jan 242010

Imaginons un passager du transport ferroviaire qui souhaite obtenir des horaires et les tarifs d’une liaison internationale.

Jadis, la SNCB disposait d’un site internet plutôt bien foutu, d’un personnel agréable et joignable par téléphone, quelque soit la gare où il était employé. Renseignements et informations étaient délivrés rubis sur ongle à l’usager satisfait (non, non, je n’idéalise rien!).

Aujourd’hui, la même SNCB a fondamentalement revu ses politiques d’informations de sa désormais « clientèle ». Le site web, quoique toujours mille fois préférable à celui de la SNCF, est devenu totalement impraticable. Les modules sont en proie à des vices de programmation rédhibitoires, et ne délivrent en aucun cas les informations tarifaires.

Toutes les lignes téléphoniques sont centralisées dans un call-center parfaitement inopérant; notre passager se trouve sommé de préciser quel type de train il souhaite réserver avant d’obtenir un opérateur. Il n’en sait fichtre rien, lui qui appelait justement pour obtenir une réponse à cette question-là. Comble du comble, le voilà sommé de fournir séance tenante son numéro de carte de crédit avant d’être mis en communication.

Il reste l’option du guichet. À Liège, il n’y a plus guère que la gare des Guillemins qui centralise un guichet « international » auprès duquel il soit possible d’obtenir les renseignements et informations souhaités. Bien sûr, malgré la grande amabilité du personnel, ce guichet est pris d’assaut par une populace d’autant plus nombreuse que les systèmes de substitution sont défaillants…

Bref, à la SNCB, le client est roi, pourvu qu’il soit garni de pécunes. Finalement, ne vaut-il pas mieux être un usager, sujet du service public, plutôt qu’un client, roi fantoche d’un douteux mercantilisme?

juil 052008

La carte d’identité électronique est un échec patent, imposé à tous les Belges en dépit de tout bon sens élémentaire. En effet, ce gadget électoral s’est mué en ineptie technologique et laisse perplexe la plupart des usagers. Inutile de le préciser, la plus-value technologique est nulle, faute d’une adresse écrite concrètement sur la carte et/ou faute d’équipement des structures publiques, qui sont loin de posséder le lecteur de cartes ad hoc, en ce compris en Belgique. Résultat : ce fameux papier A4 certifié par les services communaux, qui est la risée du bon peuple. De ce point de vue, c’est carrément de moins-value technologique dont il est question.

Exemple savoureux : une amie proche en séjour à Londres devait faire la preuve de son adresse, par un papier officiel, afin de pénétrer dans le sanctuaire de la British Library (The World’s Knowledge) – dans lequel elle menait des recherches sur des manuscrits enluminés du XII° siècle, soit dit en passant. N’ayant jamais reçu le fameux papier de la commune, elle était incapable de présenter un papier officiel mentionnant son adresse. Allant solliciter, comme de bon droit, le concours du consulat, elle se vit rétorquer avec la dernière sécheresse que « on ne lit pas ces choses-là, ici« .

Cher lecteur, rends-toi compte ! Non seulement ce gadget inutile, voire dangereux (en terme de protection de la vie privée) est très loin de l’efficience intra muros, mais il est de plus totalement inopérant dès que l’on sort des frontières étriquées du petit Royaume ! À Londres, métropole européenne située à 2h de train de Bruxelles, le consulat belge (dont la mission consiste en un appui aux citoyens belges dans les matières civiles)  n’est même pas équipée !

Faut-il lire ici un plaidoyer contre les cartes électroniques ?

Non pas. Une autre carte, quant à elle, malgré son utilité voire sa nécessité, se fait désirer. La carte « hypermobile » (qu’Ecolo appelait de ses vœux aux dernières élections), à savoir la carte de la multimodalité et de l’intermodalité totale, en matière de mobilité, se fait désirer. À l’heure ou la politique de mobilité doit combiner avec la plus grande aisance tous les types de transports en commun (bus, train, métro, tram, vélo partagé, voire même taxi ou pousse-pousse, etc.) et malgré la maturité technique qui rend possible la création de cette carte, son arrivée sur le marché belge semble postposée à 2012.

Faut-il le seriner ? Il y a urgence ! Cette carte devrait, à mon sens, apporter une grande facilité aux plans tarifaires compliqués (parfois jusqu’à l’opacité) des structures de transport en commun et rendrait dans les faits le transport en commun beaucoup plus accessible. Espérons que cette expérience pourra être menée en Belgique dans les meilleurs délais et à l’échelle du pays !

Avis discordants sur la carte tout-en-un en matière de transport en commun :

Carte à puce commune aux transports en commun. Et après ?

Transports en commun et anonymat

mai 192008

Avec les grèves entreprises par la SNCB, c’est tout le débat sur le « service minimum » qui revient sur la table. Les journaux relayent des polémiques ressassées mille fois (voir aussi Le Soir). Les blogs ne sont pas en reste, et rapportent des tribunes d’opinion plus clairement orientés idéologiquement : ainsi par exemple Des Bulles de François.

J’ai le malheur ou le bonheur de n’avoir pas encore une idée clairement formulée – à défaut d’être définitivement arrêtée – sur la question du service minimum. À tout le moins, cette dernière suscite une interrogation profonde ; elle se fond en un dilemme qui semble a priori extrêmement pointilleux à résoudre de manière satisfaisante. Je voudrais donc simplement partager deux réflexions pour alimenter le débat.

1. En tant qu’usager très régulier des transports en commun, il m’est arrivé à de multiples reprises de me trouver dans des situations inconfortables suite à des grèves intempestives. Ce qui m’amène à procéder à une distinction à laquelle je me suis déjà livré antérieurement ; il existe des grèves sauvages et des grèves licites. Je veux dire par là, comme je m’en suis déjà ouvert, que le droit de grève est précisément un droit ; qu’en sa qualité de droit, il est nécessairement assorti de devoirs.

À partir de là, la grève me pose nettement moins de problèmes, dès lors que les conditions légitimes d’exercice en sont respectées. Concrètement, il s’agit d’annoncer le mouvement social dans les règles et de permettre à l’usager de s’y adapter. Bien entendu, cela n’est pas toujours facile ; ainsi d’une grève consécutive à une agression, visant à réclamer des mesures de protection, qui aurait lieu une semaine après ladite agression. Quelle en serait la pertinence?

1. Aujourd’hui, toute grève dans les transports en commun (principalement) s’accompagne de débats plus ou moins virulents sur le service minimum. C’est, on le sait, une mesure réclamée de longue date par les libéraux. En ma qualité d’usager, bien sûr, un tel service minimum présente immanquablement des attraits, si je me situe dans la pure logique de l’individu rationnel. En ma qualité d’être social, je me demande toutefois si des exceptions intangibles au droit de grève ne conduisent pas à faire de ce dernier une option subsidiaire, et ainsi à le vider de son contenu?

Le noeud gordien du débat est ici, cher lecteur, et sans vouloir te décevoir, il ne m’appartient pas de le trancher. Pour autant, je constate – de la manière la plus neutre possible – une médiatisation importante de ces fameux débats sur le service minimum qui accompagnent toute grève dans les transports en commun. Et je m’interroge. D’une certaine guise, relayer ces débats, n’est-ce pas leur faire droit? Le simple fait de s’en faire l’écho ne conduit-il pas à légitimer la question du service minimum et, par là, à renforcer sa crédibilité?