La Constitution, c’est la norme fondamentale d’un pays1. C’est celle qui structure tout le droit, qui sert de base et d’arbitre à tous les documents légaux. En fait, il existe toute une série d’instruments juridiques, et ils ne sont pas tous de même « valeur ». C’est la hiérarchie des normes.
Devinez quoi? Au sommet, tout en haut, on trouve la Constitution.
On comprend bien que c’est fondateur, une Constitution. C’est le socle de l’État. C’est un document qui doit être stable, dans son texte, tout en étant souple2. En principe, on ne devrait pas le modifier sans cesse et, moins encore, y inscrire des compromis politiques compliqués.
C’est pourtant ce qui se produit, puisque le gouvernement et le parlement contournent l’esprit de ce qu’on appelle la « procédure de révision », c’est-à-dire le mode d’emploi qui permet de modifier le texte de la Constitution. En gros, ils s’arrangent depuis plusieurs décennies à pouvoir la modifier quand ça leur chante, au gré des humeurs politiques3.
Cela conduit à déprécier la puissance normative de la Constitution. À tel point qu’on en vienne à proférer des énormités telles que « légales, mais contre la Constitution », il y a un gouffre que, franchement, il vaut mieux ne pas franchir4.
« Le scrutin est légal mais contre la Constitution » – lesoir.be.

crédit: Reuters
On lit partout l’interprétation selon laquelle Yves Leterme cède le leadership du CD&V. Cela tient à deux raisons. Primo, il l’a annoncé lui-même, en intronisant Marianne Thyssen. Secundo, il renonce à tirer la liste du CD&V au Sénat, ce fameux réservoir où il avait puisé ses célèbres 800.000 voix.
Personnellement, je ne suis pas sûr que ce soit si simple, je suis même persuadé du contraire, pour trois raisons. Primo, il a lui même annoncé qu’il comptait encore jouer un rôle politique de premier plan. Secundo, il va tirer la liste de sa circonscription: rappelons que tous les présidents de partis francophones en avaient fait de même en 2007. Il n’y a donc pas de règle fixe selon laquelle celui qui tire la liste dans sa circonscription cède le leadership, même de facto. Tertio, et c’est ma conclusion, c’est sans doute un accord win-win pour Leterme, qui préserve son parti tout en se donnant les chances maximales d’éviter une déconvenue politique personnelle.
Sur le plan de sa personne, en effet, Leterme a deux atouts majeurs à jouer les élections à venir « à domicile ». Le premier est qu’il sera impossible de comparer son score avec celui – exceptionnel – de 2007, à défaut d’une « assiette » comparable. Sans quoi, son résultat forcément inférieur ne pourrait que décevoir, et donc l’affaiblir. Le second atout de Leterme est son fort ancrage local. Il peut être boudé par les excités d’Anvers et d’ailleurs, voire par les fermiers du Limbourg, Leterme est l’homme d’un fief. Et son fief, c’est Ypres.

Impossible de le louper: le Premier ministre, Yves Leterme, vient d’entamer une offensive politique de grande ampleur. Il arrive avec un plan stratégique, une vision politique pour la Belgique à l’horizon 2020.
On ne peut que se féliciter qu’enfin, un homme politique de ce pays élève le niveau du débat politique et l’extirpe des ornières communautaires, voire sous-régionalistes, dans lesquelles il s’embourbe trop souvent.
Suis-je d’accord avec cette stratégie? On s’en fout, là n’est pas la question. L’important est que cet espace de débat ait été ouvert, et je me réjouis d’entendre les réactions qui ne manqueront pas d’abonder de la part des partenaires de la majorité, comme de l’opposition.
Les médias, véritables girouettes de papier lorsqu’il s’agit d’Yves Leterme, portent cette fois le Premier au pinacle du volontarisme politique, saluent son rôle de fer de lance dans le redéploiement de la Belgique.
À mon sens, ils ont cette fois entièrement raison, pour trois motifs.
Premièrement, le plan d’Yves Leterme contient un axe programmatique fort: relancer la croissance économique pour protéger et stimuler l’emploi. On peut discuter cette proposition sur le fond, et c’est justement là son intérêt. En effet, le Premier nous avait habitués à être plus évasif sur le fond, et à truffer ses interventions médiatiques de formule creuses, répétées jusqu’à la caricature, telles que « avec les collègues du gouvernement, nous prendrons nos responsabilités », ou encore « nous travaillons pour trouver des solutions ». Donc, un débat de fond hors-période électorale. Premier bon point.
Deuxièmement, la tactique stratégique de Leterme fait incontestablement mouche. En mars dernier, la Commission européenne a proposé un plan pour l’Europe, intitulé « Europe 2020″. Le Conseil européen doit statuer sur ce plan la semaine prochaine. Il est difficile de ne pas voir dans le plan « Belgique 2020″ un alter ego national de cette stratégie européenne. En rejoignant ce débat, non seulement le Premier ministre permet la – nécessaire – intégration des enjeux nationaux (belges) et européens, très explicitement assumée et soutenue, mais il profite en outre du momentum médiatique et politique crée autour de cette échéance stratégique, 2020.
Troisièmement, Yves Leterme consulte largement et tente de rassembler les gouvernements des entités fédérées, autrement dit de rassembler un large consensus autour de sa stratégie. C’est en réalité une opérationalisation de son concept de « fédéralisme de coopération ». Au delà de ce slogan, avancé par le Premier depuis janvier, il s’agit donc d’un véritable mode opératoire, très concret. Dans un pays où la logique est plutôt « centrifuge », tend à la séparation plutôt qu’aux initiatives qui rassemblent, ce n’était pas gagné d’avance.
Triple coup de chapeau, donc. C’est assez rare que pour qu’on le souligne.
On l’aura attendu longtemps, plus longtemps encore que le Beaujolais, notre Leterme nouveau. Rappelez-vous; c’était en 2007 et le triomphe politique avait tourné à la gabegie pour un Premier ministre éphémère, peu aidé, il faut le reconnaître, par une presse francophone assassine.
Aujourd’hui, Leterme a obtenu une seconde chance, très largement soutenue par l’ensemble des partis au gouvernement, pour les raisons que l’on sait. Du coup, tout le monde s’est perdu en conjectures: allions-nous enfin avoir la chance de faire la connaissance avec l’Homme Nouveau? Du côté des partenaires gouvernementaux, l’écho était unanime: Leterme était un homme responsable qui avait certainement appris de ses erreurs passées.
Ils avaient raison, les bougres, et plutôt deux fois qu’une!
La mine cajoleuse, Leterme fait sa rentrée fracassante sur tous les médias francophones, débordant d’onctuosité et d’amabilité envers les francophones – qui sont très susceptibles. Je plaisante bien sûr; à sa manière plutôt protestante rigoriste, notre Premier fait toutefois de très importantes déclarations d’ouverture au regard du débat institutionnel qui s’annonce. Dégel en perspective?
Tout d’abord, cher Vrebos à RTL, il donne une interprétation inédite du fameux arrêt de la Cour d’arbitrage qui concerne BHV; en substance, s’il faut résoudre le problème, dit-il, la solution peut prendre d’autres formes que la scission de l’arrondissement. Plus récemment encore, dans La Libre, il va carrément plus loin, en soutenant la formule d’un « fédéralisme de coopération ». Il faut bien se rendre compte qu’entre cette idée et celle d’un confédéralisme au sein d’un État-fédéral coquille vide, il y a beaucoup de marge!
Bref, le message est là sur le fond: le Premier a changé, Leterme veut vous aider. Il ne reste donc plus qu’à faire passer ce message sur la forme, maintenant. Car, pour le surplus, la communication est toujours un peu sèche. On a le sentiment que Leterme vient passer son message, rien que son message, et puis ferme la porte à toute maladresse ou à toute confusion en ne répondant plus aux questions.
Quand on lui demande comment restaurer la confiance de l’opinion envers le gouvernement, il répond un stéréotype, du style « c’est en travaillant à trouver des solutions aux problèmes des gens« . C’est encore plus frappant dans La Libre. J’ignore comment l’interview a été retranscrite, mais en matière institutionnelle, Leterme répond amplement et de manière circonstanciée à la première question, à la suite de quoi il ferme purement et simplement le robinet…
Bref, une communication un tantinet plus spontanée serait sans doute charmant. Mais il ne faut pas bouder son plaisir: Leterme a donné du fond et du coffre à son projet politique pour la Belgique. Félicitons-le d’avoir tiré des leçons du passé, de démontrer de l’ouverture et d’esquisser un projet politique pour la Belgique.
Plus dure sera la chute…
Information d’une grande importance relayée ce matin par Charles Bricman. Selon un dossier constitué par De Standaard, les carottes seraient cuites pour Leterme Ier. Lui-même serait en train de jeter l’éponge. Les États majors de certains partis seraint mobilisés en vue d’élections anticipées.
Jusqu’à preuve du contraire, on discerne de plus en plus mal quelles solutions de rechange existent encore. Peut-être une campagne anticipée (couplée avec les régionales ?) permettrait-elle de dégager une majorité plus claire ?
Cela dit, les sondages prédisent une montée du cdH et d’Ecolo, combinée à un déclin du MR et du PS. Si ces chiffres devaient être vérifiées, il y aurait au niveau francophone convergence des quatre partis vers un score similaire. Pas évident pour dégager une majorité nette…
Leterme rejoint Bétancourt à Bogota.
Et pourquoi pas après tout? Elle sera sûrement ravie d’avoir de la visite après sa famille et tout le Gouvernement français.
Et puis, c’est sur le chemin de Pékin…
Puis-je suggérer au Gouvernement belge de suivre son leader incontesté dans son exil all-in ?
L’inénarrable Diederick Legrain sort une vidéo dont il a le secret sur Richard Fournaux, Bourgmestre de Dinant de son État. Ce Richard Fournaux est quand même à mourir de rire… Yves Leterme himself lui rend visite ce jour, et c’est à un véritable marathon promotionnel que notre Premier Ministre sera convié. Disons qu’il y a là un côté de la politique belge nettement plus sympathique que ces mornes négociations à rallonge dont plus personne ne suit le fil depuis longtemps…
La vidéo
Le direct de RTL est encore tiède qu’on a cessé de rire depuis longtemps. La blague, saumâtre, s’avère une fois encore de mauvais goût. En matière de débat politique, c’est une énième ficelle improbable qui est survenue – je l’avais prédit dans mon article précédent. C’est Van Rompuy qui a du mettre de l’ordre à la place d’Yves Leterme. Comme c’est son rôle de Président de la Chambre, il a fait adopter un ordre du jour. Il a proposé avec succès de donner la priorité à la loi-programme et au budget, et de postposer le point BHV.
Celui-ci refera surface dans les débats à très court terme. En outre, la crise éclate de plus en plus ouvertement au sein du CD&V, puisque le Président de la Chambre, en faisant adopter un ordre du jour sans BHV, se range du côté du Premier ministre mais contre le chef du groupe parlementaire CD&V à la Chambre.
Mes aïeux, quel capharnaüm! Et pour quoi faire? Il y a la frustration flamande des blocages francophones, et il y a les gifles flamandes arguées par les francophones. Mais quand une issue rationnelle à cette histoire, qui a cessé depuis longtemps d’être signifiante pour les citoyens, sera-t-elle enfin trouvée? Difficile de manifester aujourd’hui autre chose que du désarroi devant tant d’obtusion intellectuelle et politique.


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