David Coppi, journaliste du Soir, signe ce jour un article intitulé : « Le PS en reprend pour une campagne d’enfer ». Rebaptisé plus sobrement « L’affaire Donfut tétanise le PS » dans l’édition en ligne, cet article se subdivise substantifiquement en trois parties :
1. Victimisation du PS : le pauvre parti socialiste subit un nouveau coup dur, à l’approche du scrutin régional. Quelle gigne! Auront-ils les épaules suffisantes pour encaisser ce choc de plus? À en croire le papier, d’une part le PS serait à plaindre de cette affaire, et d’autre part la démission du ministre ne serait due qu’aux circonstances, « l’option ‘démission’ a été jugée la seule praticale politiquement ‘compte tenu du contexte politique général’ (la citation est d’Élio di Rupo) ». Autrement dit, si l’on daigne faire abstraction du contexte, la démission n’est pas justifiée en tant que telle.
2. Glorification du PS : mais, dans l’adversité, contre les coups du sorts, la rose plie mais ne rompt point. Mieux, elle se redresse et, contre toute attente, se hisse et porte haut les couleurs de l’éthique ; le PS brandit à nouveau fièrement le drapeau de la bonne gouvernance, exigeant la totale interdiction de toute autre activité (publique ou privée) dans le chef d’un ministre. « Les plus belles contre-attaques sont les plus désespérées« , peut-on lire dans l’article de David Coppi. La flamboyance du geste n’aura échapé à personne.
3. Diabolisation des adversaires : le PS, noble, a su rester droit pour lutter contre cet énième coup du sort. Et pourtant, pourtant, ses adversaires profitent de l’occasion pour tirer sur l’ambulance, pour dégainer le sabre ; sans nul doute, on vise la tête. Le cdH met la pression et vitriole le ministre démissionnaire : « c’est la guerre, de bonne guerre…« . Le lecteur attentif aura senti la charge de lassitude dont sont dotés ces derniers points de suspension, on croirait entendre M. Coppi soupirer. Cela dit, attention ; le cdH, c’est encore de la petite bière, le « partenaire du PS à Namur« . Non, le vrai méchant, le grand loup, le sanglant viking, c’est bien sûr le MR. M. Coppi introduit sa charge par des propos anonymes minimisant les rémunérations du Ministre Donfut au regard des milliards investis dans la crise économique (une bien foireuse analogie, ma foi). L’on sait que l’axe programmatique du PS revient à mettre la crise économique sur le dos des libéraux ; c’est donc leur prêter foi que de publier ce commentaire étrange et malvenu. Sur ces entrefaits, l’article se conclut de bien belle manière en démontrant à quel point c’est le méchant MR qui a tout orchestré, sur base de l’heure de publication de leur communiqué de presse.
Bref, un exemple typique d’article mal équilibré et qui ne restitue à l’évidence qu’une thèse en présence, l’autre thèse étant bien sûr qu’il appartenait au PS de faire le ménage dans ses rangs, qu’il fallait redoubler de vigilance et s’engager de manière volontariste dans la voie de l’éthique politique, sous peine d’assister, impuissant, à des scandales médiatiques. Finalement, pour équilibre le papier de M. Coppi, il faudra lire l’édito, « Le PS ne doit s’en prendre qu’à lui-même« .
Ma vision naïve du journalisme me fait dire qu’un bon article doit être équilibré et faire place aux thèses en présence ; montrer que les socialistes dénoncent une manoeuvre électoraliste (ce qui est manifestement exact), et le faire clairement ; montrer que les autres partis s’engouffrent dans la brêche de la mal-gouvernance (et pourquoi pas les confronter à leurs contradictions, ce faisant) ; montrer enfin que le comportement du ministre était tout simplement inacceptable sur le plan de l’éthique politique. Parce que ce dernier point est tout simplement absent de l’article de M. Coppi ; les actes du ministre, qui sont centraux dans cette problématique, ne sont même pas évoqués… Il existe bien sûr une alternative, qui consiste à photocopier la carte de parti de l’auteur en guise de signature.
L’entrée en campagne de Rudy Aernoudt, en vue des élections régionales de 2009, a causé un émoi certain en Région wallonne. Jusqu’ici, il était perçu comme le grand redresseur de torts de la Région flamande, ce dont les Wallons en général lui savaient le plus grand gré. Avec l’annonce de son programme, qui consiste à remédier aux maux de la politisation et du chomage, Aernoudt a soudainement suscité une fronde réunissant tous ceux qui estiment qu’il devrait cantonner son discours critiques à nos amis du nord.
Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Le Soir qualifie hâtivement Aernoudt de « populiste », ayant convié autour d’une même table, dans une démarche dont la noblesse reste à démontrer, ledit Aernoudt et Jean-Marie Dedecker, annonçant un débat entre deux « populistes ». Toutefois, à en croire l’édito du Soir, « le populisme wallon sera propre et éthique ». Faut-il en déduire, par analogie, que le populisme flamand est sale et immoral?
Voici où je veux en venir : quelques soient les retournements d’attitude face à Aernoudt, et indépendamment de sa ligne politique (que je ne partage franchement pas des masses), à quoi correspond cette épithète nébuleuse de « populiste », que l’on accole selon l’humeur du chef ? Qu’est-ce qu’un « populiste » ? L’acception générale du terme est sans conteste négative, si l’on se réfère aux cas Pim Fortuyn ou Jorg Haïder.
Toutefois, Diederick semble penser, comme je l’avais évoqué ici, que le « populisme » – selon la tambouille usuelle faite avec ce terme – présente pour mérite de rendre le discours politique plus largement accessible. En simplifiant les enjeux, ceux-ci deviennent lisibles et, de ce fait, susceptibles d’être débattus. À outrance, diront certains, peut-être à bon droit ; mais la simplification est-elle systématiquement incompatible avec la nuance ?
Et si, finalement, le terme « populiste » ne voulait rien dire ? C’est l’impression qui me reste avec le plus de persistance. Sous cette appellation « fourre-tout », on trouve le meilleur comme le pire, toujours avec un préjugé péjoratif. J’attends avec une ferme impatience que l’on m’édicte les critères du populisme et que l’on me désigne l’autorité (fut-elle médiatique) la plus compétente pour en juger…
Didier Reynders lance la campagne électorale en donnant uppercut (le « mal wallon » ou « la Wallonie au cœur du mal belge« ) sur uppercut (« je suis disponible pour Namur« ).
L’Empereur contre-attaque : on va parler social, économique, écologique et… « dans les salons ». Le lieu nouveau de la lutte des classes est ainsi défini : on se battra « dans les salons ». C’est la prochaine marotte de notre As de la comm’, Elio di Rupo, qui nous déclare, dans une interview au Soir, à zéro question d’intervalle (autrement dit coup sur coup) :
Le président du Parti socialiste [Lui-Même!, nda] est toujours fâché de voir des gens qui gagnent jusqu’au-delà du million d’euros se réunir dans les salons et déclarer que, bien entendu, les autres doivent se serrer la ceinture ! Et que la Sécu ça coûte cher ! Ou que les chômeurs sont des fainéants assistés ! Tout ça, c’est de l’idéologie de droite.
La seconde citation est issue du même registre et le bon vieux salon y tient encore la vedette :
On ne va quand même pas me demander de plonger une partie de nos concitoyens dans la misère parce que, dans des salons, entre un morceau de foie gras et un verre de champagne, on considère qu’il y a trop d’assistés ! C’est juste le contraire.
Bien, vous constatez comme dans quel jus nous sommes partis pour mariner jusqu’en 2009, et je vous fiche mon billet qu’il va en pleuvoir dans tous les sens, tout à l’heure, sur les plateaux télé dominicaux. La campagne est partie et sera, en francophonie, résolument « socioéconomique » (vous savez, le grand-amalgame-qui-vous-parle-de-tout-sauf-d’institutionnel).
À la recherche de vieux sujets poussiéreux, je suis tombé sur un de ces bons vieux articles archivés par Le Soir. Jusqu’à présent, en vertu d’une politique de l’information complètement rétrograde, l’accès à ces archives avait été rendu payant.
Désormais, elles sont gratuites. Où plutôt, elles ne représentent plus qu’un coût dérivé, puisque dorénavant un enregistrement est requis. Il était temps ! À titre d’exemple, j’achevais très récemment un travail universitaire pour lequel les sources citées avant 2007 étaient essentiellement empruntées à La Libre. C’est avant tout une histoire de simplicité et de rapidité à l’ère du trop d’information.
Sur la gratuité de l’information, lire cet article.



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