fév 072010

PériscopeFM enregistre, ce week-end, un formidable afflux de visiteurs qui recherchent des informations sur le thème : « Daerden franc maçon ». Bien que j’ignore le motif de cet intérêt soudain, je voudrais dire que je le trouve non-fondé.

La franc maçonnerie a toujours attisé les fantasmes, les craintes, les jalousies, les haines ou les mépris de tous genres. Il réside, derrière ce paravent quelque peu mystérieux, une aura mystique qui a pour vertu de fasciner les foules. Pourtant, comme le débat consécutif à un article publié sur Périscope l’avait montré il y a deux ans, presque jour pour jour, ces passions me semblent aujourd’hui exagérées, si pas injustifiées.

On sait peu de choses, finalement, sur le Grand Orient de Belgique et les loges apparentées. Il s’agit de sociétés sélectives qui agissent dans une relative discrétion et qui promeuvent un idéal inspiré des Lumières. Au-delà, ce ne sont rapidement plus que vaines supputations et écrans de fumée. Des listes de franc-maçons avaient été publiées sur Wikipédia, in illo tempore. Outre la provenance douteuse de ces listes, les sources sur lesquelles elles s’appuyaient sont discutables. De telles listes constituent en outre une entorse au droit à la vie privée (même si certaines personnalités l’assument publiquement).

Alors, Michel Daerden est-il franc-maçon?

Franchement, là n’est pas la question. Quand bien même il le serait, où est le problème? Les liens de solidarité et de réciprocité qui unissent les membres de la franc-maçonnerie sont sans doute de même nature que dans d’autres mouvements ou sociétés philosophiques ou spirituelles. Ce qui importe sont les faits, ceux qui sont avérés de manière indiscutable et qui posent de vrais problèmes de société. À ce titre, les intérêts politiques et financiers du Ministre Daerden Sr et de l’actionnaire Daerden Jr sont plus que litigieux. Eux seuls méritent de déchaîner les passions et une saine curiosité investigatrice.

jan 192010

SurpriseMichel Daerden est populaire pour ses incartades à l’étiquette politique.

Récemment, il faisait parler de lui pour une allocution remarquée, dans un néerlandais flou et hilare, dans les Ors du Sénat de Belgique.

Le lendemain, hasard des hasards, les activités de révisorat faisaient parler d’elles sur un plan judiciaire, et l’information était presque totalement éclipsée par sa « prestation » de la veille. Difficile de ne pas croire en une théorie de l’écran de fumée, Daerden cherchant, en fin stratège sans doute, à attirer l’attention sur sa personne pour mieux la distraire de ses activités contestées. Une séduisante théorie de l’écran de fumée, en somme.

On est sans doute pas au bout de nos surprises sur ce dossier.

Soutenu par son président de parti, Élio di Rupo, Daerden père et fils reviennent à la une avec deux informations. D’une part, le caractère douteux de ces activités avait été porté à la connaissance des intéressés par des académiciens, dès 2007. D’autre part, le ministre des affaires intérieures et coreligionnaire des personnes précitées au sein du PS, Paul Furlan, surfe sur la problématique en annonçant, de manière très étonnante, des « surprises » lors de son audition au Parlement, prévue demain. Il annonce un examen du dossier « sans concession ».

Bref, la personnalité exubérante de Michel Daerden et ses succès médiatiques à répétition expliquent peut-être l’étrange déroulement de cette affaire. Les journaux, si prompts à dénoncer l’affairisme, préfèrent donner dans le panneau d’un écran de fumée à peine voilé. Si le président de parti agit de manière prévisible, en soutenant Michel Daerden, son comportement est aussitôt dénoncé et, d’un autre côté, le ministre wallon des affaires intérieures fait une sortie pour le moins intriguante.

Décidément, les rebondissements s’annoncent nombreux. Espérons qu’ils conduisent à sceller une fois pour toutes le destin politique tortueux d’un ministre dont les pitreries n’ont jamais pu dissimuler les fumeuses activités…

mai 052009

Chère lectrice, cher lecteur, ceci est le 400 ème post publié sur Périscope. Inutile de souhaiter bon anniversaire ; attendons le millième pour faire la fête.

En revanche, l’occasion est trop belle de parler chiffres, en ce jour où les chiffres font l’actualité de manière incessante et font même – hé oui! – les politiques publiques. Les chiffres font les politiques publiques! Ce n’est pas une boutade, c’est un fait avéré, que Michel Daerden confirme avec un panache flamboyant en commanditant un sondage sur l’opinion publique relative à la construction de l’autoroute « CHB ». Les opposants y voient une « manoeuvre » (de ce côté aussi, le terme est « manoeuvre » est employé).

Au-delà de tout aspect instrumental (manipulation d’un sondage à des fins électorales ou en guise de justification d’une politique entreprise), la nature même du sondage comme instrument de politique publique pose question.

Alain Desrosières a rédigé un ouvrage majeur sur la question ( »The Politics of Large Numbers – a History of Statistical Reasoning » - 2002), où il déconstruit notamment l’idée selon laquelle les chiffres tombent du ciel, comme s’ils existaient de manière indépendante (et que le travail de statistique consistait à les « découvrir »). Ils sont plutôt élaborés selon une méthode particulière, qui cumule une série d’équivalences communément acceptées (mais forcément approximatives), dont la validité est fragile et temporaire. L’exercice du sondage produit les apparences de la réalité, et la statistique revêt les atours de la « force de chose constatée ».

Dans un article, Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès mentionnent les travaux de Desrosières, et expliquent comment ce dernier a montré à quel point le cadre de référence statistique avait été imposé aux débats portant sur tout objet social, dès le XIX° siècle, après avoir servi de cadre de comparaison entre différents États-Nations. Les débats politiques portant sur tout enjeu de société ont, depuis lors et « naturellement » adopté le registre de la statistique, en ce compris dans le chef des plus fervents opposants au principe même de la statistique. Les détracteurs de la « loi par le nombre » se sont vu imposer d’utiliser également cet outil, ce langage particulier (celui des chiffres), sous peine de disparaître du débat public.

Plus d’informations :

Voir l’article de Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès, intitulé « Introduction: Understanding Public Policy through its Instruments-From the Nature of Instruments to the Sociology of Public Policy Instrumentation » (pdf).