aurait pu emporter le morceau de manière beaucoup plus significative que Martine Aubry et, de ce fait, imposer son autorité à la tête du parti. Il incarne un très bon idéal de gauche, progressiste (au sens authentique, pas au sens dévoyé du terme dont est coutumière une certaine « gauche ») et sincèrement écologiste, animée par des idéaux de justice sociale. La meilleure traduction de ces principes prend corps dans le cadre de son maïorat, à la tête de Paris.

Souvent, la mairie de Paris est l’antichambre de l’Élysée. Peut-être Bertrand Delanoë se protège-t-il pour préserver intactes ses chances de se présenter contre Nicolas Sarkozy à la prochaine échéance présidentielle, en 2012. J’en doute. Et quand bien même, au vu de l’état pitoyable de délabrement dans lequel se trouve le PS français, on se demande bien quel génie politique arriverait à lui barrer la voie avec fruit à ladite échéance… Nicolas Sarkozy sera réélu. Avec le degré de division interne du PS français aujourd’hui, c’est une quasi-certitude.