« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ».
L’un des enjeux cruciaux du XXI° siècle sera incontestablement la fourniture d’énergie. L’importance des énergies renouvelables est sans cesse martelée et portée au pinacle des solutions de demain pour la souveraineté énergétique. On va jusqu’à leur prêter des vertus politiques, à ces énergies renouvelables – je reviendrai sur cette thématique, ici ou ailleurs.
Pourtant, contrairement à ce discours dominant – et rassurant, il n’existe à ce jour aucune solution miracle, stable et suffisamment fiable. Les énergies renouvelables ne comptent que pour un pourcentage marginal de la production énergétique totale. Les éoliennes exigent des conditions très particulières – raison pour laquelle de nombreuses plates-formes off-shore sont actuellement construites. Le potentiel hydraulique est plus que limité dans un pays aux dénivelés si faibles que la Belgique. Enfin, indubitablement, l’énergie solaire est la plus prometteuse mais, à ce jour, aucune solution ne permet de la capturer et de la stocker de manière satisfaisante. Les panneaux photovoltaïques, en particulier, présentent un bilan très lourd en termes d’énergie grise (leur production requiert des composants rares, des métaux lourds très polluants).
Bref, pas de panacée énergétique. Et la vidéo reproduite ci-dessous illustre à merveille ce que je souhaite exprimer ici; les énergies renouvelables contribueront, nul doute là-dessus, à notre avenir énergétique. Mais voici exactement ce qui se passerait si on venait à les développer de manière forcenée à titre de seule solution viable, si on remettait notre avenir énergétique en leurs seules mains: un bon vieux burn-out.
Video @ The Intersection.
Avoir l’énergie, c’est bien. C’est très bien, même. Plus personne en Belgique ne pourrait sans doute se passer d’un réseau de distribution du gaz et de l’électricité qui, dans l’ensemble, fonctionne formidablement bien.
Toutefois, j’apprends avec un plaisir non dissimulé que la voie est enfin débloquée pour avoir un médiateur de l’énergie pleinement opérationnel en Région wallonne. La situation de libéralisation du marché l’exigeait.
Récemment, j’ai connu des déboires avec mon fournisseur « alternatif » d’énergie qui, en l’occurrence, m’en a sans doute pompé plus (d’énergies) que ce qu’il m’en a fourni. À l’origine, une broutille (des problèmes avec le module de facturation informatique et un relevé d’index loupé pour cause de séjour longue durée à l’étranger).
La menace? Sans aucun rappel ni aucun avertissement de quelque sorte que ce soit, je me retrouve sommé d’acquitter des montants faramineux sous peine de pose – à mes frais – d’un compteur à budget par une société intercommunale, autrement dit une forme violente de déclassement social.

La suite, tout le monde ou presque la devine, ou la connaît; d’interminables files pour parler à des employés subalternes qui n’ont de toutes façons aucun pouvoir décisionnel (à part faire signer un contrat), d’innombrables coups de fils sur un numéro surtaxé, la frustration d’être confronté à des interlocuteurs chaque fois différents, à qui tout le dossier doit être réexpliqué… Ce n’est pas tout: des promesses (de type « je le fais tout de suite ») ou des mensonges (du type « nous l’avons fait il y a quelques jours » ou de type « tout va bien, la situation est sous contrôle ») accompagnent la danse. J’en passe et des meilleures, notamment les stress causés par des urgences largement évitables.
Le résultat: on finit par se plier de mauvaise grâce à l’impératif « payez d’abord, on verra ensuite ». On s’arrache les cheveux pour que les messages passent, d’abord entre les différents services du fournisseurs, puis du fournisseur au gestionnaire de réseau, puis entre les différents services du gestionnaire de réseau.
Bref, la médiation de l’énergie est plus que bienvenue, elle est essentielle dans un secteur libéralisé où le client (oubliez l’usager) n’évoque visiblement guère plus que son numéro de compteur. Et n’allez pas croire qu’il ne s’agit que des élucubrations d’un client frustré. Cela concerne, comme je le disais en introduction, des biens et des services fondamentaux qui doivent être assurés pour chaque citoyen dans un pays du niveau de bien-être de la Belgique.
C’est un vrai enjeu de démocratie : éviter les discriminations et la mise en oeuvre de logiques bureaucratiques implacables, incapables, sourdes et aveugles. J’ai la chance d’avoir une éducation juridique, du répondant avec mes correspondants, une compréhension suffisante de ce qui m’arrive et, surtout, les moyens financiers de me tirer d’un mauvais pas. Mais je ne suis que trop conscient que de nombreuses personnes ne remplissent pas ces conditions cumulatives, et certainement nécessaires…
En conclusion, saluons la venue annoncée du médiateur et la fin espérée d’une situation de déni de bon sens…
Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de mettre en évidence un décalage particulièrement important des paroles aux actes, au sujet de la construction de nouvelles centrales nucléaires. En d’autres termes, le présent billet ambitionne de placer un parti, le cdH, face à ses promesses électorales. L’on sait la vacuité desdites promesses et que ce n’est plus, depuis longtemps, à l’aune de celles-ci que l’on juge la qualité de l’action d’une parti…
Il n’empêche, les sorties médiatiques particulièrement désastreuses du ministre Antoine sur le sujet du nucléaire ne peuvent laisser indifférent. Ramasser une gamelle aux élections fédérales n’est pas un bon prétexte pour faire feu de tout bois (encore qu’on serait dans le registre de la biomasse) ! Petite dialectique contradictoire.
Le programme en vue des élections fédérales de 2007, p. 8 :
Programmer la sortie de l’énergie nucléaire était une bonne chose. Malheureusement, cette décision impliquait la mise en place d’un ambitieux plan de substitution de l’énergie nucléaire par des énergies « propres ».
André Antoine :
« Cela suffit de les laisser répandre leur illusion écologiste. Maintenant, on doit dire la vérité aux gens, même si ça ne va pas dans le sens du vent : nous ne pourrons pas sortir du nucléaire à partir de 2015, comme cela avait été promis sous l’arc-en-ciel il y a quelques années. Et non seulement nous ne pouvons pas, mais nous ne devons pas le faire. »
Qui ment? Le programme ou Antoine?
Le programme dit encore, p. 132 :
Le cdH propose d’adopter un plan ambitieux d’énergie alternatif à l’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon) poursuivant un objectif clair de -30% d’émissions de gaz à effet de serre en 2020 et -80% en 2050 articulé autour de la réduction de notre consommation d’énergie et du développement des énergies renouvelables, élaboré dans le cadre de la « Task force pour une alternative à l’énergie fossile », prévoyant des mécanismes contraignants, des évaluations, des étapes et objectifs intermédiaires.
Le ministre Antoine :
« Ecolo n’avance aucune base chiffrée quand il s’agit de substituer la capacité de production nucléaire par des unités de production d’énergie renouvelable, mais nous signalons que cela supposerait d’implanter 16.000 éoliennes en Belgique, soit une moyenne de 27 éoliennes par commune ! Vous imaginez : 27 éoliennes à Ixelles… » Il insiste : « En tenant compte des autres filières alternatives (biomasse, hydraulique, etc.), les mêmes études montrent qu’au total, tout cela représenterait au maximum un sixième de la production électrique assurée par le nucléaire aujourd’hui. Or, la consommation d’électricité est en augmentation : de 88,8 % entre 1979 et 2006″.
C’est ça la Task Force ?
Le programme, p. 132 toujours :
A cet égard, l’absence de stratégie énergétique en Belgique, imputable au gouvernement fédéral, a introduit une forte incertitude, comme en témoigne le retour à l’avant-plan du débat sur l’énergie nucléaire, malgré l’adoption de la loi de sortie en 2003. (…) La Belgique doit sortir en priorité de sa dépendance aux énergies fossiles. Elle doit, également, sortir de l’énergie nucléaire.
La conclusion d’Antoine sur le dossier du nucléaire :
« C’est quand même autre chose que l’impasse idéologique d’Ecolo ».
Ma conclusion personnelle : l’impasse idéologique, elle réside dans les promesses à tout crin que l’on ne tient pas. Sortir du nucléaire aujourd’hui demande un investissement massif et unidirectionnel dans les énergies alternatives et – n’en déplaise à M. Antoine – dans la réduction drastique de la consommation. C’est tout. Vouloir poursuivre le nucléaire ne nécessite pas de courage politique. Ce n’est pas « impopulaire » : ce qui l’est, c’est de rationner l’énergie disponible, d’implanter des parcs d’éoliennes ou de mettre le hola sur l’illusion photovoltaïque (les panneaux solaires ne vont pas résoudre tous les problèmes énergétiques, loin s’en faut). Bref, le courage politique, en matière énergétique, c’est d’éviter la procrastination.
NB : la Belgique compte 7 réacteurs nucléaires (contre 1 aux Pays-Bas, 0 en Italie ou au Portugal, par exemple), ce qui est proportionnellement une des densités les plus fortes au monde.
NB2 : lire également ceci sur le site d’André Antoine.
UPDATE : à lire cet indispensable complément d’information (David Leloup, journaliste Imagine).
UPDATE 5/11 : Daras passe les « Schtroumpfs oranges » à la sulfateuse
« Ecolo n’avance aucune base chiffrée quand il s’agit de substituer la capacité de production nucléaire par des unités de production d’énergie renouvelable, mais nous signalons que cela supposerait d’implanter 16.000 éoliennes en Belgique, soit une moyenne de 27 éoliennes par commune ! Vous imaginez : 27 éoliennes à Ixelles… » Il insiste : « En tenant compte des autres filières alternatives (biomasse, hydraulique, etc.), les mêmes études montrent qu’au total, tout cela représenterait au maximum un sixième de la production électrique assurée par le nucléaire aujourd’hui. Or, la consommation d’électricité est en augmentation : de 88,8 % entre 1979 et 2006″.

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