avr 112009

Décidément, la mission parlementaire dans le Sud-Ouest américain suscite les plus vives émotions. Je persiste à penser que, en dépit de manifestes exagérations et d’un comportement déplacé, de la part d’une bande de vieux briscards politiciens, les tensions qui gravitent autour de ce voyage sont bien plus symboliques que vraiment essentielles, s’agissant de plonger au coeur du malaise démocratique belge. Autrement dit, si je puis comprendre la position de ceux qui condamnent unilatéralement, j’estime que, dans une large mesure, ils se trompent de combat. Et, de grâce, que chacun garde la tête froide et un sens de la mesure! Ces pratiques sont suffisament ancrées dans la pratique parlementaire que pour que quiconque puisse faire semblant de le découvrir aujourd’hui – avec une feinte stupeur.

Olivier, l’initiateur de l’idée du comité d’accueil à l’aéroport dans le cadre du « California Gate«  (ne nous emballons pas), a eu l’amabilité de répliquer à mes accusations – un peu précipitées, je m’en excuse – d’ »étroitesse d’esprit ». Je propose ici de restituer cet échange long, mais terriblement porteur de signifiants à mon sens. Ses réponses sont en indigo, mes répliques sont en vert foncé. L’échange, dans son contexte original, est disponible à cette adresse (j’ai rectifié l’une ou l’autre faute commise par moi, et j’ajoute un lien vers La Libre de ce jour). Je dois préciser que, suite à l’annonce du PS que les membres de la mission rembourseraient les frais exposés, il a estimé le geste posé suffisant et dès lors n’entend pas maintenir le comité d’accueil prévu à l’aéroport.

Étant donné que je m’octroie présentement le luxe de la vitrine de ce blog et que c’est une bien commode manière de prendre l’ascendant sur la controverse (par rapport à une publication en « commentaires »), j’invite Olivier, s’il le souhaite, à me faire parvenir une réplique du dernier mot que je publierai in extenso sur ce blog, et sans commentaires.

Cher Monsieur Thoreau,

A propos de l’étroitesse de mon état d’esprit supposée :

Merci de votre réponse. Je pense, pour commencer, qu’il est tout à fait normal et salutaire, particulièrement en temps de crise, que les citoyens manifestent une exigence accrue et soient plus âpres à réclamer des comptes auprès d’une classe politique qui, après tout, en démocratie, n’existerait pas sans ces mêmes citoyens.

1. La mission du bureau n’a pas été objectivée, ni en terme de nécessité, ni de cout, ni de bienfondé

1. Là-dessus, je ne peux vous rejoindre sans plus d’explications : qu’entendez-vous par « objectiver » ? Comment aller vous calculer quantitativement le « bienfondé » d’une délégation parlementaire sans remettre en cause la longue histoire des missions de représentations par les instances démocratiques ?

2. Ce sont les participants eux-mêmes qui ont voté la décision du voyage, et non à l’unanimité du bureau

2. À ma connaissance, le bureau adopte des décisions par consensus, ce qui signifie que celui qui ne se démet pas se soumet (et accepte, même tacitement, la décision – voir La Libre). En outre, je serais curieux de savoir combien parmi ceux qui n’ont pas soutenu explicitement ce voyage particulier au sein du bureau sont avides de ce même type de mission hors période électorale…

3. La présence des conjointes apparait comme un agrément malvenu, d’autant qu’au départ (avant ce brouhaha) elles ne payaient que leur billet d’avion et en contrepartie le mandataire accompagné perdait 50% de son per diem.

3. Sur la présence des conjointes, je vous rejoins parfaitement : n’ayant aucun mandat démocratique, il est anormal que le moindre denier public leur soit octroyé. Je m’exprime en ce sens sur mon blog.

4. Plusieurs des participants ne seront même plus sur les listes de candidatures aux élections dans moins de 8 semaines (fort court pour transmettre d’éventuels résultats utiles)

4. Je partage à moitié cet argument ; selon moi, le député doit être considéré comme un mandataire à part entière tant que son mandat n’est pas révolu. Cependant, je vous accorde que le sens commun donne à percevoir un petit cadeau d’adieux…

5. Si en qualité de chef d’entreprise vous entrez vos frais de ’voyage’ ou de restaurant, une partie des dépenses sera rejetée par le Fisc et donc à votre charge.

5. En qualité de business man, vous voyagez également en business class, vous fréquentez également des hôtels coûteux et vous menez un train de vie qui donne à impressionner vos partenaires et concurrents. Sur ce plan-là, je ne suis pas sûr que vous ayiez envie de pousser l’analogie au bout de sa logique…

6. Vous focalisez sur l’étonnante réaction à l’aube des élections, je vous ferai remarquer que c’est d’abord ce voyage qui est étonnamment organisé à moins de 8 semaines des élections.

6. Je ne comprends pas cet argument. Au pire, il me semble que c’est une maladresse stratégique de la part de nos larrons visiteurs (surtout quand on voit la belle brochette d’affairistes réunies là) ?! Que faites vous des manoeuvres électoralistes des partis qui hurlent au loup, quand évaluez-vous leur cohérence et leur sincérité dans votre critique ?

7. Vous parlez de l’Arizona, avez vous bien lu le programme, sur les 11 jours, ils y passent une journée avec 5 rendez-vous, comparez le temps passé à une visite d’intérêt public et celui consacré aux loisirs et restauration.

7. En réalité, je l’explique sur mon blog, je ne parle que d’Arizona, précisément parce que je m’y trouve pour l’instant (je vous écris depuis Tempe, Phoenix). Sur le temps passé ici, je dirais qu’une journée est consacrée à la détente, l’autre au travail, beaucoup de temps étant accaparé par les déplacements (les distances sont très grandes, ici). Probablement une clarification de ce point serait-elle souhaitable, mais je ne pense pas que le statut de parlementaire permette d’évaluer clairement la relation entre temps de travail et temps de loisir. Cela dit, des activités tels que le survol du Grand Canyon devraient manifestement être payées sur deniers personnels : autant il me paraît normal qu’un certain « standing » soit assuré aux représentants officiels de la Wallonie, autant ici il est aporétique de justifier l’intérêt public d’un survol du Grand Canyon (sauf si cela consiste à inspirer Van Cau pour une de ses croûtes dont il ornera fièrement le Parlement wallon).

8. Sur un plan plus général , trouvez vous nécessaire et justifié d’engager de telles dépenses alors que les budgets ont virés au rouge et largement ?

8. Est-ce qu’on critique Obama de faire de bien plus dispendieuses tournées en Europe alors qu’il engage massivement des mannes abyssales d’argent public dans la relance économique, alors même que les indicateurs économiques américains sont dans le rouge le plus total ? Allons donc, ce genre de dépense est anecdotique au regard des budgets des pouvoirs publics et, croyez-moi, certains postes justifieraient bien mieux une incise citoyenne et une critique véhémente. Maintenant, je vous concède une maladresse manifeste à étaler des frais ostentatoires et superflus (je pense notamment à l’indemnité journalière), ce qui ne peut manquer de choquer le citoyen lambda.

9 . Je suis donc peut être étroit d’esprit, excusez moi de croire que demander une participation pécuniaire personnelle soit anormale.

10. Expliquez aussi cela, aux citoyens qui ne comprennent plus rien et ne croient plus aux institutions politiques.

9 et 10. Veuillez considérer mes propos sur votre « étroitesse d’esprit » comme nuls et non avenus, désormais, puisque vous avez pris la peine d’éclairer ma lanterne de manière circonstanciée. Ce jugement repose sur ce que j’ai perçu de la mobilisation citoyenne, qui me paraît fort basée sur une certaine jalousie très matérialiste et sur des motifs in fine relativement mesquins. Je n’avais par exemple pas clairement perçu la revendication d’une participation pécuniaire personnelle, qui me semble équilibrée et justifiée pour les postes se situant au-delà de la mission d’intérêt strictement public (comme je l’ai toujours soutenu en commentaire sur mon blog).

Cela dit, une critique n’a de fondement que nuancée, et donc intégrant selon moi une remise en question de ceux qui sont prompts à tirer sur l’ambulance (sont-ils habilités à le faire ? n’est-ce pas une manoeuvre grossière ?) ainsi qu’une vision nuancée des dépenses effectuées (qu’est-ce qui concourt à l’intérêt public ? qu’est-ce qui est manifestement excessif et ostentatoire ?). Ces questions-là ne sont pas – ou très nettement trop peu – adressées dans tous les médias que j’ai pu consulter, et j’ai modestement tenté de me faire l’avocat du diable et de rectifier le tir.

Je pense encore, comme je le disais en introduction, qu’il est sain qu’une vigilance particulièrement acérée des citoyens s’exprime en temps de crise. Cela dit, parfois, j’aimerais que cette critique et cette mobilisation interviennent sur d’autres sujets ou d’autres scandales, qui me paraissent nettement plus porteurs d’enjeux en termes d’intérêt public, plutôt que des scandalifimes en rase campagne des Fourons, qui finalement n’influent qu’à titre marginal sur notre destinée collective. Je suis conscient de jouer à l’avocat du diable, particulièrement quand on voit la bande de zozos qui se payent ce voyage cinq étoiles de manière éhontée à une encablure des élections… C’est n’est vraiment pas malin de leur part. Mais bon, si ceux-là étaient malins, ils ne commettraient pas d’aussi bonne grâce de semblables idioties qui servent peut-être d’écran de fumée aux vrais problèmes de la démocratie belge…

Ceux-là même dont vous parlez dans votre point 10, dont je ne puis que constater qu’ils sont bien réels, mais dont je doute qu’ils s’expriment de manière univoque dans ce voyage aux USA !

déc 182008

Poum! Bardaf… C’est l’embardée!

En effet, le collectif Liège 2015 a introduit ce jour les signatures nécessaires à la demande d’organisation d’une consultation populaire.

Attentif aux nombreuses réactions, il a préféré remettre le mandat démocratique qui lui avait été confié à ceux qui le lui réclamaient et qui en avaient le droit.

A titre personnel, je suis satisfait de ce qui, loin d’être un dénouement définitif, marque toutefois un aboutissement certain dans une démarche longue, harassante, épuisante, qui peut maintenant laisser à place au débat, aux idées, à la confrontation. Gageons que ceci se fera in fine au plus grand bénéfice de l’objectif final, qui est de promouvoir, de faire rayonner et de consolider la culture à Liège en général.

Les positions manifestées par le Collège communal restent pertinentes et le combat mené quant à la création d’un pôle des arts émergents devra être continué. Mais il ne peut faire l’économie d’une réflexion plus générale. Les 22000 signataires, les médias et les partis de l’opposition vont pouvoir s’approprier le débat qu’ils nous ont réclamé, au même titre que le collectif ou le Collège.

Voici le communiqué du collectif :

Mesdames,
Messieurs,

Le collectif « Liège 2015″ a annoncé mardi la conclusion d’un accord avec le Collège communal.

Toutefois, en accord avec les 22 000 signataires qui lui donnent sa force et sa légitimité, le collectif a décidé de ne pas en rester là et de soumettre au vote populaire la question « Souhaitez-vous que Liège dépose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015″? Par cet acte, le collectif restitue le mandat démocratique qui lui a été confié à qui de droit.

Suite à la décision de la Communauté française de raccourcir au 1er mars 2009 le délais pour se porter candidat, le collectif exige l’examen de sa demande à la séance du conseil communal de lundi 22 décembre prochain, par son inscription en extrême urgence à l’ordre du jour. En outre, renseignements à l’appui, il affirme que la consultation peut matériellement être organisée d’ici la mi-février 2009 et que cette échéance doit être respectée par les autorités compétentes.

Enfin, le collectif se réjouit du débat démocratique qui va désormais s’ouvrir pour la culture à Liège et maintient son entière ouverture aux résultats des délibérations du conseil communal de lundi prochain.

Le collectif Liège 2015

déc 172008

Cher lecteur, tu n’es pas sans savoir que le Comité Liège 2015 a décidé d’écarter la piste d’une consultation populaire et de nouer un accord avec le Collège communal concernant la création d’une fondation fonctionnelle (lieu, équipe, moyens financiers) et durable dédiée aux « arts émergents ». L’accord porte également sur différentes revendications à faire émerger conjointement devant les autorités compétentes – communautaires, régionales, européennes, etc.

Par souci d’honnêteté, de clarté et de transparence, je voudrais donner ma position strictement personnelle sur l’évolution du processus et sur l’accouchement difficile, très difficile, sur l’accouchement particulièrement douloureux de cette décision. Je voudrais revenir un peu plus longuement, pour ceux que cela intéresse, sur ma position au sein du bureau, en ma qualité d’initiateur de la consultation populaire.

1. Lancer la consultation populaire

Je n’étais pas spécialement partisan du lancement de la consultation populaire, en juin, mesurant les innombrables difficultés qui nous attendaient ; mes estimations les plus lourdes se sont, en sus, avérées bien en deçà de la réalité. Initier une consultation populaire est un processus extrêmement lourd, vraiment. Or, le collectif a réussi à obtenir 22 000 signatures, ce qui est un exploit, mais dont je voudrais que l’on restitue la juste portée. Ces 22 000 signatures sont avant tout le fruit du travail acharné d’une poignée d’acteurs très volontaristes, qui ont sué sang et eau à les récolter.

2. Pour l’ouverture et la négociation

Depuis septembre, j’ai lancé des signaux d’alerte concernant la suite des événements et les stratégies à long terme que le collectif aurait dû planifier et mettre en œuvre. En particulier, j’ai soutenu avec force l’amorce d’un dialogue avec les autorités et l’adoption de positions d’ouverture par le mouvement. Malheureusement, il s’est avéré extrêmement difficile de mener ces discussions de fond, si essentielles, notamment en raison de la collecte de signature qui accaparait toutes les énergies disponibles. J’en porte d’ailleurs mon entière part de responsabilité : je n’ai vraisemblablement pas été suffisamment disponible et impliqué, et/ou j’ai échoué à imposer ces débats sur lesquels a toujours primé la recherche de signatures, qui étaient et qui restent le ciment du collectif.

3. La consultation impraticable à tous points de vue

La consultation populaire n’est plus une issue envisageable depuis un bon moment. Pourquoi? Parce qu’endéans un délais raisonnable, il était encore possible de plaider un recomptage rapide des signatures. En deçà de ce délais, écoulé depuis maintenant plusieurs semaines, le Bourgmestre aurait parfaitement pu, et à bon droit, réclamer un délais légitime de vérification de la demande. De ce fait, les marges temporelles dont nous disposions étaient extrêmement serrées, trop sans doute.

Il était parfaitement impossible d’espérer pouvoir tenir la consultation dans une période propice et suffisante à l’introduction d’un dossier. Autrement dit, impossible de tenir la consultation avant le 1er mars, date limite de dépôt de la candidature. En outre, le temps manquait pour préparer un dossier cohérent, construit et sensé ; au-delà, rien ne garantissait son succès dans la décision prise par le Comité paritaire chargé de statuer sur le dossier, que du contraire.

Ajoutons à cela que je maintiens que la consultation était un processus éminemment dangereux et contre-productif :

- nous n’avions ni les moyens humains et matériels de mener campagne de manière adéquate ;

- partant, l’opposition aurait fait campagne à notre place, avec peu de moyens de riposte de notre part, et la consultation aurait sans nul doute été instrumentalisée à des fins pré-électorales bien éloignées de la culture, selon un jeu politique classique et de bon aloi, je n’en disconviens pas, mais différent de l’objectif du collectif ;

- en sus, nous courrions le risque – à ne pas sous-estimer – d’obtenir un taux de participation inférieur au minimum requis pour que le résultat soit recevable (10%) et de couler toute l’énergie investie. Comprenez : sept mois pour recueillir les signatures de 10 % de la population, au forcing. Il aurait fallu qu’au minimum tous ces signataires se déplacent en une seule demi-journée, non en sept mois… un fameux challenge!

- enfin, le processus risquait de s’avérer contre-productif sur le point de vue strictement culturel, d’entériner une logique d’opposition avec de trop nombreux acteurs (y compris culturels) et, in fine, de détériorer la situation existante.

Voilà pourquoi j’ai plaidé très tôt pour l’investigation de pistes alternatives à la consultation, ce qui supposait à tout le moins une négociation et éventuellement une issue concertée avec le Collège.

4. Des négociations houleuses, très houleuses

Toutefois, je suis en désaccord avec la manière dont les négociations se sont déroulées. De très nombreuses erreurs ont été commises, dues probablement au manque de structure et de formalisation des rôles et responsabilités de chacun. Ces erreurs, parfois manifestes et indiscutables, se sont répétées et font que les débats au sein du bureau (l’organe exécutif en charge de la gestion de Liège 2015) ont été – et restent – particulièrement houleux.

5. Prendre ses responsabilités ou dénier

Face à cela, il n’y a pas eu d’autre choix que d’endosser la décision prise, autant à contre-cœur que possible et vraiment très douloureuse au regard du volet démocratique et participatif de la démarche, de cela tout le monde est conscient. L’alternative?  Dénier, dénoncer, faire péter. A quoi cela aurait-il servi de ruer dans les brancards et de tout dénoncer en vrac, même sur des questions de pure forme du processus décisionnel?

D’une part, cela aurait probablement réduit à rien l’accord politique qui a été noué. Or, je suis convaincu que cet accord est une des moins mauvaises solutions qui était accessible au collectif. Partant du principe que la consultation n’était plus envisageable, que le collectif était en retard et donc en position de faiblesse, il lui a fallu faire ce qu’il pouvait avec les moyens (humains et politiques) dont il disposait. L’accord enregistre des avancées intéressantes, bien qu’insuffisantes. Autrement dit, je refuse de nuire au fond lorsque je ne puis dénoncer que certains vices de forme. Accessoirement, je réfute toute logique destructrice qui aurait pour effet de saboter ce qui est acquis, ce qui existe, sans proposer des alternatives constructives.

D’autre part, l’accord noué correspond grosso modo au collectif, c’est-à-dire qu’il promeut non pas la culture à Liège en général, mais une certaine culture alternative et, n’ayons pas peur des mots. Depuis le départ, notre mouvement est cantonné à une certaine frange de la population culturelle, probablement celle impliquée dans ces fameux « arts émergents », notamment en raison du refus de toutes les institutions culturelles de poids de rejoindre notre mouvement. Dès lors, premièrement, cet accord est en adéquation avec la portée du mouvement. Deuxièmement, il proscrit toute critique de la part de quiconque émargerait à une desdites institutions : que des gens du conservatoire ou de l’association X ou Y émettent des critiques ne peut être accepté que dans la mesure ou leur institution d’appartenance a publiquement pris fait et cause pour Liège 2015.

6. Conclusions : ma position

Ma décision est donc d’observer la neutralité par rapport à ce qui se passe. Je regrette certaines choses, mais j’ai maintenant la volonté de tourner la page et de ne pas générer des dommages superfétatoires. Liège 2015 fut une belle aventure, très instructive, et je tiens à en rester là malgré ce que je pourrais regretter ou dénoncer. Je n’ai aucune appartenance politique ni intérêt personnel dans l’aventure. J’ai simplement la volonté de ne pas envenimer à tout prix une situation déjà compliquée.

Toutefois, pour finir, j’accepte de cosigner une carte blanche, car j’estime qu’une position de neutralité en ce qui me concerne est inacceptable en tant qu’initiateur de la consultation : sur ce point, je me dois de rendre des comptes et je suis d’accord avec les faits que restitue – avec beaucoup d’honnêteté et avec vulnérabilité – cette carte blanche, en ce qui concerne la consultation.

mai 272008

Ce n’est un secret pour personne, j’assistais hier soir aux débats publics du conseil communal de la Ville de Liège. Deux points devaient toucher à la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015 : une motion de l’opposition appuyant cette candidature et un protocole de la majorité visant à soutenir la candidature de Mons. Le conseil communal s’est prononcé contre Liège 2015, majorité contre opposition. Le conseil communal s’est prononcé pour Mons 2015, majorité et MR contre opposition (Ecolo). L’article qui suit est un peu long mais me semble intéressant à lire pour bien clarifier les enjeux.

Les mécanismes qui président à la décision politique sont éminemment complexes. Plusieurs conseillers socialistes et humanistes avaient déjà jadis interpellé le conseil dans la perspective d’une telle candidature. Ces derniers jours, la fronde a fait rage au sein des partis : nombreux étaient les conseillers qui refusaient de se plier à une décision qu’en leur for intérieur ils n’acceptaient pas. Pourtant, hier soir, toute la majorité, sans le moindre résistant en ses rangs, a voté contre la motion et pour le protocole.

Une lecture convaincante décline l’essence de la décision adoptée in fine sur un axe d’équilibre tracé entre le jeu partisan et la démocratie, sans être manichéen. Je précise directement que mon analyse n’est pas originale. C’est la lecture qui domine la plupart des interventions, comme ici ou ici. Je voudrais pourtant formaliser l’analyse et pondérer les arguments en présence.

Les partis politiques

Par définition, un parti politique est une organisation de moyens et de personnes formée en vue d’acquérir ou de conserver le pouvoir. Cet objectif est reconnu, légitime, et participe au jeu démocratique belge depuis longtemps. Ce simple constat permet déjà de tirer des enseignements féconds et explique en partie la médiocrité abyssale des débats d’hier, comme je m’en expliquerai. En effet, sur un plan temporel, on peut situer ses arguments dans trois registres.

1. Le registre du passé : par définition, un parti politique est tourné vers l’avenir (acquérir le pouvoir) ou vers le présent (le conserver). Le passé ne peut que lui servir de justificatif – parfois commode – à ses positions présentes. En effet, l’acteur politique ne prête foi à des accords informels antérieurs qu’en vertu d’une stratégie qu’il poursuit, s’il croit que le respect de cet accord lui sera bénéfique dans le présent ou dans le futur. À moins d’observer une règle morale rigide qui confine au sado-masochisme incompréhensible par l’électeur… En bref, l’essentiel des positions développées par la majorité était ancrée dans le registre du passé : ce que Liège était, comment elle a évolué, les accords d’antan, etc.

2. Le registre du présent : la cartographie institutionnelle et politique est telle, aujourd’hui en Belgique, que plus aucun des partis représentés au conseil communal ne peut décemment offusquer ou brusquer un partenaire gouvernemental… À l’exception d’Ecolo qui s’érige de facto en ramasse-baffe de toute la classe politique, tous les partis se ménagent entre eux, c’était particulièrement manifeste hier.

Le cdH suivait le PS pour un motif éminemment contemporain : il s’agissait de toute évidence d’éviter le casus belli et le débarquement de la majorité manu militari. La défaite cinglante du cdH aux dernières élections liégeoises ne lui permet plus d’exercer un contre-poids efficace au sein de la majorité.

Le MR, par le biais de son chef de file au conseil communal, Didier Reynders, a adopté une position pâlement consensuelle : oui à Liège 2015 et oui à Mons 2015. De toute évidence, il s’agissait de ne pas froisser les partenaires fédéraux. En contrepartie de cette attitude insipide, certain(e)s conseiller(e)s du groupe ont été autorisés à monter au front et à sonner la charge dans un bel esprit démagogique.

3. Le registre de l’avenir : c’était évidemment le plus prégnant lors des débats hier soir. Les regards sont tournés vers 2009 depuis juin 2007. Le PS, qui défend la « solidarité wallonne », qui hurle au sous-régionalisme quand on lui parle de « Liège 2015″, avait très clairement en vue les élections de 2009 et l’attribution plus ou moins heureuse des postes liégeois dans les prochains exécutifs wallon et communautaire.

Du pur sous-régionalisme dans l’esprit, en bref. Sans parler des probables stratégies individuelles de carrière qui se sont mêlées aux débats. Pourtant, sur le pur plan de la stratégie, le PS semble avoir paniqué et s’être replié sur sa frilosité interne et ses tabous. Il y a fort à parier qu’ils seraient sortis gagnants d’une attitude plus constructive envers le mouvement populaire qui prend naissance. Des alternatives stratégiques existaient, fut-ce celle d’une candidature fantoche.

Démocratie

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple (demos, kratos). D’emblée, une remarque : la démocratie n’est pas forcément la panacée et il convient d’éviter à tout prix, selon moi, l’écueil d’une tyrannie de la doxa (l’opinion). Il faut maintenir des ressorts proprement politiques qui permettent le recul nécessaire à la volonté populaire.

Le système belge est une démocratie représentative, ce qui signifie que le peuple exerce son pouvoir par le biais de représentants qu’il élit à cette fin. Il décerne aux candidats victorieux le mandat de les représenter, à charge pour eux de rendre des comptes lors des prochaines élections. Voilà pour les principes.

Or, sur le plan de la démocratie, tout, absolument tout plaidait en faveur d’une candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

1. Le PS et le cdH, majorité sortante, ont fait campagne sur le thème d’une ville culturelle forte. Le PS surtout a fait de la culture à Liège un des fers de lance de sa campagne électorale, exprimant le souhait de faire de Liège une locomotive culturelle internationale, en tous cas à l’échelle de l’Euregio.

2. Reconduite sans panache, cette majorité a adopté avec force flonflons un « Projet de Ville 2007-2015 » qui intègre des objectifs très ambitieux en matière culturelle, qui auraient trouvé leur plein épanouissement dans le cadre d’une capitale culturelle européenne. Il y est notamment écrit que « la Ville mise sur la culture pour son avenir » et entend « positionner Liège comme métropole culturelle ».

Au demeurant, de nombreux conseillers de la majorité étaient très attachés au projet et ont longtemps résisté avant de le brader. J’ignore les pressions réelles qui ont été exercées. Ce que je sais, c’est que plusieurs ont voté « non » la mort dans l’âme. Dans l’ensemble, le groupe cdH à voté à contre-cœur. Quelle force a-t-elle pu les y contraindre ?

3. La démocratie est étroitement liée à l’État de droit et au respect des procédures. À cet égard, la ville de Liège était déliée de tout engagement politique et de toute contrainte juridique. Elle disposait en droit de toutes les clés pour déposer une candidature. En fait, un accord avait été conclu dont certains se sont prévalus (c’était l’argument prépondérant du cdH) lorsque même cet accord, devenu illégal entretemps, pouvait être dénoncé. Il était plus commode de s’y référer…

4. Pour couronner le tout, un fort mouvement citoyen s’est fait jour spontanément, soucieux de défendre les intérêts culturels de la ville. Un mouvement pas précisément opposé aux idées politiques de la majorité, contrairement à un certain dénigrement qui a consisté à voir dans le chef des pétitionnaires une attitude de déstabilisation politique peu recommandable. Or, ce mouvement n’a pour ambition que de faire renaître sa ville et lui rendre un second souffle.

5. Au demeurant, je crois que systématiquement tous les intervenants ont reconnu la légitimité de principe d’une candidature de Liège, tous ont souligné ses fantastiques atouts culturels, tous ont remercié « l’enthousiasme » des promoteurs de l’appel, tous ont salué l’envie forte des Liégeois d’une culture différente, tous ont applaudi la mobilisation citoyenne, tous ont promis de meilleurs lendemains…

Et pourtant…

Conclusion

… Tous, au sein de la majorité, accompagnés du MR sur la motion entérinant la candidature de Mons, ont clairement pris une décision de principe défavorable à Liège, contraire aussi bien à leur programme qu’à leur Plans stratégiques, contraire à l’État de droit et contraire à la volonté citoyenne. Dont acte.

En l’espèce, j’ai voulu montrer que le jeu partisan est un mal nécessaire. Sans doute trouve-t-il une légitimité dans la manière dont fonctionne une démocratie représentative. Pour autant, la démocratie pose une série de principes qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts partisans. À mon sens, je l’ai dit, la tyrannie de l’opinion n’est pas une option nécessairement viable. Je crois sincèrement qu’un point d’équilibre doit être fondé et légitimer le consensus qui émerge. Entre démocratie et particratie.

Manifestement, ce point d’équilibre n’a pas été trouvé hier. C’est un constat, pas une opinion. Les argumentaires développés par de trop nombreux membres de la majorité sonnaient hélas bien creux. Il est évident que, pour ce cas-ci, ce sont les partis politiques qui ont parlé, en lieu et place du peuple supposé être le détenteur ultime et légitime du pouvoir.

Bon, ce n’est pas un drame. Maintenant, il va s’agir pour la majorité d’être confrontée à ses actes et d’assumer ses responsabilités. Fondamentalement, l’intérêt premier de Liège a été mis en sourdine au regard de considérations irrecevables pour la population. Celle-ci devra prendre acte et renouveler les voies du combat culturel à Liège : il ne fait que commencer.