jan 242010

Imaginons un passager du transport ferroviaire qui souhaite obtenir des horaires et les tarifs d’une liaison internationale.

Jadis, la SNCB disposait d’un site internet plutôt bien foutu, d’un personnel agréable et joignable par téléphone, quelque soit la gare où il était employé. Renseignements et informations étaient délivrés rubis sur ongle à l’usager satisfait (non, non, je n’idéalise rien!).

Aujourd’hui, la même SNCB a fondamentalement revu ses politiques d’informations de sa désormais « clientèle ». Le site web, quoique toujours mille fois préférable à celui de la SNCF, est devenu totalement impraticable. Les modules sont en proie à des vices de programmation rédhibitoires, et ne délivrent en aucun cas les informations tarifaires.

Toutes les lignes téléphoniques sont centralisées dans un call-center parfaitement inopérant; notre passager se trouve sommé de préciser quel type de train il souhaite réserver avant d’obtenir un opérateur. Il n’en sait fichtre rien, lui qui appelait justement pour obtenir une réponse à cette question-là. Comble du comble, le voilà sommé de fournir séance tenante son numéro de carte de crédit avant d’être mis en communication.

Il reste l’option du guichet. À Liège, il n’y a plus guère que la gare des Guillemins qui centralise un guichet « international » auprès duquel il soit possible d’obtenir les renseignements et informations souhaités. Bien sûr, malgré la grande amabilité du personnel, ce guichet est pris d’assaut par une populace d’autant plus nombreuse que les systèmes de substitution sont défaillants…

Bref, à la SNCB, le client est roi, pourvu qu’il soit garni de pécunes. Finalement, ne vaut-il pas mieux être un usager, sujet du service public, plutôt qu’un client, roi fantoche d’un douteux mercantilisme?

fév 152008

Lundi, Elio di Rupo déclare dans Métro qu’il souhaite la gratuité du train pour dans dix ans. Un grand écho est donné à ses déclarations ; pour autant, que cachent-elles et que faut-il en penser?

Premièrement, il ne faut pas avoir fait des études en communication politique pour deviner l’intérêt d’annoncer la gratuité du train aux lecteurs du … métro, le journal de tous les navetteurs. Cela, c’est pour l’effet d’annonce. Qui se trouve largement tempéré par la lecture de l’interview en question. Jugez-en : « Je sais que ce n’est pas quelque chose que l’on fera du jour au lendemain. Je demande cependant que, dans les prochains contrats de gestion, on impose à la SNCB de proposer des moyens pour réduire le coût du train, notamment pour les familles« . Et d’évoquer une « politique de soutien » à la SNCB en contrepartie.

Entre l’annonce « gratuité pour dans 10 ans » et l’application concrète que M. di Rupo entend lui donner, qui consiste à « imposer de proposer » … il y a de la marge! En fait, « il faudra entamer une réflexion plus fondamentale sur le chemin de fer et les transports en commun« .

Deuxièmement, que faut-il penser de la gratuité du transport en commun? De manière étonnante, cette simple suggestion concernant le train soulève une levée de boucliers dans le forum instauré sur cette question par La Libre Belgique. Il faudrait vérifier les chiffres de M. di Rupo, qui estime en substance son coût à 600 millions d’Euros (l’équivalent des recettes passagers, sauf erreur). Ils sont de toutes façons irréalistes, car la gratuité entraînerait une extension importante du trafic ferroviaire et in fine l’obligation d’étendre largement un réseau déjà saturé.

Cependant, ce réseau doit déjà faire l’objet d’une extension. L’accroissement des prix du pétrole et de celui des automobiles a d’ores et déjà poussé le réseau existant dans ses retranchements. Alors, quitte à l’agrandir ou à proposer un beaucoup plus grand nombre de liaisons, pourquoi ne pas en profiter pour le faire dans le cadre d’une politique ambitieuse et volontariste des transports en commun, beaucoup moins polluants malgré tout?

En outre, la gratuité du train existe déjà pour un grand nombre de citoyens – les fonctionnaires, les seniors, les jeunes enfants, etc. Or, malgré cela, toutes les infrastructures de délivrance de titre de transport et de contrôle sont maintenues pour ceux qui payent encore. Rendre le train gratuit, c’est aussi faire de substantielles économies sur ces postes… et faire grincer les dents des syndicats cheminots. Il y faut donc aussi un certain courage politique!

Bref, au-delà de l’effet d’annonce, il existe un vrai potentiel dans cette mesure qui permettrait d’avoir enfin un service public à la hauteur de ses ambitions à un coût tout à fait mesuré et écologiquement très rentable!