fév 172010

Chief_seattleCe petit texte, trouvé récemment sur le site de l’A.S.B.L Grappe, m’a beaucoup touché. Il décrit un rapport de l’homme à la nature fondé, au fond, sur la vertu d’humilité. Cette vertu conduit, par modestie plutôt que par superstition, à conférer au monde qui nous entoure une dimension sacrée. Celle-là même qui est foulée du pied, bien trop souvent, par les développements galopants d’une civilisation technicienne, fondée sur la démesure et l’excès. Aujourd’hui, un certain point de non-retour a été atteint, par rapport à l’état d’harmonie qui a pu prévaloir, jadis, entre l’homme et son environnement. Trop de décennies ont eu l’effet de séparer radicalement ces deux entités, pourtant si étroitement imbriquées l’une dans l’autre. Toutefois, au quotidien, il est bon de se rappeler ce genre de textes, au moment de poser des actes concrets, qui influent un tant soit peu sur le cours des événements et permettent, fut-ce subrepticement, de renouer avec un peu de cette symbiose perdue…

C’est l’homme qui appartient à la terre et non l’inverse

Réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d’abandonner sa terre aux blancs et promettait une  » réserve  » pour le peuple indien.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?

L’idée nous paraît étrange.

Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous.

Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères.

Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme – tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons, donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres.

Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.

Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-petre est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y-a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas.

L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle – la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir.

Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait.

Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?

Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit.

Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l’homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.

Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour – c’est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.

Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu.

***

Le texte provient du site de l’A.S.B.L. Grappe, merci à eux pour cette petite trouvaille.

L’image, comme presque toutes celles publiées sur Périscope, provient de Wikimédia Commons.

Pour l’anecdote, le Chief Seattle est celui-là même qui a donné son nom à la ville Seattle, dans l’état de Washington, aux USA.

fév 082009

Dimanche 8 février – Whole Foods
20 h 15
Je commence cette page à 20h15, autrement dit à «2015», ce qui me rappelle que, dans deux semaines, se tient la consultation populaire. J’espère qu’on en parle, que vous irez voter et que vous incitez vos proches à se déplacer le 22 février. C’est important.

Hier, nous sommes allés, avec Anne, faire nos emplettes alimentaires au Whole Foods. Ceux qui nous connaissent savent que nous sommes attentifs à nos modes de vie et de consommation alimentaires.

D’une part, je me suis découvert d’importantes intolérances aux oeufs et au gluten, qui occasionnaient inflammations des voies respiratoires, asthme ou encore fatigues chroniques. Pendant six mois, je me «prive» donc de consommer tout produit contenant ces substances – présentes dans à peu près tout produit industriel. Mais ceci est à titre personnel.

D’autre part, plus généralement, Anne et moi privilégions trois critères, lors de l’achat de produits alimentaires. Un, acheter «bio». «Bio» n’est pas qu’un slogan, cela signifie concrètement que le bien alimentaire a été produit sans l’aide de pesticides, adjuvants chimiques ou OGM, et respecte aussi bien l’environnement que la santé. Deux, des produits locaux. Il est bien beau de manger «bio» si les produits ont parcouru la terre entière dans les trois sens (haut, bas, diagonales), aller-retour! Donc, il convient d’éviter au maximum les flatteries exotiques. Cela résout également la question du commerce équitable, étant supposé qu’aucun travailleur agricole n’est vraiment exploité en Région wallonne (à vérifier…). Trois, des produits simples et de saison. Concrètement, cela implique de préférer les fruits et légumes frais aux préparations industrielles en tous genres, et d’opter pour un régime basé sur ces derniers, avec des féculents et protéines en compléments. Enfin, comme le veut un probable futur adage, «en hiver les fraises tu éviteras». De toutes façons, elles sont fades et insipides à cette saison.

Comment est-il possible de vivre notre régime alimentaire, tel que les bases viennent d’en être ainsi posées, aux États-Unis? Quelques recherches nous ont conduit à la chaîne de grands magasins «Whole Foods», présente en cinq exemplaires dans Phoenix et son agglomération.

Alors, quid de ces bio supermakets? Hé bien, le bilan est contrasté. La première fois que j’ai pénétré dans un Whole Foods, je me suis senti comme Alice au Pays des Merveilles. À ma droite, des cascades de fruits et légumes frais, bios, produits localement pour la plupart et aux couleurs vives et appétissantes. À ma gauche, des déluges de féculents, riz, fèves, quinoa, lentilles, ou mélanges divers aux tons les plus exquis et exotiques (corail, vert, noir, etc.).

Dimanche 8 février – Whole Foods (bis)
20 h 40

Le Whole Foods, ça ressemble à ces photos. Vraiment. Ni allégoriquement, ni de manière édulcorée. C’est vraiment comme cela.

Le côté positif, c’est le choix. Pour chaque produit qui se trouve là, il est possible d’opter pour un bien qui maximise les critères énoncés à la page précédente, lorsqu’il ne les remplit pas tous. Ainsi, des variantes bios, équitables, locales, simples et de saisons existent pour bon nombre de produits, ce qui est parfois franchement ardu à trouver en Belgique. Honnêtement, il faut y mettre un petit peu le prix, au regard de produits similaires qui ne répondent pas à ces divers critères. Mais, d’un côté, cela reste tout à fait raisonnable et, d’un autre côté, s’agissant de produits alimentaires de base, à faibles coûts (fruits & légumes, féculents principalement), la différence de prix n’est pas franchement marquée. En revanche, consommer autant de protéines (le gros steak chaque soir) ou de produits «complexes» (céréales industrielles le matin, plats préparés, etc.) qu’un régime alimentaire occidental d’après-golden sixties «classique», coûterait nettement plus cher.

Concernant le pain, que me proscrit mon régime sans gluten, je le remplace avantageusement, ici, par des tortillas de maïs – que j’accompagne, au déjeuner, de mon pêché mignon, le beurre de cacahouètes (un-sweetened – non sucré), de sirop d’érable ou de confitures. La tortilla se prête cependant à tous types de repas et s’est, ma foi, accommodée à merveille, ce soir, d’aubergines revenues à l’huile de tournesol et à l’ail.

Le côté négatif, c’est également le choix. Le consommateur est mis en première ligne ici, et ce qui importe est qu’il puisse trouver le produit de sa convenance, en termes de goûts et de prix. Cela implique une pléthore de rayons, garnis chacun d’une pléthore de produits.

Énormément de produits sont malgré tout transformés industriellement, ce qui est contraire à l’esprit du «bio» tel que vécu par Anne et moi ; chips, plats préparés, biscuits et autres crasses en tous genres, etc. Bien souvent, ce sont également ces produits qui, bien que bios, sont emballés dans du plastique pas-du-tout-renouvelable, lorsqu’ils ne sont pas sur-emballés. De manière générale, la garantie proposée par Whole Foods quant à ses produits n’est pas absolue, et la frontière est parfois ténue entre «organic» (bio), «natural», «good for health», «good for nature», etc. Autrement dit, entre les «bons» produits (au regard de nos critères) et les produits «bien marketés» (avec des vrais morceaux de slogans et de publicité dedans! – on appelle ce phénomène le GreenWashing).

Bref, les Whole Foods sont une structure géniale mais encore «trop belle» pour être vraie, trop liée à une consommation massive et au monde industriel que pour être authentiquement «durable» et «responsable», à notre sens. Toutefois, on n’y boude pas son plaisir et, pour peu que l’on y exerce une saine vigilance, on y trouve de quoi faire son bonheur et, simultanément, celui du monde qui nous entoure!

16_08 feb_Whole Foods