
Il vient de l’annoncer sur son facebook: Jacky Morael est candidat pour tirer la liste Ecolo au Sénat.
On ne peut que se réjouir de cette nouvelle. Malgré les années, je pense que c’est quelqu’un qui n’a rien perdu de sa verve et qui n’a jamais, à ma1 connaissance, bradé ses principes au moindre frémissement de l’opinion publique.
C’est un sage, un Ministre d’État, qui n’a plus rien d’autre à perdre que son franc-parler. Qu’il souhaite encore s’engager et se mettre au service de son parti est de très bon augure. Lisez son blog, voyez ses interventions sur facebook. C’est sans doute l’un des derniers hommes politiques – au sens noble du terme – en activité de ce côté-ci de la frontière linguistique.
- modeste [↩]

@DR
Ainsi, le gouvernement wallon, par l’entremise du ministre Ecolo Philippe Henry, vient de se prononcer sur la question du tram à Liège, dans la plus grande discrétion médiatique.
C’est que le projet retenu par son cabinet n’a rien de vraiment folichon.
Tout d’abord, il entérine le principe d’une ligne unique qui va traverser le fond de vallée (relier Seraing à Herstal, en passant par Liège). Bon, des tas d’interventions très savantes ont déjà expliqué que ce n’était pas judicieux, dans la mesure où c’est déjà là qu’est condensé tout le trafic routier. Un fonctionnement optimal serait atteint avec un réseau complet, qui aurait un effet de « taille critique ».
Le second problème concerne le calendrier; en gros, les engagements budgétaires sont reportés à la prochaine législature, si j’ai bien compris. Alors que Liège se propose d’accueillir une exposition internationale en 2017, la ligne ne devrait même pas être achevée comme il se doit à cet horizon. Même le partenaire gouvernemental critique ces échéances trop, beaucoup trop tardives. Disons que l’engagement n’est ni clair, ni ferme, ni surtout immédiat. En un mot comme en cent, il est faible.
Le troisième problème est encore plus préoccupant que les deux premiers, car il ajoute l’hypocrisie à la faiblesse. Il s’agit du problème des « axes de pré-tram », et voilà ce dont je souhaiterais traiter dans ce billet.

Le gouvernement reconnaît l’importance d’une structure en réseau, mais refuse d’y adjoindre les moyens nécessaires: pour pallier à cette situation, on propose des « BHNS » (en vert sur cette carte). C’est quoi, ce bidule? Pour ta gouverne, cher lecteur, l’acronyme barbare de « BHNS » désigne
… des bus TEC. Bref, il s’agit de bons vieux bus, à l’ancienne, dont la révolution principale consiste en la possibilité de monter aussi par l’arrière. Ces lignes auraient, je l’imagine, une fréquence relativement élevée. Dans le projet gouvernemental, elles seraient de nature provisoire et se destineraient, à terme, à être remplacées par des lignes de tram. En ce sens, on appelle ces BHNS des « axes de pré-tram » (sic).
Je vois deux inconvénients à cette appellation ridicule.
Premièrement, il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes. Si le ministre veut faire un réseau, qu’il fasse un réseau. S’il veut faire une ligne unique, qu’il l’annonce clairement. S’il veut rajouter des lignes de bus par ailleurs, grand bien lui fasse: mais autant appeler un bus « un bus », et ne pas se réfugier sous le vocable trompeur « d’axe de pré-tram ». Il s’agit de lignes de bus, ni plus, ni moins.
Deuxièmement, j’entends déjà que l’on me rétorque: « Mais ces lignes sont provisoires! Elles ne font qu’annoncer l’arrivée du tram! ». Là encore, qu’il soit permis au lecteur averti de rire sous cape: on ne sait que trop la signification, en Wallonie, de « l’éternel provisoire« . Songeons aux solutions de mobilité à destination du Sart-Tilman, qui sont toujours en rade après plus de 30 ans. Songeons également au Théâtre de la Place, construit « provisoirement » il y a longtemps, très longtemps de cela…
En conclusion, le projet n’est pas à la hauteur des attentes; c’est clairement un pis-aller à bien des égards. Un projet de cette envergure relève d’une décision collégiale du gouvernement wallon, et l’on se doute que le ministre Henry est tributaire d’arbitrages budgétaires effectués à ce niveau. Cela dit, il lui appartient d’endosser la portée exacte des projets qui rentrent dans ses attributions. En d’autres mots, il devrait reconnaître publiquement les limites actuelles du redéploiement du tram à Liège – l’engagement des budgets, les délais, la ligne unique, etc. – et ne pas tenter de camoufler ces insuffisances manifestes.
L’alternative à cette modestie de principe existe: il peut tout aussi bien renoncer au projet du tram, en justifiant de l’impossibilité de trouver un compromis satisfaisant au sein du gouvernement. Renoncer au saupoudrage et tenter le pari du « tout ou rien »; car, dans l’état actuel du projet, peut-être le statut quo est-il préférable. Faisons les choses convenablement, ou ne les faisons pas. En l’occurrence, le bonheur n’est pas dans le « pré- »…
C’est toujours malheureux de voir un politicien approcher de la date de péremption.
Eerdekens raconte connerie sur connerie depuis quelques jours dans la presse, au sujet d’Ecolo.
On ne sait pas au juste sur quels faits se basent ces critiques outrancières, mais le voilà qui remet une couche après avoir déjà connu un grand moment de solitude. En parler, c’est encore faire trop d’honneur à cette non-actualité mais, au-delà de l’insulte et du manque flagrant d’un minimum de respect, il réside quelques inepties à rectifier.
Primo, Eerdekens est populiste: dire que le gouvernement wallon accorde plus d’importance à l’environnement qu’à l’emploi, c’est tout simplement faux. Secundo, il débite des énormités historiques – la libéralisation de l’électricité n’est certainement pas imputable à Ecolo. Tertio, alors que son bec avait été cloué et que l’affaire semblait close sur les altermoiements d’Eerdekens (le PS, stop ou encore), on ne sait quelle presse en mal de tirage et pauvrement inspirée se sent le besoin pressant de le remettre à l’honneur.
Bon sang, mais faites-le taire!
Lalibre.be – Eerdekens : Ecolo, « un parti stalinien, militaire et despotique ».
J’ai le très net sentiment que ces invectives viriles entre les deux partis dominants que sont le PS et le MR visent, tout comme en 2007 par ailleurs, à alimenter une surenchère médiatique qui tend à bipolariser « l’offre politique ». Lorsque les deux ténors, le bleu et le rouge, s’affrontent sur le ring, il ne reste que peu de place aux petits poucets que sont (qu’ont pu être) ECOLO et le CDH.
C’est une stratégie de monopolisation des espaces médiatiques sensée profiter aux partis impliqués dans la bagarre, le PS et le MR. Cela a d’ailleurs pas trop mal fonctionné en 2007. Cette fois, cependant, la crise politique et la crise économique sont passées par là… On a le sentiment que l’enjeu, aujourd’hui, est de s’enfouir sous terre, de fuir les médias plutôt que de chercher à y figurer (à tout prix, peu importe le message délivré…).
Les « plus petits partis », qui cherchaient à « exister » médiatiquement face à leurs rivaux en 2007, la jouent nettement plus profil bas cette fois-ci. ECOLO se positionne bien en tant que futur arbitre des résultats du scrutin, et le cdH continue certes de marteler qu’il est au centre-contrairement-à-tous-les-autres, mais globalement on sent que la stratégie est davantage de laisser MR et PS filer au naufrage en tandem.
La presse ne s’y trompe d’ailleurs pas : son étonnant manque de lucidité sur les stratégies de bipolarisation de Reynders et de Di Rupo, en 2007, a cédé la place à une incrédulité quant aux invectives de rigueur, ainsi qu’à une prise de conscience de cette stratégie faites d’omerta et d’exclusions à l’égard du grrrrand rival. En outre, tout cela est également dû à la percée verte qui ne fait plus guère de doutes, même si l’ampleur reste à déterminer. Quand le succès annoncé d’ECOLO permet à ceux-ci de jouer dans « la cour des grands », même modestement, cela ruine en creux un discours qui viserait à ne maintenir dans cette « cour des grands » que les seuls PS et MR.
Cher anonyme,
Après mûre réflexion, voici quelques-uns des éléments qui me sont venus en tête suite à ton commentaire. Ils donneront probablement lieu à quelque chose de plus construit ultérieurement sur le positionnement politique. Je vais d’abord tuer le suspense : non, je ne suis pas Ecolo. Bien que la thématique de l’environnement me préoccupe au premier plan, je ne suis pas convaincu qu’elle soit soluble dans un parti politique. A fortiori dans un parti qui attend encore le Grand Soir et l’Emancipation de l’Humanité pour arriver à ses fins écologiques…


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