avr 302010
crédit: Reuters

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On lit partout l’interprétation selon laquelle Yves Leterme cède le leadership du CD&V. Cela tient à deux raisons. Primo, il l’a annoncé lui-même, en intronisant Marianne Thyssen. Secundo, il renonce à tirer la liste du CD&V au Sénat, ce fameux réservoir où il avait puisé ses célèbres 800.000 voix.

Personnellement, je ne suis pas sûr que ce soit si simple, je suis même persuadé du contraire, pour trois raisons. Primo, il a lui même annoncé qu’il comptait encore jouer un rôle politique de premier plan. Secundo, il va tirer la liste de sa circonscription: rappelons que tous les présidents de partis francophones en avaient fait de même en 2007. Il n’y a donc pas de règle fixe selon laquelle celui qui tire la liste dans sa circonscription cède le leadership, même de facto. Tertio, et c’est ma conclusion, c’est sans doute un accord win-win pour Leterme, qui préserve son parti tout en se donnant les chances maximales d’éviter une déconvenue politique personnelle.

Sur le plan de sa personne, en effet, Leterme a deux atouts majeurs à jouer les élections à venir « à domicile ». Le premier est qu’il sera impossible de comparer son score avec celui – exceptionnel – de 2007, à défaut d’une « assiette » comparable. Sans quoi, son résultat forcément inférieur ne pourrait que décevoir, et donc l’affaiblir. Le second atout de Leterme est son fort ancrage local. Il peut être boudé par les excités d’Anvers et d’ailleurs, voire par les fermiers du Limbourg, Leterme est l’homme d’un fief. Et son fief, c’est Ypres.

avr 222010

Image 2Coup de poker: l’Open-VLD se retire du gouvernement, Yves Leterme va présenter sa démission.

Pourquoi avoir adopté une telle stratégie? Alors que le ton était consensuel, qu’un accord semblait à portée de main – à défaut d’être atteint, alors que les rapports semblaient tendre vers une réconciliation pragmatique, l’Open-VLD prend le parti de tout envoyer promener. Alors, pourquoi?

On expliquera doctement ici que c’est un positionnement pré-électoral pour 2011, une stratégie délibérée d’opposition pour faire la cure de jouvence de l’Open-VLD, etc.

Ces motifs ne tiennent que partiellement: voici 4 mois que le parti s’est doté d’un nouveau Président, fraîchement émoulu, un outsider. Si c’était là les vraies raisons, il aurait eu tout intérêt, en concertation avec la base, à quitter le gouvernement dès son accession au pouvoir, en janvier par exemple1.

En réalité, l’Open-VLD se cherche et souhaite s’affirmer en adoptant une position aussi radicale maintenant que le contexte communautaire se (re)-tend, à l’aube d’un accord bégayant sur BHV. Cela pourrait tout aussi bien lui jouer des tours. En se retirant unilatéralement du gouvernement, l’Open-VLD endosse clairement la pleine et entière responsabilité de cet échec, de cet énième échec à résoudre un vieux dossier qui hante la politique belge et dont les citoyens sont usés jusqu’à la corde.

Tous les partis vont maintenant leur tomber dessus et s’en donner à coeur joie. Ils seront unanimement désignés comme responsables. En termes de positionnement électoraux, le parti fait donc le pari que l’électorat flamand – devant lequel il doit rendre des comptes – lui saura gré d’avoir eu la vertu de l’intransigeance et d’avoir adopté cette attitude… Sauf que… Sauf que, cette fois, BHV n’était sans doute plus très loin d’être scindé et qu’à mon sens cette nouvelle crise sera aussi mal vécue au Nord qu’au Sud.

En attendant, les dégâts de cette attitude visiblement réfléchie sont immenses et, pour une fois, je rejoins les commentaires qui la qualifient d’irresponsable. Contrairement à certains éditorialistes flamands, je soutiens avec force que la Présidence de l’UE do matter et que, vu les incertitudes qui à mon sens pèsent sur ses succès électoraux à venir, l’Open-VLD aurait pu s’abstenir de jouer la carte du grand chambard.

  1. Même alors, l’argument de la « cure de jouvence » aurait été difficilement recevable sachant qu’en toute hypothèse des élections législatives devrait avoir lieur endéans 1 an et demi maximum. []
mai 132009

David Coppi, journaliste du Soir, signe ce jour un article intitulé : « Le PS en reprend pour une campagne d’enfer ». Rebaptisé plus sobrement « L’affaire Donfut tétanise le PS » dans l’édition en ligne, cet article se subdivise substantifiquement en trois parties :

1. Victimisation du PS : le pauvre parti socialiste subit un nouveau coup dur, à l’approche du scrutin régional. Quelle gigne! Auront-ils les épaules suffisantes pour encaisser ce choc de plus?  À en croire le papier, d’une part le PS serait à plaindre de cette affaire, et d’autre part la démission du ministre ne serait due qu’aux circonstances, « l’option ‘démission’ a été jugée la seule praticale politiquement ‘compte tenu du contexte politique général’ (la citation est d’Élio di Rupo) ». Autrement dit, si l’on daigne faire abstraction du contexte, la démission n’est pas justifiée en tant que telle.

2. Glorification du PS : mais, dans l’adversité, contre les coups du sorts, la rose plie mais ne rompt point. Mieux, elle se redresse et, contre toute attente, se hisse et porte haut les couleurs de l’éthique ; le PS brandit à nouveau fièrement le drapeau de la bonne gouvernance, exigeant la totale interdiction de toute autre activité (publique ou privée) dans le chef d’un ministre. « Les plus belles contre-attaques sont les plus désespérées« , peut-on lire dans l’article de David Coppi. La flamboyance du geste n’aura échapé à personne.

3. Diabolisation des adversaires : le PS, noble, a su rester droit pour lutter contre cet énième coup du sort. Et pourtant, pourtant, ses adversaires profitent de l’occasion pour tirer sur l’ambulance, pour dégainer le sabre ; sans nul doute, on vise la tête. Le cdH met la pression et vitriole le ministre démissionnaire : « c’est la guerre, de bonne guerre…« . Le lecteur attentif aura senti la charge de lassitude dont sont dotés ces derniers points de suspension, on croirait entendre M. Coppi soupirer. Cela dit, attention ; le cdH, c’est encore de la petite bière, le « partenaire du PS à Namur« . Non, le vrai méchant, le grand loup, le sanglant viking, c’est bien sûr le MR. M. Coppi introduit sa charge par des propos anonymes minimisant les rémunérations du Ministre Donfut au regard des milliards investis dans la crise économique (une bien foireuse analogie, ma foi). L’on sait que l’axe programmatique du PS revient à mettre la crise économique sur le dos des libéraux ; c’est donc leur prêter foi que de publier ce commentaire étrange et malvenu. Sur ces entrefaits, l’article se conclut de bien belle manière en démontrant à quel point c’est le méchant MR qui a tout orchestré, sur base de l’heure de publication de leur communiqué de presse.

Bref, un exemple typique d’article mal équilibré et qui ne restitue à l’évidence qu’une thèse en présence, l’autre thèse étant bien sûr qu’il appartenait au PS de faire le ménage dans ses rangs, qu’il fallait redoubler de vigilance et s’engager de manière volontariste dans la voie de l’éthique politique, sous peine d’assister, impuissant, à des scandales médiatiques. Finalement, pour équilibre le papier de M. Coppi, il faudra lire l’édito, « Le PS ne doit s’en prendre qu’à lui-même« .

Ma vision naïve du journalisme me fait dire qu’un bon article doit être équilibré et faire place aux thèses en présence ; montrer que les socialistes dénoncent une manoeuvre électoraliste (ce qui est manifestement exact), et le faire clairement ; montrer que les autres partis s’engouffrent dans la brêche de la mal-gouvernance (et pourquoi pas les confronter à leurs contradictions, ce faisant) ; montrer enfin que le comportement du ministre était tout simplement inacceptable sur le plan de l’éthique politique. Parce que ce dernier point est tout simplement absent de l’article de M. Coppi ; les actes du ministre, qui sont centraux dans cette problématique, ne sont même pas évoqués… Il existe bien sûr une alternative, qui consiste à photocopier la carte de parti de l’auteur en guise de signature.