mar 012009

Attention : texte hilarant!

Jeudi 19 février – Petite semaine
08 h 20
Il faut bien se rendre compte que l’édition # 6 de ce RoadBook sera forcément ténue. Catherine, ma sœur, est arrivée mardi soir. Hier, mercredi, j’ai planché sur un travail relatif à l’innovation et à l’analyse de l’innovation, en particulier en ce qui concerne les nouvelles technologies. Aujourd’hui, je dois faire pas mal de lectures pour la classe de Nanotechnology in Society. Demain, avec Catherine et Anne, nous mettons les voiles pour un week-end qui débutera à Las Vegas et continuera vers le Grand Canyon. (addendum au 5 mars : finalement, c’est une édition dodue).

Dimanche 1er mars – Au rapport, colonel!
20 h 54
Que de temps ai-je délaissé ces pages! Une bonne semaine s’est écoulée depuis mes dernières sentences sentencieuses dans ces quelques pages. Et que d’événements depuis, que d’anecdotes, que de bons moments… Pour reprendre une conception du bonheur développée once upon a time par un collègue, que de «micro-définitions»! (pour la lectrice et le lecteur curieux, cela signifie que le bonheur est constitué d’une mosaïque d’instants insaisissables, à l’occasion desquelles les éphémères conditions du bonheur se trouvent réunies).

Dès lors, conscient de ma dette dont je m’acquitte avec le plus grand plaisir, me voici au rapport!

21 h 08 – VISA dependency
Lorsqu’un système s’engonce dans sa propre logique, qui se prétend rationnelle, il en découle des résultats proprement irrationnels. Vendredi, je me suis rendu sur «l’Autoplex Loop», artère sinueuse d’un centre commercial. En l’espèce, le terme de «centre» s’avère particulièrement impropre, tant ces mégastructures commerciales se succèdent indéfiniment, sur un espace proprement ahurissant (Belle-Île, à côté, c’est du petit lait!). Entre ces énormes surfaces, de larges voiries et des parkings démesurés assurent le confort de l’automobiliste-consommateur.

Car si c’en est une de connue, c’est une caractéristique de l’Amérique qui ne laisse pas d’étonner : tout est drive-in, ici, ou plutôt pour faire usage du correctif local, tout est drive-throu. À tout prendre, n’est-ce pas, on envisage aisément qu’il soit préférable de conduire «à travers» que «dedans»! Tout est donc drive-throu ici: les fast food bien sûr, mais également les liquor shops, ou vous pouvez à bon prix vous fournir des alcools parfois vils, les banques, les cafés du Dutch Bros voisin, et même… certaines pharmacies!

Bref, tout peut s’acheter drive-throu en ce compris, même si cela peut paraître étonnant, les voitures! Me voici en effet arrivé sur l’Autoplex Loop, lieu où se situe l’agence de location de voitures. Je marche une demi-heure le long de cette artère parsemée de garages, de gauche comme de droite. Des concessionnaires de toutes les marques qu’il soit possible d’imaginer… et même de celles qu’il est impossible de concevoir. Etendues de voiture parquées à perte de vue; spectacle sans cesse recommencé; affichettes jaunes annonçant que sont bienvenues les personnes à «credit problem», atteintes de «personnal bankruptcy», etc.

Au détour d’un tournant, je pénètre dans l’antre du garage Honda qui contient l’agence Hertz, ma destination finale. Là, stupéfaction. Impossible de louer une voiture. IM-POS-SIB-LE. Ma carte de crédit a souffert des achats de billets d’avion pour venir jusqu’ici, des nombreuses dépenses d’emménagement, des courses classiques, ainsi que de deux magnifiques vélos que je présenterai bientôt. Bref, le plafond est atteint. Or, je dois produire une garantie de solvabilité de 200 $, en sus du montant de la location et la carte le refuse. Après une heure de palabres, négociations, stress, coups de téléphone en Belgique, rien n’y fit ; pas de carte de crédit, pas de voiture. J’étais parfaitement en mesure et, l’on s’en doute, désireux de prouver ma solvabilité par toute autre voie ; dépôt d’une caution en liquide ou de tout document d’identité, à l’exception du permis de conduire, remise d’un Money order personnalisé, pré-payement par Maestro (qui est accepté dans toutes les surfaces ici), voire même photocopie de mon illustre derrière pour autant que cela puisse leur chanter.
Rien à faire. J’ai eu beau chanter Malbrouck (et ce fut délicieusement anachronique de chanter Malbrouck en ces circonstances), mon interlocuteur, un stéréotype d’employé quadragénaire, chemise grise, cravate noire, air fade, calvitie précoce (joli massacre), gel bon marché pour les survivants, sens-bon de mauvais goût, grosse-voiture-mais-pas-trop (je suppose), conventionnel à en périr, mon interlocuteur disais-je, m’a répété avec un malin plaisir, presque sadique, que «my hands are tied». «C’est le système, je n’y peux rien». «Ce n’est pas ma responsabilité, c’est le système». «J’aimerais sincèrement vous aider, mais vous comprenez, je n’en ai pas la possibilité». «Se je pouvais faire autrement, je le ferais… mais je ne peux pas».

«Si c’était mon business, je vous aurais déjà filé cette putain de bagnole avec un sourire dégoulinant et une courbette jusqu’au sol, une clé en or 36 carats, les trois premiers litres de Starbucks gratuits et un plein d’essence en prime, mais vous comprenez, je ne suis qu’un subalterne sans envergure et après tout c’est pas mon gagne-pain standardisé qui est ici en péril, c’est juste ton voyage à la con mon pote. Rends-toi à l’évidence. J’en ai rien à foutre de te la louer cette putain de bagnole, je toucherai pareil le 28, à la limite je suis presque content que la boîte de merde pour laquelle je suis exploité fasse des bénéfices d’autant moins faramineux. C’est tombé sur ta gueule, que veux-tu?, c’est la vie, il faut aussi des connards pour être victimes des systèmes débiles mis en place par ces firmes qui le sont tout autant… C’est là loi aux USA, mon vieux. T’as pas de carte de crédit qui fonctionne, t’es rien, t’es personne, t’es mort. Aller simple. Sans ta MasterCard, t’es dans l’impasse à sens unique…» (nous traduisons… librement).

Bon, il fallait que ça sorte. Haaaa (soulagement)! Ca, c’est fait.

Je dois exprimer ici toute ma reconnaissance à mon collègue arizonien, Walter, qui a accepté de nous prêter sa voiture entièrement assurée pour le week-end, ce pour quoi je lui serai éternellement reconnaissant.

21_01 mars_Dépendance au VISA

déc 042008

Liège prévoit de construire deux parkings souterrains, projet qui m’estomaque au plus haut degré. Ce billet a obtenu de nombreuses réactions construites et motivées, ce dont je me réjouis, a fortiori en vertu de leur caractère fortement contradictoire. Autrement dit, chers lecteurs, la question du parking sensibilise nombre d’entre vous. Petit essai de philosophie du parking.

Le parking est un symptôme. Il est l’âme damnée de la voiture. Le parking est à la fois l’achèvement, la raison d’être du trajet et à la fois la condition de réalisation de celui-ci. Sans parking, le déplacement automobile n’a pas de sens. Entamons une petite remontée à contre-sens de ces assertions.

Premièrement, le parking est une ressource gourmande en espace. De ce fait, c’est une ressource rare, d’autant plus dans des centres urbains fortement densifiés et conçus dans leur principe, un peu anarchiquement, à une époque où la voiture n’existait pas, tels que celui de Liège. L’augmentation chronique du trafic motorisé a pour conséquence logique la raréfaction croissante des emplacements de stationnement, et donc une pression accrue en vue de la construction de nouveaux équipements.

Le problème est double à cet égard. D’une part, c’est d’espace public qu’il s’agit, et toute construction supplémentaire grignote un peu plus l’espace public, au détriment donc de ses autres “co-propriétaires” : les piétons, les cyclistes et autres usagers faibles de la route. D’autre part, la place de parking est devenue une sorte de quête à laquelle l’automobiliste ne peut déroger.

Deuxièmement, il convient de revenir sur cette notion de quête. L’emplacement de stationnement est la destination privilégiée par essence de tout déplacement. Ce simple fait, couplé à la raréfaction des places, donne un tour presque métaphysique à la recherche d’un parking. Le conducteur anticipe la pénurie, la redoute, sachant que s’il est bredouille, son trajet ne sera pas pleinement accompli. Plus les ressources à mobiliser pour prendre sa voiture sont grandes, plus le conducteur concevra de la frustration de ne pas trouver d’emplacement ou d’en trouver un mauvais.

Parce que, troisièmement, là est le problème : trouver une place est absolument nécessaire. Or, les places étant rares (et chères, de ce fait), l’automobiliste se trouve, à leur égard, dans une situation de dépendance. Comme toute situation de dépendance, celle-ci est marquée par un rapport amour / haine. Amour, parce qu’il faut trouver une place, sans quoi le trajet n’a pas abouti et que cette place permettra d’accomplir ce pourquoi le trajet a été initié. Autrement dit, si le conducteur prend la peine de prendre sa voiture, une place de parking est une récompense de ses “efforts”. Haine, parce que ce rapport est ambigu, que les places sont rares et chères et que, de plus en plus fréquemment, l’exercice s’achève par une frustration intense, et au prix d’efforts décuplés.

Finalement, le parking est un symptôme. Il est un symptôme du lien de dépendance entretenu à l’automobile. Tout part du problème qu’en dépit de l’augmentation continue des coûts, directs et indirects, de la conduite automobile, la solution reste avantageuse – en termes d’efforts et de ressources mobilisées – pour bon nombre d’usagers de la route. Pour le formuler différemment, quels qu’en soient les inconvénients, les automobilistes préfèrent leur voiture à d’autres modes de déplacement : transports en commun, voies de mobilité douce.

Le parking est l’alpha et l’omega de l’automobiliste.

Dès lors, pour en revenir à la question qui nous anime, faut-il construire des parkings souterrains à Liège ? On peut se poser cette question en termes d’espace public et en termes de “philosophie du parking”.

Tout d’abord, d’une part, cela n’empièterait pas sur l’espace public puisqu’il s’agirait d’espaces à créer, à ouvrir. D’autre part, le projet consiste actuellement à juxtaposer au parc de stationnement existant deux parkings supplémentaires. Dans cette perspective, cela ne fait qu’accroître le nombre d’emplacements, sans aucunement prévoir la possibilité d’une quelconque compensation.

On comprend bien, Gilles et Frédéric, que la construction de ces parkings devrait s’accompagner d’une vision stratégique, d’un vaste plan de désengorgement de l’espace public “à ciel ouvert”, comprenant une réhabilitation d’espaces verts, des réseaux de transport en commun, des voies cyclables. On n’en est tout simplement pas là. La ville propose deux parkings supplémentaires, point. Aucune espèce de compensation n’est imaginée à l’heure actuelle. Il avait bien été question d’inscrire ces parkings dans un projet plus vaste, mais cette idée semble pour le moment écartée.

Ensuite et enfin, une réflexion en termes de “philosophie du parking” conduit à conclure que la construction de deux parkings supplémentaires conduit à entériner la dépendance à leur égard des automobilistes et la pression croissante qui s’exerce en faveur de la construction de parkings. C’est jouer le jeu du symptôme sans traiter le mal urbain à la racine. C’est enterrer la “quête” à laquelle est livré tout automobiliste dans une tentative dérisoire de l’externaliser. Dérisoire, parce que c’est une logique forcément (très) limitée, les espaces souterrains n’étant pas inextensibles.

Le risque serait d’en arriver à une cité bâtie complètement hors-sol et à la sérénité superficielle, dont les rues piétonnières et les charmants espaces verts dissimulent dans leurs entrailles un puits à noirceur et à goudron, le crissement de pneus et le râle de la ménagère qui cherche désespérément la place la plus proche de l’ascenseur. Une belle couronne posée sur une carie profonde, un peu à l’instar de Louvain-la-Neuve.

août 112008

Je suis dépendant, tu es dépendant, nous sommes dépendants, … Le pétrole est une ressource en voie de raréfaction à laquelle nos sociétés sont inextricablement liées. L’ensemble des transports est configuré sur un syllogisme tristement simple, mais redoutablement efficace :

Primo, je crée un mode de déplacement (par exemple, la voiture), qui nécessite une ressource particulière, en l’occurrence une ressource minérale non-renouvelable, le pétrole.

Secundo, grâce à cette invention, je modifie mes comportements de déplacement notamment. En réalité, ce mode de déplacement que j’ai inventé crée des distances qu’il est seul à même de parcourir.

Tertio, je bénéficie donc de ce mode de déplacement sans plus pouvoir m’en passer. Je suis donc dépendant.

Double problème

D’abord, je ne suis pas seul à m’être rendu dépendant à ce mode de déplacement et ipso facto à son carburant principal, le pétrole. Non seulement mes semblables m’ont imité, mais les entreprises ont également emprunté en bonne partie le chemin du transport à l’aide de ce même carburant. Coûts de congestion!

Ensuite, parce que comme tout le monde fait comme moi, on commence à en manquer, de cette fameuse ressource, de ce fameux pétrole. À quand la fin du pétrole?

Triple réponse des gouvernants

Face à la raréfaction, trois réponses (sans prétendre à l’exhaustivité) sont actuellement données par les gouvernements

  1. La mauvaise idée démagogique. D’abord, « le pétrole c’est mal, c’est bien vrai, pour éviter le réchauffement climatique poursuivons l’activité nucléaire ». Cette solution revient à soigner le mal par le mal. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Ulrich Beck, le théoricien de la société du risque.
  2. L’inertie démagogique. Une autre attitude consiste, tout en multipliant les discours écologiques, à demander à l’Europe (sachant qu’elle n’en fera rien) de suspendre ou diminuer la TVA sur les produits énergétiques pour faire face à la crise, solution conjoncturelle et court-termiste (sans préjudice de réductions ciblées pour les plus bas revenus). Sarkozy avait fait ça bien, fin mai-début juin… Et n’avait bien sûr pas manquer de rejeter la faute sur l’Europe après le prévisible refus de celle-ci…
  3. La fuite en avant démagogique. Une dernière attitude consiste à anticiper la crise du pétrole en construisant des gros axes routiers (jusqu’à dix-sept bandes! – l’article vaut la peine d’être lu jusqu’au bout). C’est pourtant très logique ; pour faire une route, il faut du bitume. Sans pétrole, comment on fait?

Dernière réponse pour la bonne bouche : stimuler l’écodriving, dernière fantaisie en date de « l’écologie sociale ». Cette proposition ultime en matière de révolution environnementale mérite une catégorie à elle seule. Car pour être totalement inerte, personne ne le contestera, elle ne semble même pas être démagogique.

Et si la Belgique était douée en fait?

Conclusion : mauvaises solutions, pas de solution ou euthanasie programmée (et accélérée).

Finalement, et si la meilleure solution face à la crise du pétrole consistait à n’avoir point de gouvernement pour faire des bétîses et laisser la ressource se mettre d’elle-même hors d’atteinte du commun des mortels?  La Belgique excelle sur ce plan là!

ADD : l’ »écodriving » passé au fil de l’épée par Jacky Morael