juin 112010

sous

Je lis cette opinion du politologue Devos dans La Libre et, bien que j’aie de nombreux points de désaccords avec son texte, il a cependant le mérite de bien mettre en lumière la nécessité de réformes d’un nouveau genre. Il souligne très justement que la manière habituelle de négocier des compromis en Belgique – compétences contre financement – a atteint ses limites.

« No representation without taxation et inversement ».

Il faut tirer de cela deux conséquences. La première est évidente: réformer la loi de financement est une condition nécessaire, mais pas suffisante du débat. Or, je l’ai déploré à de nombreuses reprises, cela reste un tabou pour TOUS les francophones (toucher à la loi de financement, c’est toucher au régime de solidarité fédérale, sinon c’est qu’on n’y a pas vraiment touché).

La seconde conséquence, c’est la condition « suffisante » d’une bonne réforme de l’Etat, qui est d’entériner une révolution qui a déjà eu lieu dans notre pays, qui est d’ordre sociologique et juridique: c’est la reconnaissance d’une bipolarité structurelle entre deux nations, la nation flamande et la nation francophone.

La Constitution dit déjà que les Régions disposent d’une compétence résiduelle, autrement dit, elles sont le centre de gravité politique du pays: toutefois, par obstruction des francophones, cet article n’est toujours pas en vigueur. Première chose à faire: admettre la réalité de ce texte écrit dans notre Constitution et lui donner toute sa portée juridique.

Seconde prescription: transférer de très importantes compétences fiscales aux Régions. Pour le moment, le budget des Régions est encore ridicule au regard du budget géré par l’Etat fédéral, et cela ne reflète pas du tout la réalité des compétences exercées sur le terrain. Il est sain de rééquilibrer cela en donnant aux Régions des compétences fiscales propres – sans transiger évidemment sur le statut de Bruxelles comme Région à part entière.

En somme, il ne s’agit pas de nourrir de grandes velléités réformatrices ou de bouleverser l’ordre établi. Il s’agit simplement d’entériner une révolution qui a déjà eu lieu: le déplacement du centre de gravité politique, de l’Etat fédéral vers les Régions fédérées.

Lalibre.be – Ne pas crier “non” à tout.

juin 082010

campagne_frileuseSur le blog « Sans langue de bois« , Charles Bricman, en accord en cela avec la majorité des commentateurs, fait l’analyse d’une campagne frileuse, tiédasse, défensive avant tout.

Sur le plan communautaire, c’est on ne peut plus vrai. Les quatre grands partis font preuve d’une attitude en recul, sur la défensive, dénoncent sans proposer, refusent sans être constructifs. En résumé, ils sont tous d’accord, d’un côté, de régionaliser à la marge et, de l’autre côté, de refuser toute forme de confédéralisme et de toucher à la sécurité sociale (sous toutes ses formes). À noter, dans cette approche excessivement étroite, deux maigres ouvertures: d’une part, Ecolo qui tente, tant bien que mal, de tisser des liens avec Groen! (et qui s’en voit abondamment vilipendé) et, d’autre part, le PS qui manifeste quelques d’ouvertures aux thèses flamandes, en ce compris confédéralistes (et qui s’en voit abondamment vilipendé itou).

Sur le plan « socioéconomique », la fameuse formule creuse qui veut tout dire et rien à la fois, à nouveau c’est le grand consensus qui règne. Tout le monde s’accorde à vouloir plus de moyens pour la justice, les pensionnés, les démunis, les fragilisés, etc. Là-dessus, les pétitions de principe sont légion, les slogans creux, les idées vides – à défaut d’êtres chiffrées – abondent en tous sens. C’est très consensuel, de promettre un peu de tout à tout le monde, surtout en demeurant très flou. Surtout que l’on sait ce qu’il advient, dans un régime de coalition, des intentions programmatiques (c’est-à-dire, pas grand chose).

En revanche, toujours sur les aspects socio-économiques, on a eu un vrai débat de fond, hier, entre les présidents de parti (sur La Première). Un bon vieux débat clivé sur un axe gauche-droite, et qui porte sur la nécessaire réforme de la fiscalité. L’Etat belge, comme tous les Etats européens, s’est endetté pour parer au plus pressé de la crise économique. Maintenant que le système bancaire et financier est retourné à la normale (les banques font du profit, les spéculateurs spéculent), se pose la question de comment combler ces déficits qui ont été creusés. Et pour ça, il n’y a pas 36 solutions: il faut soit diminuer les dépenses, soit accroître les recettes, soit les deux. En toute hypothèse, la réforme doit passer par une réforme fiscale.

Et là, me semble-t-il, on a droit à un vrai débat. Faut-il taxer davantage les revenus du capital? Faut-il taxer l’épargnant ou l’actionnaire? Si l’on taxe l’actionnaire, faut-il distinguer entre l’actionnaire « bon père de famille », qui contribue à « l’économie réelle », et l’actionnaire spéculateur, qui contribue à la détruire? Faut-il supprimer ou revoir le régime des intérêts notionnels? Si l’on refuse toute nouvelle mesure taxatoire, autrement dit, si l’on refuse d’augmenter les recettes, il faut alors diminuer les dépenses. Comment s’y prend-on? Quelles priorités met-on en place? Quelles coupes budgétaires?

Ce débat-là est authentiquement politique et confronte des visions de la société. Aussi bien le PS, le cdH qu’Ecolo sont en faveur de taxations du capital: une taxe sur la plus-value des actifs boursiers, une taxe sur les opérations de spéculation, une taxe sur les banques. Le PS et Ecolo réclament une révision des intérêts notionnels: on conditionne le bénéfice de ce mécanisme à des conditions en termes d’emploi. Le MR se distingue en prônant un statut quo fiscal: selon Didier Reynders, il faut maintenir la taxe sur les banques qu’il aurait mis en place (et rapporté 600 millions d’Euros), ainsi que le prélèvement sur les acteurs du nucléaire (conformément à l’accord Magnette) – ce qui présuppose bien évidemment la prolongation des centrales.

Le PS, le cdH et Ecolo refusent l’austérité, la coupe sombre dans les budgets des pouvoirs publics: ils prônent la « rigueur ». À mots à peine voilés – même si ne l’admettant que du bout des lèvres et à reculons, le MR est davantage en faveur d’une sorte « d’austérité » budgétaire, en tous cas si l’on compare aux trois autres partis (car le terme en lui-même est soigneusement évité par le MR). Bref, je pense raisonnable d’affirmer que le MR est en faveur de mesures d’austérité drastiques telles que les gouvernements grec, espagnol ou anglais ont adopté ou sont en voie de le faire.

Bref, sur la thématique fiscale, on voit se confronter des points de vue assez divergents, qui retracent un axe gauche-droite sur lequel se situent clairement, à gauche, le PS, le cdH et Ecolo et, à droite, le MR. Le tout se déroule dans un contexte, je le rappelle, globalement consensuel, même sur le plan socio-économique. Bref, la campagne n’est pas entièrement frileuse, à condition que l’on creuse dans les recoins les plus fouillés, à la recherche du contenu programmatique.

mai 052010

Image 7

Il vient de l’annoncer sur son facebook: Jacky Morael est candidat pour tirer la liste Ecolo au Sénat.

On ne peut que se réjouir de cette nouvelle. Malgré les années, je pense que c’est quelqu’un qui n’a rien perdu de sa verve et qui n’a jamais, à ma1 connaissance, bradé ses principes au moindre frémissement de l’opinion publique.

C’est un sage, un Ministre d’État, qui n’a plus rien d’autre à perdre que son franc-parler. Qu’il souhaite encore s’engager et se mettre au service de son parti est de très bon augure. Lisez son blog, voyez ses interventions sur facebook. C’est sans doute l’un des derniers hommes politiques – au sens noble du terme – en activité de ce côté-ci de la frontière linguistique.

  1. modeste []
mai 052010

noblesse_electionS’abstenir, c’est mal, c’est très mal. Les abstentionnistes – Charles nous explique qu’ils se constituent en mouvement cette fois – n’ont pas droit de cité dans un pays où le vote est obligatoire. Ce sont des inciviques, des irresponsables. Admettons ces prémisses de raisonnement parues dans le Soir. La DH rappelle les sanctions prévues et puis, après tout, c’est un droit acquis de haute lutte historique. Bref, injonction est faite à l’électeur de se rendre aux urnes. Jusque là, admettons cette hypothèse de travail1 , mais la question demeure entière: pour quoi faire?

Soyons très franc: l’enjeu de ces élections se trouve au nord du pays – c’est là que les cartes électorales seront rebattues. Du côté francophone, en revanche, on voit mal sur quoi les électeurs vont bien pouvoir se prononcer. Sur le plan communautaire, les partis ont tous opposé un front plutôt borné et attentiste, et aucun à ce stade ne formule de propositions concrètes – à l’exception sans doute d’une circonscription fédérale. On entend bien les diverses ouvertures à – l’inévitable – négociation sur une réforme de l’État qui s’annonce, mais rien de très concret ni palpable.

Sur le plan économique, honnêtement, je pense que les partis francophones partagent tous la priorité politique de créer de l’emploi à tout prix. On peut chipoter à la marge – sur l’accompagnement des chômeurs, la formation, ou les intérêts notionnels – mais ce sont des ajustements de détail, au regard de l’objectif politique commun.

Enfin, on sent tout de même les fortes accointances PS-CDH qui se manifestent (Onkelinx et Milquet sont comme « cul et chemise » depuis deux semaines, se lançant des fleurs en tous sens). De là à postuler qu’un Olivier fédéral est en route, par extension à la Région wallonne – pardon, la Wallonie -, il n’y a qu’un pas.

Ajoutons encore que, en toute hypothèse, les grandes tendances électorales – à droite en Flandres, à gauche en Wallonie – vont se maintenir et que, au vu de la composition des listes et des positions des présidents de partis, il y a fort à parier que très peu de changements se produiront à la table des négociations, du côté francophone. Les figures dominantes vont demeurer – à cette échéance-ci, en tous cas pour le PS, le CDH et Ecolo2. De manière générale, le poids des partis dans la composition des listes – et les différents verrous qu’ils imposent – est vivement  remis en question.

Bref. Étant donné les contraintes et le peu de marge de manoeuvre sur ce scrutin, et l’impéritie politique qui y a conduit (rappelez-vous, trois années de crise…), on est en droit de se demander quelles sont les alternatives électorales sur la table. Tout le monde sent, intuitivement, l’étroitesse des choix électoraux qui seront posés et de leurs répercutions, du côté francophone à tout le moins. Dès lors, si l’abstention n’est pas légale, elle n’en est sans doute pas moins légitime. Au regard des alternatives, c’est une option qui fait sens.

Lélecteur na vraiment pas le droit de sabstenir – lesoir.be.

  1. encore qu’elle soit hautement contestable, puisque prendre part au vote, c’est en creux admettre le fonctionnement du système – participer au jeu, c’est en accepter les règles – en ce compris tout ce qu’elles ont de verrouillages particratiques et de limites intrinsèques, démontrées à l’envi ces dernières années []
  2. à l’exception de l’hypothèse d’une défaite assez sévère du MR, qui pourrait conduire Didier Reynders à démissionner []
avr 302010
crédit: Reuters

crédit: Reuters

On lit partout l’interprétation selon laquelle Yves Leterme cède le leadership du CD&V. Cela tient à deux raisons. Primo, il l’a annoncé lui-même, en intronisant Marianne Thyssen. Secundo, il renonce à tirer la liste du CD&V au Sénat, ce fameux réservoir où il avait puisé ses célèbres 800.000 voix.

Personnellement, je ne suis pas sûr que ce soit si simple, je suis même persuadé du contraire, pour trois raisons. Primo, il a lui même annoncé qu’il comptait encore jouer un rôle politique de premier plan. Secundo, il va tirer la liste de sa circonscription: rappelons que tous les présidents de partis francophones en avaient fait de même en 2007. Il n’y a donc pas de règle fixe selon laquelle celui qui tire la liste dans sa circonscription cède le leadership, même de facto. Tertio, et c’est ma conclusion, c’est sans doute un accord win-win pour Leterme, qui préserve son parti tout en se donnant les chances maximales d’éviter une déconvenue politique personnelle.

Sur le plan de sa personne, en effet, Leterme a deux atouts majeurs à jouer les élections à venir « à domicile ». Le premier est qu’il sera impossible de comparer son score avec celui – exceptionnel – de 2007, à défaut d’une « assiette » comparable. Sans quoi, son résultat forcément inférieur ne pourrait que décevoir, et donc l’affaiblir. Le second atout de Leterme est son fort ancrage local. Il peut être boudé par les excités d’Anvers et d’ailleurs, voire par les fermiers du Limbourg, Leterme est l’homme d’un fief. Et son fief, c’est Ypres.

avr 282010

changeLes élections qui s’annoncent sont incompréhensibles et inacceptables. Pourtant, à toute chose malheur est bon, et cet épisode tragique de l’incontinence politique belge pourrait trouver – à moyen terme – une issue politique souhaitable.

D’abord, ces élections sont incompréhensibles. Elles ont été provoquées par une suite de posture, de provocations, de gesticulations, tout autant que par le vrai problème de fond qui divise profondément – la scission de BHV. Les enjeux de BHV sont importants, très importants, mais ils doivent être relativisés à l’aune de la taille de notre pays et de tous les autres problèmes inscrits à l’agenda politique.

Ces élections anticipées sont ensuite inacceptables. Le timing est désastreux par rapport à la Présidence de l’UE; impossible de faire preuve de volontariat ou d’initiative dans un contexte politique si précaire (tout au plus de la gestion). Un drame pour la Belgique dont le rôle moteur pour l’UE est crucial. Et puis, le coût est exorbitant par rapport aux bénéfices – du côté francophone, aucun bouleversement majeur des lignes n’est escompté. De manière plus générale, on voit franchement mal ce que ces élections vont modifier au paysage actuel, si ce n’est en pire. Il n’est pas inutile de rappeler que les appareils de partis verrouillent passablement bien la composition des listes et que différents mécanismes font que, grosso modo, ce sont les mêmes têtes que l’on retrouvera à la mi-juin.

alternanceToutefois, toutefois, à moyen terme, il y a une immense opportunité à saisir: celle de regrouper les élections à tous niveaux de pouvoir en 2014, à l’exclusion des collectivités locales. 2014, ce sont les élections régionales, communautaires et européennes. Une législature fédérale 2010-2014 nous conduit à la même échéance. D’ici là, il faut ajuster les élections fédérales à un terme de 5 ans, en concordance avec les échéances régionale, communautaire et européenne.

Quel serait le bénéfice d’un tel couplage? Il créerait la possibilité d’une alternance politique plus crédible. Sans renoncer au modèle proportionnel, qui est spécifique de la politique belge et qui conduit à des gouvernements de coalition, des élections couplées permettraient de clarifier considérablement le jeu politique. Finis, les enjeux interpénétrés (les campagnes électorales ne sont pas étanches à la répartition des pouvoirs). Finies, les coalitions asymétriques entre les niveaux de pouvoir.

La possibilité d’une plus grande alternance clarifierait les règles de jeu et, sans doute, conduirait à un affaiblissement des partis extrêmes du nord. L’hypothèse est plausible qu’une des raisons pour lesquelles NVA, Vlaams Belang et autre Lijst Dedecker remportent un grand succès est à chercher dans une certaine lassitude envers les partis traditionnels – CD&V, open-VLD et SPa. Dès lors, en mobilisant une meilleure alternance politique, ces partis seraient sans doute plus souvent appelés à rejoindre les bancs de l’opposition. Ils incarneraient alors une alternance plus crédible, la possibilité d’un vrai changement politique.

On le constate aussi au niveau wallon. Tous les partis démocratiques exercent des responsabilités dans l’un ou l’autre gouvernement. Comment, dans ces conditions, incarner le changement, la possibilité de faire de la politique d’une autre manière, de façon crédible? Comment pouvoir prétendre à « changer le centre de gravité », alors même que l’on forme des coalitions au pouvoir avec le partenaire que l’on dénonce?

Bref, ces élections de 2010, pour désastreuse qu’elles sont, doivent permettre de coupler les scrutins à partir de 2014. Ce serait un grand pas pour la démocratie belge.

juin 222009

La croisade populiste contre cette jeune députée qui n’a pas encore eu le moindre mot à dire au sein d’un hémicycle me fait vomir.

Quelqu’en soient les aboutissements (ou les impasses), l’image publique de la députée Özdemir, élue aussi démocratiquement que le permet notre système particratique, en sortira écornée. Cette agitation est parfaitement nauséabonde.

Nous vivons dans un régime des cultes tolérant et pluraliste – c’est une de ses principales caractéristiques – et la régression prônée par les ayatollahs d’un laïcisme débridé a de quoi laisser pantois.

A bon entendeur…

Plainte contre la députée Özdemir pour négationnisme – lesoir.be.

NB : quant au so-called « Comité de Vigilance Citoyenne », je ne sais pas ce qu’il cherche, mais si c’est à détruire le peu de crédibilité qu’aurait pu lui laisser le bénéfice du doute, c’est plutôt réussi. Qu’on m’explique à nouveau, s’il vous plaît, l’objet social de ce CVC, mis à part quelques interventions populistes de bas-étage! Quel est le but de leur intervention? Témoignent-ils de leur disponibilité pour le Grand Soir, lorsque se fera sentir le besoin d’engager une milice privée pour lutter contre les barbus?

juin 092009

image-1Sur le plan de la colorimétrie, c’est une insulte. Sur le plan des idées politiques, c’est plutôt une bonne chose qu’ECOLO et le CDH soient capables de s’entendre. Les deux partis ont un positionnement qui va un peu plus loin que le clivage matérialiste auxquels se réduisent parfois les deux mastodontes PS et MR.

En ce sens, ils peuvent exploiter des convergences pour monter ensemble une vrai projet d’alternative politique aux niveaux régional et communautaire, pas simplement une oscillation du même balancier, un peu plus à gauche, un peu plus à droite.

Bien entendu, il faut rester modeste : tout d’abord, ceci n’est vrai qu’aux échelons fédérés de l’État et se heurtera nécessairement au fonctionnement de l’État fédéral où, malgré les invectives sévères, PS et MR continuent de gouverner ensemble. Ensuite, ECOLO et le CDH auront en toute hypothèse affaire à un parti plus volumineux que chacune des composantes de leur association (qui par essence est précaire).

Reste donc l’alternative : la Jamaïquaine ou l’Olivier.

La première aura l’avantage d’inclure un MR qui joue le profil bas et la courbe rentrante et qui, numériquement, en impose moins que le PS. Cette option rendrait justice à Bruxelles. Pour autant, elle aurait l’inconvénient d’une forte incompatibilité de programmes (et, partant, d’électorat – ECOLO pourrait notamment perdre des plumes en s’alliant au MR). Nul n’ignore qu’ECOLO se positionne nettement à gauche et que la tendance marquée à gauche du CDH est actuellement prédominante au sein du parti.

La seconde possibilité, l’Olivier, aurait l’avantage d’intégrer le premier parti wallon, le PS, rendant in fine justice au verdict de l’électeur. En outre, les convergences programmatiques seraient probablement plus aisées à établir. Cependant, ECOLO et CDH, forts de leur nouvelle alliance, se trouveraient dans une position délicate par rapport à un partenaire écrasant (numériquement, politiquement et administrativement), le PS, qui ne donne aucun signe de modestie, malgré son résultat en baisse très nette, lors du scrutin.

Alors, la conclusion?

Sur le plan stratégique, le choix du MR semble indubitablement plus intéressant pour l’alliance « orange-verte », dans l’absolu. Sur le plan de la démocratie formelle (le verdict de l’électeur stricto sensu) et la convergence de programmes, le choix du PS comme troisième larron s’impose. Cette analyse sommaire ne livrera son dernier mot, cela dit, qu’en intégrant une multitude d’éléments de contexte qui feront pencher la balance dans un sens ou dans l’autre : les multiples affaires du PS et leur immodesites, les risques électoraux d’une alliance avec le MR, la composition du gouvernement fédéral, etc.

mai 282009

110_f_2857520_aqdapiastqefgmw2yqnahgqogydayqJ’ai le très net sentiment que ces invectives viriles entre les deux partis dominants que sont le PS et le MR visent, tout comme en 2007 par ailleurs, à alimenter une surenchère médiatique qui tend à bipolariser « l’offre politique ». Lorsque les deux ténors, le bleu et le rouge, s’affrontent sur le ring, il ne reste que peu de place aux petits poucets que sont (qu’ont pu être) ECOLO et le CDH.

C’est une stratégie de monopolisation des espaces médiatiques sensée profiter aux partis impliqués dans la bagarre, le PS et le MR. Cela a d’ailleurs pas trop mal fonctionné en 2007. Cette fois, cependant, la crise politique et la crise économique sont passées par là… On a le sentiment que l’enjeu, aujourd’hui, est de s’enfouir sous terre, de fuir les médias plutôt que de chercher à y figurer (à tout prix, peu importe le message délivré…).

Les « plus petits partis », qui cherchaient à « exister » médiatiquement face à leurs rivaux en 2007, la jouent nettement plus profil bas cette fois-ci. ECOLO se positionne bien en tant que futur arbitre des résultats du scrutin, et le cdH continue certes de marteler qu’il est au centre-contrairement-à-tous-les-autres, mais globalement on sent que la stratégie est davantage de laisser MR et PS filer au naufrage en tandem.

La presse ne s’y trompe d’ailleurs pas : son étonnant manque de lucidité sur les stratégies de bipolarisation de Reynders et de Di Rupo, en 2007, a cédé la place à une incrédulité quant aux invectives de rigueur, ainsi qu’à une prise de conscience de cette stratégie faites d’omerta et d’exclusions à l’égard du grrrrand rival. En outre, tout cela est également dû à la percée verte qui ne fait plus guère de doutes, même si l’ampleur reste à déterminer. Quand le succès annoncé d’ECOLO permet à ceux-ci de jouer dans « la cour des grands », même modestement, cela ruine en creux un discours qui viserait à ne maintenir dans cette « cour des grands » que les seuls PS et MR.

déc 272008

Noël 2008 marquera d’une pierre blanche l’histoire politique belge. Avec la chute de Leterme Ier suite au Fortisagte, c’est l’impéritie sèche et totale du gouvernement qui transparaît (une fois de plus) au grand jour. Fantoche, ce gouvernement n’a jamais été en mesure de faire illusion, de sa naissance branquignolesque à son euthanasie précoce. On annonce aujourd’hui un simple remaniement avant remise en selle de cette improbable “pentapartite” dont le seul objectif semble être d’éviter à tout prix un retour aux urnes précoce.

Finalement, le Roi a tenu un discours de bon sens cette année, insistant avant tout sur le contexte international, sur le nouvel ordre mondial au sein duquel la Belgique et ses petits conflits internes nagent à contre-courant. N’est-ce pas un magnifique auto-crime de lèse-majesté que d’admettre en creux l’insignifiance de la Belgique à l’échelle européenne et globale ?

Concrètement, où en sommes-nous ? Dans la plus stricte impasse.


Ce gouvernement complexe, multipolaire et pléthorique (23 ministres et secrétaires d’Etat, si mes calculs sur la photo du Soir de ce jour sont corrects) a presque mis plus longtemps à se former dans la douleur qu’à fonctionner. Même constitué, il fut parsemé d’opposition interne et de crises à répétition. Leterme et Reynders se sont bien tapé fort sur le ventre en s’auto-congratulant du sauvetage des banques, seule action vraiment palpable du gouvernement qui, ironie du sort, en fut aussi le fossoyeur indirect.

Pour nous résumer, d’une part nous avons une Belgique, petit pays qui s’inscrit, avec peu de moyens, dans un contexte global marqué par une crise financière d’ampleur sans précédent. D’autre part, nous avons un pays clairement hors d’état de fonctionner. La cause première en est très probablement le paysage institutionnel tout simplement ingérable, qui suppose un remodelage en profondeur, une véritable tabula rasa des institutions, sous peine d’aller droit à la scission. Un second facteur, dont il est difficile de déterminer la provenance, complique la situation : c’est le manque flagrant de charisme des élites politiques actuelles, lesquelles semblent privilégier le calcul, les opportunités stratégiques et les visées personnelles à une quelconque notion de bien commun, de confiance ou d’esprit constructif. On pourrait en effet soutenir que la génération politique actuelle ne forme pas précisément une classe soudée… A vrai dire, qu’il n’existe pas vraiment de génération politique actuelle.

Double contexte de crise radicale, donc, qui appelle à mon sens des réponses qui ne le sont pas moins. A problème grave, solutions inédites et fortes. Or, que constate-t-on ? Aussi bien en ce qui concerne la crise financière que la crise politique, on constate une grande indigence des moyens utilisés pour aller de l’avant.

Là où des réformes en profondeur, des changements structurels sont attendus, du vent. Du bricolage. Des rustines. Des mesures ponctuelles, immédiates, urgentes. En ce qui concerne le système financier, elles sont certes adoptées sans préjudice d’une réflexion sur l’avenir du système lui-même. Mais on en reste tout de même, à mon sens au stade du discours et de l’idéologie (”il faut réguler l’économie”). D’abord, je n’ai vu aucun acte concret visant à entériner toute réflexion de fond. Ensuite, la Belgique serait peut-être bien en peine d’imposer de telles mesures systémiques : que je sache, j’ai pourtant entendu fort peu d’appels en ce sens aux instances adéquates, européennes et mondiales (la Belgique n’a-t-elle pas siégé au Conseil de sécurité de l’ONU ?).

En ce qui concerne le système politique, navire à la dérive, c’est encore plus consternant car ce sont celles et ceux qui en composent le frêle esquif qui en dirigent également la barre. Aucun prétexte pour foncer droit au naufrage, donc, sauf le cas de volonté délibérée (ce qui relèverait d’un cynisme auquel je ne puis me résoudre). Comment se fait-il que, malgré la crise politique, institutionnelle et de leadership, aucune figure charismatique n’émerge pour remettre un peu d’ordre et forcer les mesures indispensables, déplaisent-elles au plus grand nombre ?

La première de ces mesures, à mon sens, est un grand rebattage des cartes électorales en 2009, ce que Wilfried Martens, probablement poussé par les équipes en place, a voulu éviter à tout prix. Je le maintiens : aller aux urnes en 2009 permettrait de dégager la Belgique de tout échéance électorale pendant une éternité politique (3 ans !), instaurerait de la symétrie entre les niveaux de pouvoir et permettrait une réflexion cohérente (parce que issue de coalitions semblables) et concertée sur l’indispensable réforme de l’Etat.

Ceux qui réfutent cette solution avancent qu’elle nuira à la stabilité de l’Etat, qui en a bien besoin en ces temps troublés, ainsi qu’en prédisant la montée des extrémismes de tout poil. Ceci est aisément falsifiable. En effet, la crise financière amène l’instabilité : c’est pourtant se leurrer de croire que le fédéral fonctionnera “comme si de rien n’était” en contexte électoral, régional et européen. L’imbrication des enjeux propres aux différents niveaux de pouvoir fait que le fédéral sera paralysé de facto, a fortiori au vu du bilan médiocre engrangé par lui jusqu’à présent, suite à sa pénible formation. Quel facteur permettrait d’imaginer la pentapartite rafistolée de partir sur les chapeaux de roue et d’engranger des résultats exceptionnels dans un contexte de campagne électorale ?

Deuxième contre-argument : si les élections de juin 2009 risquent bien d’être le théâtre de la montée des extrémismes ou du populisme, cela n’est pas une raison pour ne pas les organiser. Que je sache, exception faite de juin 2007, les extrémismes montent inéluctablement d’élection en élection, surtout au nord de la frontière. C’est un symptôme, pas une cause. Il faut en prendre son parti et en tirer les justes conséquences, qui ne peuvent consister, en aucun cas, à contourner ou éviter une échéance électorale…

Bref, la Belgique est à la croisée des chemins et a besoin, plus que jamais, d’une classe politique unie et visionnaire (enfin, rangée derrière une vision cohérente – car des visionnaires, il y en a au Nord du pays et, croyez-moi, vous ne les voudriez pas dans votre gouvernement). C’est à ce prix qu’il sera possible de répondre aux impératifs posés par la crise financière et politique. Cela ne se crée pas sur commande : il y faut un vote citoyen, une volonté de table rase et de reconstruire à neuf, sans tabous (sans tabous, j’ai dit !) ainsi que dans un état esprit tourné vers l’avenir. Et vite… !